Manuel Blanc : je suis Elle !

Pour son nouveau roman, (quatre ans après Carnaval, le premier), Manuel Blanc se glisse dans la peau d'une trentenaire, Virginie, danseuse de "pole dance". Son héroïne, femme indépendante, blessée, à la recherche de son identité... est indéniablement très attachante. On suit les péripéties de sa vie tumultueuse avec délectation et bienveillance. Il était grand temps pour Genres de rencontrer ce garçon révélé au cinéma grâce à André Téchiné, dans J'embrasse pas, (en 1991) et qui depuis, s'éloigne irrésistiblement des sentiers battus ! Hugues Demeusy : Dans ce nouveau roman, tu as pris le parti périlleux de dire "je" en "usurpant" le sexe de ton héroïne, Virginie. Pourquoi ce choix et quelles sont les barrières que tu as du franchir pour y parvenir ? Manuel Blanc : C’est mystérieux ce choix en un sens, et l’écriture est toujours pour moi une quête, c'était un vrai challenge et cela m’a pris trois ans avant de plonger dans l’intimité de cette femme. J'ai commencé à écrire un premier texte où je...

le beau livre #2 Clair-obscur, Pierre et Gilles

Lorsque l’on se penchera, un jour prochain, sur l’histoire du bon et du mauvais goût, du beau et du laid, il ne faudra surtout pas oublier de faire un détour par l’atelier des artistes Pierre et Gilles. En attendant, 2017, c’est assurément l’année Pierre et Gilles, c’est l’année qui célèbre 40 ans de création et la construction d’une œuvre commune identifiable au premier coup d’œil, 40 ans pour la réalisation d’un ensemble d’images devenues cultes, photos témoins d’époques glamour ou fabrication d’icônes en devenir, célébrités et anonymes cohabitent dans le panthéon du photographe Pierre Commoy et du peintre Gilles Blanchard. Superstars des foires d’art contemporain, ou leurs photographies repeintes, toujours des pièces uniques impressionnent immanquablement, les artistes ont aussi réalisé un important nombre de pochettes de disques, Étienne Daho, Amanda Lear, Arielle Dombasle… des affiches de film, des couvertures de magazine, initiant déjà ce dialogue entre un art, disons à vocation muséale, et la culture populaire. Ainsi l’œuvre de l’inséparable binôme, intrigue au moins...

Le mari de mon frère, manga d’utilité publique

Trois mangas, des vrais, que l’on regarde et lit de la dernière à la première page… Le travail des éditions Akata pour ces trois tomes (127 x 180 mm) de Gengoroh Tagame qui vient de recevoir le Prix d’excellence du 19e Japan Media Arts Festival. Ces trois mangas participèrent de la sélection officielles de Angoulême 2017. Un jeune japonais, Yaichi, qui a divorcé il y a peu de temps, élève seul sa fille, jeune écolière, Kana, pleine d’allant. Un matin arrive du Canada une sorte de géant tout poilu et barbu. C’est Mike, le mari veuf du frère jumeau de Yaichi. Un vrai coup de foudre entre l’enfant et cet homo charmant qui lui explique le plus simplement du monde que même deux femmes peuvent s’aimer et se marier. Vrai livre pédagogique, de lutte contre l’homophobie où même le héros Yaichi se remet en cause en revivant des moments de sa vie avec son frère, le problème de son homosexualité dite, affirmée. Et puis un voyage en...

Pour l’amour des Hommes

Ode au corps des hommes "les hommes pleurent à la salle de sport déclenchent le sèche-mains pour couvrir le bruit de leurs sanglots, leurs cœurs sont devenus trop lourds pour leurs torses, leurs torses sont devenus trop larges pour leurs tee-shirts, ils s’habillent comme des gamins qui auraient oublié d’apporter leur tenue pour l’entraînement" Vingt-cinq poèmes pour dire et raconter le corps des hommes, leurs désirs, leur jouissance et leur solitude. Andrew McMillan les observe dans leur intimité, en famille, en groupe,  ou encore dans des bars interlopes. Il les croque (au propre comme au figuré), avec justesse dans une langue parfois crue, souvent tendre, toujours amoureuse... Une bouleversante ode au corps masculin qui porte un regard poétique sur l’homme moderne, sa sexualité et sa quête du bonheur. Un skinhead peut cacher un poète ! Andrew McMillan, trentenaire britannique enseigne l'écriture à Manchester. Ce premier recueil de poèmes a été célébré et a reçu de nombreuses distinctions. Ne vous fiez pas à son look de skinhead british car il pourrait bien révéler la sensibilité...

Et si Catwoman était l’amante de Wonder Woman ?

