L’amour et la mort

Genres reproduit l'entretien avec le cinéaste et écrivain Christophe Honoré, tiré du dossier de presse de Ad Vitam, qui trace les tenants et les aboutissants de cette histoire générationnelle, celle des trentenaires des années 90, qui lisaient Guibert, Koltès et Lagarce... Comment résumer l’histoire, la matière de ce film ? Un premier amour et un dernier amour. Un début dans la vie et une fin dans la vie, à travers une seule et même histoire d’amour, celle du jeune provincial Arthur et de l’écrivain agonisant Jacques. Le film voudrait conjuguer cette association de sentiments : l’élan et le renoncement. L’histoire d’amour racontée précipite deux choses : d’une part les débuts dans la vie d’Arthur, d’autre part la fin de la vie de Jacques. Il est possible que sans cet amour Jacques aurait vécu plus longtemps, parce qu’il est précipité dans l’idée que sa maladie, le sida, le rend inapte à cet amour, qu’il n’est plus capable de le vivre. Je crois que le vrai sujet du film...

Finding Phong : changer de sexe au Vietnam

Phong s’est toujours considéré comme une fille prise au piège dans un corps de garçon. c’est en entrant à l’université à Hanoi qu’il découvre qu’il n’est pas le seul à souffrir d’une telle situation. caméra au poing, Phong décide de changer de vie et amorce une métamorphose. Ce documentaire vietnamien, sorti sur les écrans cette semaine, est un journal filmé qui témoigne au plus près du parcours intime d'un jeune homme qui va accomplir le chemin difficile du changement de sexe. Les deux réalisateurs Tran Phuong Thao et Swann Dubus Mallet expliquent leur démarche. Extraits de l'interview à retrouver dans son intégralité ici : Comment est né le projet ? Swann Dubus Mallet : Phong est une amie de notre producteur. elle a partagé avec lui ses peines et ses espoirs. il nous a contactés pour faire un film sur son histoire. comme j’étais à Paris où je terminais la post-production de notre film précédent, thao a rencontré Phong seule. elle m’a appelée pour me dire qu’on ne pouvait...

One Kiss, extraordinaire et tendre

One kiss, titre un peu étrange pour un film italien, mais ce second film de Ivan Cotroneo, auteur et scénariste, est débordant de vie, de joie, de sourire, de rire… puis de mort. Lorenzo est l’homo, la fausse folle qui s’assume, encouragé par ses parents adoptifs. Il revendique d’être non seulement bon en tout, mais le meilleur ! Et il explose continuellement à l’écran. Et puis Blu, la fille du trio qui semble se réveiller avec Lorenzo, ainsi que Antonio, qui réussira peu à peu à émerger dans les rigolades et sera amoureux de Blu. Ils sont tous les trois un peu autres et dans le lycée d’une petite ville du nord de l’Italie… « Un monde entier enfermé en quelques kilomètres » redit l’auteur. Oui, mais fréquenter un homo est peu recommandé dans l’équipe de sport d’un lycée. Un baiser reçu mais non assumé… Lorenzo est amoureux de Antonio, et c’est la mort dans certains contextes, certaines histoires. La vraie homophobie, que jamais l’on puisse me prendre pour un...

Grave, un film unique en ses genres

Sorti en salle le 15 mars 2017, Grave est un bijou. Rarement un film français a pu réunir autant de diversité de styles avec autant d’authenticité et de radicalité. Grave, où cette force gravitationnelle est évoquée dans le film par la posture des corps, que Julia Ducournau a souhaité voir évoluer pour servir à merveille le récit. Le film nous parle de nos démons ou de ces choses inavouables et que nous contrôlons pour ne pas vriller... Le film est prenant car il raconte véritablement une histoire. Les scènes viscérales, qui ne manquent pas de nous retourner le ventre et de nous faire suffoquer, sont en fait indispensables au propos et au déroulement de la narration. L’empathie ressentie pour les personnages ajoute à l’horreur de laquelle on se sent proche. Le film nous parle de nos démons ou de ces choses inavouables et que nous contrôlons pour ne pas vriller. Les petites névroses qui peuvent s’avérer des graines de véritables descentes en enfer. Mais ici, ce...

Les Initiés, grave et terrifiant

Vous êtes un garçon, vous avez 15-16 ans, eh bien, il ne fait toujours pas actuellement bon être de l’ethnie xhosa en Afrique du Sud ! C’est le moment de l’initiation, période secrète qui ne concerne que les hommes et qui fera qu’en deux semaines ces ados deviendront des « hommes ». Hommes ! Hommes ! au point de blesser, meurtrir, et bien trop souvent faire mourir ces jeunes initiés. Un prépuce fait tout la différence ! Mais voilà l’un des initiateurs, Xolani, retrouve comme tous les ans son amour bi et caché, Vija, un autre Xhosa initié devenu initiateur. Vija est un peu trop imbu de sa virilité et de son pouvoir. Près de la cascade, une nuit d’amour dans l’herbe entre eux, mais ils sont vus par l’un des jeunes initiés, le plus « féminin »… et l’homosexualité — « L’homosexualité est une maladie importée d’Occident », dixit un président d’un état africain — ne peut être. Pas le choix, il sera froidement assassiné par l’homo… Eh oui, de peur d’être reconnu homo dans...

