Emmanuel Pierrat, héraut du poil : l’interview

Emmanuel Pierrat et Jean Feixas n’en sont pas à leur coup d’essai question toison et autres « cressons » humains, puisqu’ils ont publié ensemble en 2015 un ouvrage remarqué sur les Barbes et Moustaches (Hoëbeke). Avec Les Petits Cheveux – Histoire non convenue de la pilosité féminine, qui paraît cet automne aux éditions de La Musardine, nos deux passionnés d’arts singuliers et d’esthétismes rebiquants (si l’on m’autorise ce néologisme) s’intéressent au cheminement ébouriffant du poil féminin au travers des siècles et de situations souvent ignorées ou oubliées. Une passionnante traversée pour les curieux de tous poils ! Détails historiques échevelants, ballades et balades en bouclettes pubiennes dont l’abondance peut constituer une authentique « végétation capillaire » (jusqu’à 1,80 mètre de long pour une Lithuanienne contrainte « d’enrouler » ses poils pubiens « autour de sa cuisse » pour « les empêcher de traîner par terre »), anecdotes contemporaines désop(o)ilantes : tout dans cet ouvrage ravit le lecteur curieux – et un brin concupiscent comme il se doi(g)t...

Le cahier noir d’Olivier Py : la naissance d’un artiste

https://youtu.be/Ha2zZ6sFWqI Olivier Py écrit pendant son adolescence solitaire à Grasse, un cahier intime, où il consigne ses pensées les plus sombres et réalise des croquis fantasmatiques. En 2015, Actes Sud édite ce Cahier noir, premier "roman illustré" de l’homme de théâtre, dramaturge, metteur en scène, directeur du Théâtre de l'Odéon, aujourd'hui responsable du festival d'Avignon et homme de lettre... Une enfance solitaire Le jeune Olivier s’ennuie ferme dans la ville de Grasse, qu'il décrit grise, triste, austère, loin des clichés de carte postale de cette cité méditerranéenne dont le soleil et les parfums sont ici absents. Entre le lycée et la famille, où il joue le rôle de l'enfant lambda, il y a la place pour les fantasmes les plus exacerbés et extrêmes et pour l'ado singulier, qui se créé un imaginaire flamboyant mais très sombre. Entre les lignes, se dessinent la fougue et le jusqu’au-boutisme d’un adolescent au purgatoire, qui s’invente des chemins de croix dans une quête d’absolu sans limite. La quête d'absolu mais des expériences décevantes A son âge, tout est grave, définitif…...

Le look gay : à poils ou à plumes ?

Bien entendu, évoquer le look gay c’est déjà discriminant et plein d’idées préconçues. On confirme implicitement que certains auraient l’air efféminé ou faussement viril. Néanmoins le sujet mérite d’être abordé car il y a une mode gay parfois expressément revendiquée, souvent copiée ou adoptée par les hétéros. Elle est même parfois, au contraire, une passerelle entre genres différents et une possibilité de créer des rapprochements et des complicités. Mais tous les gays n’aiment pas la mode et les personnalités sont aussi diverses que dans tous les milieux. Y a-t-il un look gay et quel est-il ? Nous sommes passés (v. article) du « Dis-moi ce que tu portes et je te dirai comment tu aimes » à une certaine uniformité des styles. Lire Vice.com : https://i-d.vice.com/fr/article/pabx7n/gay-semiotics-dis-moi-ce-que-tu-portes-et-je-te-dirai-comment-tu-aimes Une acceptation et une visibilité améliorées ont permis de banaliser les apparences physiques. Lire : https://hommeurbain.com/de-la-mode-gay/ On retrouve la même diversité de vêtements et de looks chez les gays que chez les hétéros. Seuls apparaissent à certaines périodes ou à certaines occasions des styles affirmés tels que les cuirs, les...

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la drague en extérieur !

Réservés aux hommes qui veulent des relations sexuelles avec des hommes, les lieux de drague extérieure ont connu leur heure de gloire avant les années 1980 et la naissance des quartiers gays avec leur lot de bars et lieux de sociabilité en tout genre. Situés le plus souvent en périphérie des villes, on les trouve parfois en plein cœur de la cité dans des lieux atypiques, souvent abandonnés... La revue Urbanité qui s'intéresse à la sociologie et à la sociabilisation urbaine consacre un article très intéressant, ultra documenté et exhaustif, sur les lieux de rencontres homosexuelles. A lire dans la revue Urbanité

Jean-Paul Amouroux : parcours d’un militant hors norme

Pas facile d'être homo au début des années 70. Jean-Paul Amouroux, jeune étudiant à Nanterre, fréquente le club très fermé Arcadie, qui réunit les "homophiles" (ou comment poser un voile pudique sur les relations entre personnes du même sexe), une fois par semaine dans le 10ème arrondissement de Paris. 1974 : La création du GLH Très vite, il lie des contacts avec quelques fortes personnalités qui décident de s'émanciper. Ils fondent en 1974 Philandros. L'association devient très rapidement le GLH (Groupe de Libération Homosexuelle), pour envoyer un message aux lesbiennes, qui cependant, ne rejoindront pas les rangs... Sous l'impulsion de Michel Heim (aujourd'hui à la tête des Caramels fous, une troupe théâtrale très colorée), le GLH travaille à la visibilité des homos en distribuant des tracts sur les marchés Parisiens. Engueulades, lutte de pouvoir, trahisons, seront le lot du jeune Groupe, qui est rejoint par des nouvelles énergies et donc de nouveaux ambitieux... Jean-Paul partira à l'armée, puis sera nommé prof en Picardie. Il prendra de la distance avec le militantisme... Les CUARH...

