Coby : journal filmé d’une métamorphose

À l’origine de ce film, il y a l’histoire de votre demi-frère, de sa transition, de ses opérations. Et pourtant le film déjoue tous les pièges redoutés du documentaire… Le documentaire n’est pas mon genre de prédilection. J’en produis mais, en tant que réalisateur, j’ai besoin de passer par la fiction qui est pour moi une métaphore du réel et une digestion de la réalité. C’est une manière de regarder en arrière. Quand Coby, mon demi-frère, a amorcé sa transition en 2010, il m’a demandé de faire un film sur cette période de sa vie. À l’époque il avait déjà posté ses vidéos sur Youtube et je savais qu’il y aurait cette matière première et pourtant, j'’hésitais. Je ne savais vraiment pas quoi faire de tout cela. Je redoutais ce cinéma du réel qui consistait à suivre quelqu’un, à filmer toutes ces étapes plus ou moins dramatiques. Donc j’ai décliné la proposition. et puis cinq ans plus tard, après avoir suivi de loin son évolution...

Décryptage réussi d’une légende du cinéma américain

Hugues Demeusy : Tu nous présentes aujourd'hui un essai sur la grande légende américaine Montgomery Clift, tu précises que ce n'est pas une biographie ? Sébastien Monod : En effet, ce n’en est pas une. Montgomery Clift – L’enfer du décor est un travail d’analyse des choix de carrière de l’acteur, complétée de l’étude des films eux-mêmes. Et je démontre tout au long de mon livre que ces choix ne sont ni innocents ni anodins ; ils sont, certes, réfléchis, car celui qu’on appelle communément Monty était un perfectionniste, mais ils procèdent surtout d’un facteur tout à fait subjectif, inéluctable : lui. Lui en tant qu’homme. Et c’est pourquoi mon travail est néanmoins proche de la biographie, car je m’appuie sur de nombreux éléments privés pour montrer combien sa vie d’homme – et précisément son homosexualité – a influé sur sa carrière. Ce n’est pas par hasard qu’il a choisi des rôles de personnes rejetées ou rebelles, pas un hasard si une grande partie de ces rôles...

Les garçons sauvages sont des filles pas comme les autres

C'est un premier film déroutant que nous propose Bertand Mandico. Le genre de ses héros (cinq garçons de bonne famille, brutaux, meurtriers, embarqués pour un voyage initiatique...) y est mis à mal, comme un facteur inhérent à la trame fantastique de cette aventure. C'est une œuvre franchement "queer", une épopée mythologique futuriste, qui sort totalement des sentiers cinématographiques battus. que nous vous conseillons vivement. Adossé à des références allant de Truffaut au gore, au film muet en noir et blanc, au fantastique avec effets spéciaux, aux films de pirates ou encore à Fassbinder, ce long métrage ne peut laisser indifférent d'un point de vue formel. A l'abordage pour une découverte d'un nouveau genre ! Nous reproduisons cet entretien qui vous aidera à y voir plus clair et vous donnera certainement envie de voir cet ovni cinématographique ! https://youtu.be/DseeL_hKhdI Dans votre film, le protagoniste central, un scientifique devenue femme plaide pour une féminisation du monde pour le pacifier mais vous allez dans une direction encore plus ambigüe… C’est une utopie naïve,...

Finding Phong : changer de sexe au Vietnam

Phong s’est toujours considéré comme une fille prise au piège dans un corps de garçon. c’est en entrant à l’université à Hanoi qu’il découvre qu’il n’est pas le seul à souffrir d’une telle situation. caméra au poing, Phong décide de changer de vie et amorce une métamorphose. Ce documentaire vietnamien, sorti sur les écrans cette semaine, est un journal filmé qui témoigne au plus près du parcours intime d'un jeune homme qui va accomplir le chemin difficile du changement de sexe. Les deux réalisateurs Tran Phuong Thao et Swann Dubus Mallet expliquent leur démarche. Extraits de l'interview à retrouver dans son intégralité ici : Comment est né le projet ? Swann Dubus Mallet : Phong est une amie de notre producteur. elle a partagé avec lui ses peines et ses espoirs. il nous a contactés pour faire un film sur son histoire. comme j’étais à Paris où je terminais la post-production de notre film précédent, thao a rencontré Phong seule. elle m’a appelée pour me dire qu’on ne pouvait...

C’est un beau roman, c’est une belle histoire !