À la galerie Sakura, dans le 4e arrondissement de Paris, a lieu, du 11 mars au 4 juin 2017, une exposition intitulée "Girl Super Power". Wonder Woman est née en 1941 sur une île remplie de femmes. Elle incarne l'héroïsme au féminin à une époque où les hommes se battaient sur le front. Elle a fait son apparition seulement trois ans après Superman, le premier Super Héros. Néanmoins, force est de constater que, depuis, les Super Héros masculins se sont démultipliés alors que les Super Héroïnes, quant à elles, sont restées dans l'ombre. C'est cette injustice que la galerie Sakura tente de réparer en s'unissant à 40 artistes de renommée internationale, pour mettre sur le devant de la scène, une fois n'est pas coutume, des femmes ! Les œuvres exposées sont diverses et toutes très intéressantes. Si le ton est humoristique, la réflexion sur notre rapport à la féminité est également omniprésente. Des utérus à la Belle boulimique, en passant par des corps ultra-érotisés, nous ne pouvons...

Le beau livre #8, Fenster zum Klo, Toilettes publiques, affaires privées

Lorsqu’un jour l’on voudra dresser l’état des lieux du bon et du mauvais goût, du propre et du sale, du bien et du mal, et tout comme l’on s'attardera évidemment aux multiples interprétations de Fontaine de Marcel Duchamp, le ready-made urinoir qui cette année a 100 ans, il ne faudra surtout pas oublier de passer aussi par le petit coin, de visiter le petit cabinet des obsessions de Marc Martin… toujours prompt à tordre les regards, à faire dévier les idées vers d’inexplorés territoires. Dans cette approche qui souvent oscille entre caresse et audace, dans des images qui toujours nous tentent autant qu’elles nous forcent, le photographe pour ce nouveau projet, un ouvrage qui accompagne une exposition à Berlin au Schwules Museum, s’intéresse aux toilettes publiques, lieu de fantasmes et de réalité, public et privé, là où se confond le besoin et l’interdit, sur des murs où s’inscrit l’obscène et le désir à coup de marqueur maladroit. Là où s’est joué et noué, un...

Sport et diversité gagnent des points

Si vous vous rendez au Centre LGBT de Paris en ce moment, vous découvrirez les œuvres réalisées par le photographe Franck Weens et le peintre Serge Krewiss. Comment et pourquoi les deux artistes ont associé leur talent pour créer ces "tableaux" à la gloire du Sport et de la diversité ? Nous avons voulu le savoir en rencontrant un des deux  membres de ce duo artistique prometteur, Franck Weens… Hugues Demeusy : Vous exposez votre travail  pour célébrer les Gay-Games de Paris au Centre LGBT Paris Ile de France durant le mois d’août. Racontez nous tout d'abord votre parcours artistique ? Franck : J'ai découvert la photo en 2005, au début de l’ère de la photographie numérique, puis suis devenu photographe professionnel en 2010. J'aime particulièrement les photos de sport, d’où ma participation en tant que responsable d’équipe et photographe pour Paris 2018 / Gay Games 10. Je suis également le photographe officiel de la European Snow Pride à Tignes qui a lieu tous les ans en...

Simon Bocanegra capte la lumière intérieure de l’underground

Simon Bocanegra : photographe clandestin... Orphelin né à la fin de la guerre à Lyon, il est baptisé du nom de ce célèbre opéra de Verdi ! Une entrée en matière en fanfare ! Simon Bocanegra cultive tout d'abord son corps, avant de s'occuper de son esprit ! Il est strip-teaser à New-York. C’est à l’âge de 20 ans qu’il réalise ses premiers portraits en s’appropriant un appareil photo dans un vestiaire à Hawaii. ...devenu portraitiste des nuits Parisiennes les plus folles De retour en France en 1978, l’année de l’ouverture du Palace, il est très vite adopté par Fabrice Emaer. Cet hôte nous rappelle que « le Palace, c’est d’abord un théâtre. C’est aux gens d’assumer leur théâtralité. À la fois acteurs et spectateurs d’eux-mêmes. » À travers l'univers flamboyant de ce lieu unique, il devient accro au glamour de la mode. Désertant les podiums des défilés, il leur préfère l’effervescence des backstages où règne un climat d’impériosité propice à la montée en puissance de son désir. Il a besoin de cette proximité pour créer un contact...

Coby : journal filmé d’une métamorphose

À l’origine de ce film, il y a l’histoire de votre demi-frère, de sa transition, de ses opérations. Et pourtant le film déjoue tous les pièges redoutés du documentaire… Le documentaire n’est pas mon genre de prédilection. J’en produis mais, en tant que réalisateur, j’ai besoin de passer par la fiction qui est pour moi une métaphore du réel et une digestion de la réalité. C’est une manière de regarder en arrière. Quand Coby, mon demi-frère, a amorcé sa transition en 2010, il m’a demandé de faire un film sur cette période de sa vie. À l’époque il avait déjà posté ses vidéos sur Youtube et je savais qu’il y aurait cette matière première et pourtant, j'’hésitais. Je ne savais vraiment pas quoi faire de tout cela. Je redoutais ce cinéma du réel qui consistait à suivre quelqu’un, à filmer toutes ces étapes plus ou moins dramatiques. Donc j’ai décliné la proposition. et puis cinq ans plus tard, après avoir suivi de loin son évolution...