« Moi j’embrasse »

Dans "J'embrasse pas" de Téchiné, sorti en 1991, Manuel Blanc interprétait un jeune prostitué qui refusait d'embrasser ses "clients". Sauvage n'est-il qu'un énième film sur la prostitution masculine ? Celles et ceux  qui s'y rendraient pour cette unique raison auraient tout faux. Car si du début à la fin du long-métrage de Camille Vidal Nacquet, (qui par certains côtés a les contours d'un reportage), le spectateur se perd dans les situations les plus glauques auxquelles sont confrontées les prostitués de rues, ce qu'on retient comme une évidence, c'est la rencontre sans fard avec un garçon hors du commun, c'est l'humanité totale de ce jeune type, qui efface toute la crasse qui l'entoure. Alors ce qui pourra dérouter certains spectateurs, c'est la capacité d'endurance et d'acceptation de Léo, qui ne revendique rien, qui accepte tout… D'écueils en épreuves toujours plus dégradantes, Léo résiste, mû par une capacité de résilience sans fin. Mais par quoi est-il  réellement animé ce jeune paumé… c'est la question a laquelle chacun trouvera sa...

Footeux et LGBT : toujours un « carton rouge » !

Une histoire d'amour entre deux futurs professionnels du ballon rond, ça fait désordre et c'est interdit, au même titre que la drogue ou la pédophilie. Oui on en est encore là ! Les mœurs footballistiques ont du mal à évoluer et ce film audacieux nous alerte intelligemment sur une réalité qui fait mal ! Marcel Gisler, son réalisateur, explique dans cet interview tirée du dossier de presse la genèse de son film et les règles du jeu rétrogrades de l'univers du foot. Extraits publiés par Genres. Qu’est-ce qui vous a amené à vous interroger sur le milieu du football ? Quelles ont été vos influences ? C’est l’un des co-auteurs du film qui est venu vers moi avec cette idée en 2010. lui est un grand fan de foot, moi je l’étais moins. Quand il m’en a parlé, j’ai d’abord eu peur que le sujet soit trop commun : c’est une question traitée dans les médias depuis des années et j’étais persuadé qu’un film de ce genre...

M. Ripley est de retour

Comble du luxe (car c'en est un pour les aficionados de la reine du polar psychologique dont je suis), utiliser en couverture les visuels à base de dessins très stylisés, sur aplats de couleurs vives. Mais autant vous le dire tout de suite, le seul, le vrai, le grand roman de la série (quatre livres), c'est le premier, j'ai nommé Le talentueux M. Ripley ! L'intrigue (géniale, extraordinaire….) a fait l'objet de plusieurs adaptations cinématographiques dont une en France, avec Plein Soleil. Porté à l'écran par René Clément à la fin des années 60, avec Alain Delon et Maurice Ronet en tête d'affiche, le film est construit sur une intrigue différente du livre, ou plutôt, le long-métrage démarre à un moment clé qui intervient dans le livre beaucoup plus tard. Mais le résultat reste époustouflant et le suspense est à son comble, porté par un Delon solaire, inquiétant, malsain au possible. Autre scénario pour Le Talentueux M. Ripley, tourné par Anthony Menghella au début des années 2000...

Claudius Pan : l’art pour territoire

Peux tu tracer pour nos lecteurs en quelques phrases ton parcours atypique ? J'ai squatté assez tôt les scènes de théâtre, vers onze ans. J’ai suivi une formation à Lyon, avant de monter une compagnie avec trois autres ami(e)s « Les Représentantes », puis de tout quitter, pour des raisons personnelles, et partir vivre dans une communauté d’artistes, aux USA. Je suis resté là-bas deux ans, avant de suivre les Train Hoppers ( ceux qui vivent illégalement sur les trains marchands ) dans leurs aventures. J’ai alors vagabondé sur ces terres marginales pendant trois années de plus, passant par l’Inde, la Roumanie, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle Calédonie etc Je désirais une vie romanesque, je voulais insuffler ma voix et mon corps pour les rendre outils d’une parole d’artiste. Durant ces années j’ai écrit, composé de la musique, peiint, performé, réalisé des films… Chaque instant était prompt à se transformer en oeuvre, en partage collectif. Toujours dans le but de soigner, guider le monde, comme un rituel, un sortilège. Mon corps...

Hervé Joseph Lebrun : le porno gay seventies dans le coeur

Bonjour Hervé Joseph, tu es "conseiller historique" du film de Yann Gonzalez, « Un couteau dans le cœur », dont l'intrigue se passe dans le milieu du porno gay de la fin des années 70. Comment es-tu arrivé sur ce projet et comment cela s'est-il passé ? À l’occasion de la sortie du « Dictionnaire des films érotiques et pornographiques français en 16 et 35 mm », dictionnaire sous la direction de Christophe Bier pour lequel j'étais un des contributeurs et superviseur des films homos, une soirée spéciale, « La Nuit de la grande chaleur », a été organisée à La Cinémathèque française le 11 juin 2011. Trois films étaient programmés dont « Maléfices pornos » (Éric de Winter, 1978) produit par Anne-Marie Tensi (AMT). Yann Gonzalez était présent et, de cette soirée, est née l'idée de réaliser un film autour d'Anne-Marie Tensi. J'étais en train de réaliser le film documentaire « Mondo Homo: A Study of French Gay Porn in the '70s » (2014) où un...