Call me by your name, le meilleur film de l'année Dans quelques jours, vous risquez d'être assailli par les promos, infos, photos, et vidéos, dédiés à la sortie du film Call me by your name, réalisé par Luca Guadagnino, dont la bande annonce envahit déjà les réseaux sociaux. Cette super production présentée au Festival de Sundance, à Berlin a remporte le Grand Prix du Festival Chéries-Chéris 2017. C'est pour le journal anglais The Guardian le meilleur film de l'année 2017 ! Rien que ca ! Il faut dire que les deux acteurs principaux sont craquants... https://youtu.be/HKLbnoPdTyg Un roman inoubliable paru en 2007 Mais bien avant que le film fasse le buzz, il y eut un roman américain de André Aciman, édité en 2007 par les éditions de l'Olivier sous le titre Plus tard ou jamais ! Ça a été pour moi comme pour beaucoup de lecteurs, un vrai coup de cœur. L'histoire se déroule en Italie, au bord de la mer dans une époque indéfinie (mais qui n'est pas la...

I am not a witch, de Rungano Nyoni

Rungano Nyoni est une réalisatrice zambienne, exilée au Pays de Galles à l’âge de neuf ans. Depuis, son court-métrage Listen a été nommé aux Oscars, et son premier long-métrage de fiction I am Not A Witch, sélectionné pour la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2017. Shula, le personnage principal, zambienne, est âgée de neuf ans elle aussi. Comme une métaphore du propre parcours de la réalisatrice, Shula est accusée de sorcellerie car une jeune femme tombe avec son pot à eau, pendant que la petite fille la fixe du regard. Les yeux comme la caméra, dans un pays où les femmes réalisatrices doivent peiner à exister, dans un monde où le machisme persiste encore comme ailleurs. Shula est orpheline et taciturne. Elle se retrouve jugée par le village, tribunal présidé par une sorte de policière, puis enfermée dans un camp… de sorcières. Mais le film, s’il dénonce bien évidemment en filigrane ce traitement inhumain, ressemble plus à une fable subtile qu’à une...

D’Eddy Bellegueule à Marvin, l’histoire d’une émancipation

Au moment où sort sur les écrans l'adaptation très libre du premier "roman" d'Edouard Louis, réalisée par Anne Fontaine, Marvin ou la belle éducation, retournons-nous sur ce livre coup de poing, qui a bouleversé le paysage littéraire. Une enfance misérable un long cri de haine qui pénètre notre cortex et qui ne nous lâchera pas jusqu'au dernier mot Edouard Louis raconte une enfance sans amour, sans tendresse, sans repère... une famille pire que les Groseillle de La vie est un long fleuve tranquille, ancrée dans son inculture, son manque d'ambition... Sa vie triste et morne, dominée par le machisme et la méchanceté, donc la peur. Etre différent dans ce cloaque est la pire des injures pour ceux qui sont soumis au regard des autres, à la vindicte populaire qui détruit les « anormaux ». Le jeune Eddy parce qu'il est efféminé est catalogué pédé et est, donc, la honte de la famille. D'humiliations en sévices, ils lui font la vie dure. Au collège, c'est la tête de Turc des « normaux » qui lui font...

L’amour est dans le pré (Seule la terre, le film)

Texte originalement publié sur la page FB de Daniel. Ambiance très rude ! Un beau film, des acteurs étonnants et très justes, avec la beauté rude, sans chichis, de la campagne du nord de l'Angleterre comme cadre, et avec sa petite touche de peinture sociale. Seule la terre, un film très... très anglais, en fait. Donc, il ne faut pas s'amuser à pointer toutes les ressemblances avec Brokeback Mountain, (même si le film s'attache à suivre le parcours de deux garçons que rien ne prédestinait à se rencontrer, le fils d'agriculteurs locaux et un saisonnier), c'est complètement une autre histoire, d'autres personnages, d'autres façons de se chercher, de se fuir ...et de se retrouver (il en existe tellement...). Quand les sentiments s'en mêlent... Si le film de Francis Lee était sorti avant, on aurait dit que celui que Ang Lee est une adaptation avec des moyens hollywoodiens. Seule la terre est différent et il est très bien comme ça. Le titre français est plutôt bien trouvé, parce qu'on pourrait mettre...

Chéries-Chéris va faire battre vos cœurs plus fort

Cyril Legann, président du festival nous présente cette édition avec enthousiasme. Il y a de quoi ! Hommage à Act Up Hugues Demeusy : Pourquoi faut-il aller au festival cette année ? Cyril Legann : Bien sûr il est fortement conseillé d'y aller tous les ans, mais il me semble que cette année, il s’est vraiment passé quelque chose qui a redonné goût aux gens de militer avec « 120 battements par minute ». On a pu se rappeler que le cinéma avait ce pouvoir de changer les lignes. On sent que le public a un appétit de voir des films sur ce sujet et prolonger le travail de mémoire entamé par le film de Robin Campilo. C’est pourquoi le festival proposera une programmation spéciale en hommage à Act Up qui revient sur le combat des années SIDA avec des documentaires d’archives passionnants. Mais aussi des films plus récents qui dressent un état des lieux actuel. Romantique Italie S’il n’y avait qu’un film à voir ? Difficile de choisir, c’est...