Le beau livre #12, Outlandish /Room/ par Marc Kiska

David Lachapelle, Anthony Gayton, Justin Monroe, Simen Johan… autant de références et d’évocations qui si elles semblent évidentes de prime abord sont à évacuer assez vite, tant « l’écriture » photographique de Marc Kiska est singulière et personnelle. Dans son ouvrage « Outlandish /Room/ » le photographe semble vouloir se frayer un chemin, ce sera tortueux, boueux et brumeux, escarpé… au cœur de la ville ou dans des bois sombres, dans l’intimité d’une chambre exiguë ou bien perdus dans de vastes forêts oniriques, ses photographies sont comme des balises d’un parcours initiatiques au milieu des méandres et troubles adolescents. Dans des mises en scènes soignées, de réelles compositions plastiques, que l’on devine parfois empruntées aux grand maîtres de la Renaissance, les corps et les objets de Marc Kiska, naviguent entre ombres et illuminations, sont comme des offrandes déposées sur un autel. Des offrandes et même des sacrifices, que l’on imagine dans ces temples païens, des toits d’immeubles de villes anonymes, des maisons hitchcockiennes ou encore des lieux abandonnés...

Le beau livre #7, David LaChapelle, Lost + Found & Good News

Après les tout aussi monumentaux Artists & Prostitutes, LaChapelle Land, Hotel LaChapelle, Heaven to Hell parus entre 1996 et 2006, Lost + Found et Good News sont les deux derniers ouvrages présentant les plus récents travaux du photographe américain, aussi réalisateur et à l’origine de nombreuses campagnes de publicité loin d’être passées inaperçues comme ces images engagées pour la marque Diesel. Dans un univers onirique, pop, un monde ou le vrai a l’air faux, un monde luxuriant mais grinçant David LaChapelle (né en 1963) se joue des normes et des conventions, dans ces images, hyper-précises et composées comme des toiles de maîtres, c’est dans un univers identifiable entre mille, là où se tutoie le kitsch et l’antique, l’onirique et le trash, le sexy et le sacré, qu’il nous balade. De décadences en étrangetés, c’est toutes les icônes de la planète pop, superstars ou célébrités underground qui ont défilé sous son objectif, Pamela Anderson, David Beckham, Amanda Lepore, Madonna, Lady Gaga, Paris Hilton, David Bowie,...

Ouverture du Roffi Blog !

C'est avec un très grand plaisir que nous vous informons de l’ouverture du blog de Martine Roffinella, l'une de nos contributrices régulières dont les interviews ravissent ses lectrices et lecteurs depuis plusieurs mois déjà. Nous continuerons ici à publier ses articles exclusifs pour Genres et nous vous informerons régulièrement de la vie de son blog. Martine nous en dit plus sur ce beau projet, et nous parle de ses contributions à venir : Martine : Ce site-blog a pour vocation d’être animé par des lectures d’ouvrages et/ou des interviews d’écrivain.e.s qui trouveront là un espace libre et original pour expliquer leur travail. Le blog venant d’ouvrir, il reprend pour le moment des lectures et interviews que j’ai déjà publiées - mais je peux d’ores et déjà annoncer que dans quelque temps, j’aurai le plaisir d’y accueillir l’écrivain Roland Brival, pour son dernier roman : Les fleurs rouges du flamboyant (Le Mercure de France). Une chronique est également en préparation sur le remarquable ouvrage de l’écrivaine Annie Dillard...

La contre-culture fait son coming out

Petit retour en arrière : après les événements de 68, lors du siècle dernier, face à l'inertie politique et à la toute puissance d'une culture imposée, une profusion  de mouvements culturels, artistiques, associatifs voient le jour, tandis que de nombreux artistes iconoclastes prennent la parole. La contre-culture est à la mode ! La Maison Rouge, dans le quartier Bastillle, rend un hommage exceptionnel à cette époque et à ses multiples expressions, où les LGBT apportèrent une contribution magistrale : le FHAR, les Gazolines, Copi, Guy Hockengheim... mirent les pieds dans le plat sans complexe et donnèrent le ton aux années 70 et 80. Nous avons rencontré Philippe Morillon, photographe star des années Palace, mais aussi illustrateur reconnu, afin d'évoquer avec beaucoup d'affection des temps si proches mais aussi étrangement différents... Hugues : 1969, année érotique pour Gainsbourg, mais toi que fais tu ? Philippe : Je termine mes études à l’école des Arts Appliqués, rue Olivier de Serres. Après avoir occupé l’établissement l’année précédente en « mai 68 », nous...
cary grant

Hollywood et la face cachée des westerns

On sait que James Dean, Montgomery Clift, Cary Grant, Brando... et d'autres mâles fantasmatiques qui furent de vraies stars des studios durent cacher leurs amours pour ne pas défrayer la chronique. Le fameux "code Haynes" veillait au grain et l'honneur était sauf. Une époque gouvernée par une hypocrisie majeure. Gilles Leroy a planté le décor de son nouveau roman dans ce miroir aux alouettes, où la chasse aux sorcières communistes fait rage, où les noirs sont encore discriminés, et où les apparences devaient toujours prévaloir sur une vérité pas bonne à entendre. L'auteur reconstitue la relation passionnée et orageuse qui unit deux stars masculines du cinéma hollywoodien, à travers les différents témoignages des proches du couple. Au fil des pages se dessine une relation que rien ne peut arrêter entre les deux futurs espoirs du cinéma, puis leur vie de couple, vécue aux grand jour, au grand dam des producteurs. Entre Los Angeles et New-York, où ils débutèrent sur les planches de Broadway, leur amour se délite peu à peu. Les...