Faites des gâteaux, pas la guerre

http://youtu.be/Q3foBfki3TY Ca pourrait être la signature de ce premier film d'un jeune réalisateur istraélien prometteur, qui réussit la prouesse d'évoquer le choc des cultures, le poids des religions et des traditions avec douceur, nuances, et tendresse, si bien que le conflit qui pourrait être frontal demeure suggeré... mais avec une réserve cependant concernant l'orientation sexuelle "élastique" du héros ! Thomas, un jeune pâtissier allemand, a une liaison avec Oren, un homme marié israélien qui voyage régulièrement à Berlin pour son métier. Mais Oren meurt dans un accident de voiture, Thomas se rend alors à Jérusalem à la recherche de réponses concernant sa mort. Sans révéler qui il est, Thomas approche Anat, la veuve de son amant, qui tient un petit café. Il commence alors à travailler pour elle. En s'inspirant d'une histoire vraie et presque banale : un homme marié et père, qui a  une liaison avec un homme loin de chez lui, Ofir Raul Graizer propose un film sur le mensonge, et la trahison, sans jamais...

Corpo Elétrico : le courant passe

Présenté dans de nombreux festivals internationaux et récompensé par plusieurs prix, Corpo Elétrico, le film du réalisateur brésilien Marcelo Gaétano suit les pérégrinations amoureuse du bel Elias... Mais attention, tout n'est pas rose dans la vie de notre héros et l'intrigue s'attache à dresser un portrait très réaliste de la condition des gays au pays de la Samba. Extrait de l'interview que le réalisateur a donnée pour le dossier de presse. "Corps électriques est un film de boudoir : dans chaque lit où Elias se couche s’ouvre un nouvel univers. Des corps s’embrassent et se caressent, des amants racontent leurs rencontres, leurs aventures sexuelles, leurs rêves. Ma volonté était de mettre en scène l’amour vécu par Elias comme quelque chose qui se répète et tourne en boucle. Il s’agit plus d’une sorte d’affection que de romantisme. Il enchaîne les rencontres d’un soir déjà oubliées à peine consommées. Elias aime de façon légère, presque anarchique. Il a 23 ans et est ouvertement gay. Il est originaire du...

L’amour et la mort

Genres reproduit l'entretien avec le cinéaste et écrivain Christophe Honoré, tiré du dossier de presse de Ad Vitam, qui trace les tenants et les aboutissants de cette histoire générationnelle, celle des trentenaires des années 90, qui lisaient Guibert, Koltès et Lagarce... Comment résumer l’histoire, la matière de ce film ? Un premier amour et un dernier amour. Un début dans la vie et une fin dans la vie, à travers une seule et même histoire d’amour, celle du jeune provincial Arthur et de l’écrivain agonisant Jacques. Le film voudrait conjuguer cette association de sentiments : l’élan et le renoncement. L’histoire d’amour racontée précipite deux choses : d’une part les débuts dans la vie d’Arthur, d’autre part la fin de la vie de Jacques. Il est possible que sans cet amour Jacques aurait vécu plus longtemps, parce qu’il est précipité dans l’idée que sa maladie, le sida, le rend inapte à cet amour, qu’il n’est plus capable de le vivre. Je crois que le vrai sujet du film...

Nobody’s watching : rêves et déboires d’un acteur argentin à New-York

Nico est un comédien argentin tout juste installé à New York. Dans l’attente de trouver un rôle, il enchaîne les petits boulots pour s’en sortir. Sa vie affective et sociale s’en trouve bouleversée. Quand un ancien amant lui rend visite, tout vacille, l’obligeant à se confronter aux raisons de son exil... Epicentre Films : Quelle est la genèse du film ? Julia Solomonoff : C’est un film qui m’est très personnel. Je suis arrivée à New York il y a vingt ans. Je suis restée sept ans aux Etats-Unis, avant de rentrer en Argentine où j’ai fait deux enfants et deux films. Je suis revenue quelques années plus tard pour enseigner le cinéma. Je voulais raconter cette expérience personnelle, parler du sentiment d’appartenance à une culture et du désir de se réinventer. Pourquoi vous êtes-vous installée à New York ? J’étais venue dans cette ville pour des raisons professionnelles mais des questionnements personnels plus profonds m’avaient amenée à quitter l’Argentine. C’était une fuite de nature émotionnelle. Il ne s’agissait pas...