1:54. Une course explosive

Montréal. Dans une classe de seconde. Francis aime Tim. Tim n’assume pas ses sentiments pour Francis. Il les dissimule. Les garçons populaires de la classe apprennent l’orientation sexuelle de Francis. Harcèlement. Intimidation. Drame. On pleure ce qui lui arrive mais pourtant on est responsable, par notre silence, par notre impuissance, par notre tendance à laisser l’homophobie être ordinaire. Tim veut venger son ami Francis. 1 :54, c’est le temps qu’il doit atteindre aux 800 mètres pour rendre justice à Francis, pour voler le rêve de Jeff, mais aussi pour s’accepter, lui qui cache ce qu’il est par peur des violences. Il s’agit d’une course contre les normes imposées par le groupe, contre les brimades qui en découlent, mais aussi contre ses propres limites. Être adolescent ne se fait pas sans conflit mais c’est particulièrement difficile de se construire et de s’accepter quand on ne ressemble pas pleinement au groupe. Mais pourtant, qu’est-ce que Francis a fait de mal ? Qu’est-ce que Tim a fait de mal ? L’injustice,...
video

Théo et Hugo dans le même bateau : le DVD cul(te) !

Dans un sex-club, Théo et Hugo se rencontrent, se reconnaissent, se mêlent en une étreinte passionnée. Passé l’emportement du désir et l’exaltation de ce premier moment, les deux jeunes gens dégrisés, dans les rues vides d'un Paris nocturne, se confrontent à leur amour naissant. Le film événement de l'année 2016 sort enfin en DVD, dans une édition qui constitue un véritable écrin pour tout savoir sur la genèse du film avec des animations graphiques audacieuses. Retour réussi pour le duo de cinéastes Olivier Ducastel et Jacques Martineau, qui signe avec Théo et Hugo dans le même bateau un film emprunt de poésie, de romantisme, et ancré de plein pied dans le réel. Deux jeunes acteurs merveilleux, intenses, incroyablement charmants... François Nambot et Geoffrey Couet portent cette belle aventure sur leurs épaules. Quant au choix de filmer l'intrigue en temps réel, il  s'impose au couple de réalisateurs, puisqu'il confère de la véracité au propos du film et, plus qu'une contrainte, il donne des ailes aux acteurs qui réalisent quelques scènes où la magie...

Nobody’s watching : rêves et déboires d’un acteur argentin à New-York

Nico est un comédien argentin tout juste installé à New York. Dans l’attente de trouver un rôle, il enchaîne les petits boulots pour s’en sortir. Sa vie affective et sociale s’en trouve bouleversée. Quand un ancien amant lui rend visite, tout vacille, l’obligeant à se confronter aux raisons de son exil... Epicentre Films : Quelle est la genèse du film ? Julia Solomonoff : C’est un film qui m’est très personnel. Je suis arrivée à New York il y a vingt ans. Je suis restée sept ans aux Etats-Unis, avant de rentrer en Argentine où j’ai fait deux enfants et deux films. Je suis revenue quelques années plus tard pour enseigner le cinéma. Je voulais raconter cette expérience personnelle, parler du sentiment d’appartenance à une culture et du désir de se réinventer. Pourquoi vous êtes-vous installée à New York ? J’étais venue dans cette ville pour des raisons professionnelles mais des questionnements personnels plus profonds m’avaient amenée à quitter l’Argentine. C’était une fuite de nature émotionnelle. Il ne s’agissait pas...
deux femmes s'embrassent sur un litvideo

Chéries-Chéris : « la qualité des films cette année est exceptionnelle »

Kevin Reynaud : Pouvez-vous nous présenter le festival en quelques mots ? Cyril Legann : Le festival Chéries-Chéris existe depuis 22 ans et a pour but de promouvoir la culture LGBT au cinéma. Il répond au départ à un besoin de visibilité des films qui n’étaient que peu distribués en France. Aujourd’hui la problématique a changé, avec internet et l’avènement des supports domestiques (DVD, BluRay…) les films sont plus faciles à voir. Nous avons donc créé une compétition depuis 2010, et notre but, plus que jamais est d’apporter une plus-value au spectateur en créant un espace de convivialité et d’échange. Pour cela nous nous attelons à faire venir des équipes de films, cette année nous avons des réalisateurs qui viennent de pays très divers : USA, Canada, Israël, Lituanie, Portugal… c’est exceptionnel ! Et puis il y a tous les courts-métrages, des rendez-vous toujours appréciés par le public car ces films-là, souvent très riches, ne sont pas visibles ailleurs. Et on ressent également l’enthousiasme des équipes qui ont parfois...