Jean Claude Bologne : vivre en couple, toute une histoire !

Au printemps 2013, la loi dite « Taubira » consacre le « mariage pour tous ». Une définition est intégrée au Code civil, dans un nouvel article 143 : « Le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe". Est-ce à dire que cette union officielle symbolise à elle seule l’idée du couple, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel ? C’est à cette passionnante question que Jean Claude Bologne, philologue formé à l’université de Liège, historien et romancier, s’est attelé, dans une très complète et impressionnante Histoire du couple, de l’Antiquité à nos jours. La polygamie : prédisposition « testiculaire » ? L’ouvrage se lit comme un roman, et pourtant il nous enseigne formidablement – voire fait ou refait notre éducation en matière de ce que nous pensons bien connaître pour l’avoir (presque) toutes et tous vécu : le couple ! N’allons pas imaginer que vivre à deux se résume à une bague passée au doigt pour le meilleur et pour le...

L’été où tout a basculé à Key West

Réfugiés à Key West Août 1955 : le grand écrivain Tennessee Williams corrige son dernier opus La chatte sur un toit brûlant à Key West, où il occupe une maison avec son amant, l'acteur Franck Merlo et la grande écrivaine, Carson McCullers. Tous trois vivent une relation quasi-fusionnelle, basée sur un équilibre très précaire, que la vie quotidienne organisée autour d'un travail littéraire harassant, parvient à préserver. Il fait chaud ; on étouffe dans ce coin de Floride, isolé de la folie du monde. Et soudain, Sagan La jeune Françoise Sagan, qui vient de publier son premier roman avec le succès sulfureux que l'on connaît. Bonjour Tristesse est en tournée promotionnelle à New-York, où elle fait sensation. Tennessee, attirée par sa personnalité atypique, l'invite quelques jours dans leur havre de paix. Sagan débarque sur l'île escortée de sa fraîcheur, de sa jeunesse et de sa maturité intellectuelle. Tel un petit chien insolent et innocent lancé dans un jeu de quilles, elle va bousculer le train de vie paisible des trois artistes. Rien...

« Féminin Masculin », la double identité de Zoé Weng Yu Tong (翁語彤)

Cela fait plaisir d’apprendre que Zoé Weng Yu Tong (翁語彤), une jeune artiste taïwanaise va présenter une exposition à Paris, d’autant plus que c’est une artiste qui se dit « genre fluide » et qui explore le thème de l’identité et l’expression de genre, ainsi que de leurs rapports avec les espaces urbains et les cultures qu’ils portent. Née en 1989, Zoé a une maîtrise en cinéma de la National Taiwan University of Arts (國立臺灣藝術大學). L’exposition s’appelle « Féminin Masculin ». Selon You Ren, le coordinateur de l’exposition, l’œuvre est réalisé dans la ville de Taïpei et Paris sur une base de « théorie queer ». Zoé a travaillé avec les photographes dans ces deux villes. Ces images montrent que l’identité de genre de Zoé change selon la ville dans laquelle elle vit. Ce projet est le fruit d’un parcours initiatique de ses recherches des liens entre la culture, la société et son identité de sexe. L’exposition aura aussi lieu prochainement à Taïpei. Je suis heureuse...

Prix du Roman Gay 2016 : Je suis en vie et tu ne m’entends...

« Où es-tu Heinz ? Il y avait ta voix sur ma peau, et tes paumes, et tout ton corps. On n’avait même pas à se dire que c’était cela vivre. » « Tu », Heinz Weiner, l’amant, est mort avant l’internement et les tortures subies par Klaus Hirschkuh (Biche…) à Buchenwald. Retour à Leipzig, la ville de sa naissance, dans sa famille dont il se sent, lui le pédé meurtri parce que pédé, de plus en plus étranger. Quatre ans, c’est long. Oui mais aussi un changement pour lui dans ce qu’il ressent quand il marche dans les rues : « Ils étaient autres. C’était eux qui étaient autres. Pourquoi ce devrait toujours à lui de l’être ? » Et puis, « Il avait acquis une indifférence qui lui permettait de se tenir à distance de la fosse et des pendus »… oui, car si l’on revient, et comment le peut-on ?… Demain? Quand on est « mort à soi-même et vivant »? Et les rappels « sale pute, tante, pissez-lui dessus… sous-homme… » puis « une règle de fer...