Daho décodé ?

Une bible sur Daho Fruit d'une collaboration étroite de pas moins de dix ans entre les deux garçons, c'est une véritable bible que nous propose Flammarion sur Daho, déjà éditée une première fois en 2008 et enrichie pour cette nouvelle version. Vie professionnelle, vie intime et au delà, portrait d'une époque de plusieurs décennies, le tout étroitement imbriqué dans un parcours exceptionnel qu'on apprécie ici dans le moindre détail. Car l'érudition d'un grand documentaliste, d'un passionné de musique et d'un amoureux de Daho est réunie pour composer cette biographie qui entre dans notre tête comme une mélodie élaborée par les meilleurs musiciens. Si Daho possède ce don singulier de flairer les sons les plus novateurs, il cultive une exigence acharnée, de celle qui abattent les montagnes à une discrétion légendaire. La musique : point barre. On en saura donc pas d'avantage sur l'orientation sexuelle de celui qui prétend qu'il est transparent et que les paroles de ses chansons révèlent tout. Il suffit d'écouter... La bisexualité affirmée On se reportera (entre autres)...

Journal sur un drôle d’amour

Octobre 2013. Patrice Chéreau meurt des suites d’un cancer. Dans l’église Saint Sulpice, où ont lieu ses funérailles, un garçon s’installe dans le fond, anonyme parmi les célébrités et les personnages importants. Olivier Steiner, jeune provincial monté à Paris, n’a rien d’un Rastignac. Il ouvre grand ses yeux et emmagasine les expériences inédites et merveilleuses que lui procure la grande ville, tout comme les galères. La rencontre avec Chéreau A 31 ans, alors que sa vie stagne, il assiste à une lecture dans un théâtre de banlieue et rencontre Patrice Chéreau. Débutera alors une relation par SMS tout d’abord, puisque Chéreau monte un opéra à Milan… Puis ce sera la (re) rencontre à Trouville un soir d’hiver, mise en scène par Steiner, où rien ne se passera comme prévu. Une relation amoureuse hors des normes S’en suivra une relation décousue, mais forte, intense, cependant frustrante pour Steiner. En 2012, il écrit son premier livre Bohème. Il y traite d’une liaison virtuelle entre une jeune garçon un peu sauvage et...

D’Eddy Bellegueule à Marvin, l’histoire d’une émancipation

Au moment où sort sur les écrans l'adaptation très libre du premier "roman" d'Edouard Louis, réalisée par Anne Fontaine, Marvin ou la belle éducation, retournons-nous sur ce livre coup de poing, qui a bouleversé le paysage littéraire. Une enfance misérable un long cri de haine qui pénètre notre cortex et qui ne nous lâchera pas jusqu'au dernier mot Edouard Louis raconte une enfance sans amour, sans tendresse, sans repère... une famille pire que les Groseillle de La vie est un long fleuve tranquille, ancrée dans son inculture, son manque d'ambition... Sa vie triste et morne, dominée par le machisme et la méchanceté, donc la peur. Etre différent dans ce cloaque est la pire des injures pour ceux qui sont soumis au regard des autres, à la vindicte populaire qui détruit les « anormaux ». Le jeune Eddy parce qu'il est efféminé est catalogué pédé et est, donc, la honte de la famille. D'humiliations en sévices, ils lui font la vie dure. Au collège, c'est la tête de Turc des « normaux » qui lui font...

L’amour est dans le pré (Seule la terre, le film)

Texte originalement publié sur la page FB de Daniel. Ambiance très rude ! Un beau film, des acteurs étonnants et très justes, avec la beauté rude, sans chichis, de la campagne du nord de l'Angleterre comme cadre, et avec sa petite touche de peinture sociale. Seule la terre, un film très... très anglais, en fait. Donc, il ne faut pas s'amuser à pointer toutes les ressemblances avec Brokeback Mountain, (même si le film s'attache à suivre le parcours de deux garçons que rien ne prédestinait à se rencontrer, le fils d'agriculteurs locaux et un saisonnier), c'est complètement une autre histoire, d'autres personnages, d'autres façons de se chercher, de se fuir ...et de se retrouver (il en existe tellement...). Quand les sentiments s'en mêlent... Si le film de Francis Lee était sorti avant, on aurait dit que celui que Ang Lee est une adaptation avec des moyens hollywoodiens. Seule la terre est différent et il est très bien comme ça. Le titre français est plutôt bien trouvé, parce qu'on pourrait mettre...