Armistead Maupin : une étoile dans notre ciel !

Armistead : toujours bienveillant Toujours bienveillant, de bonne humeur et l'œil qui frise, Maupin semble être un bon gros nounours qui pourrait facilement nous consoler de nos chagrins d'amour et nous donner de bons conseils. L'expérience de la vie. On sent qu'il l'a acquise mais qu'il n'en tire aucun orgueil... Et pourtant que de chemins parcourus pour atteindre ce statut enviable... Un jeune Américain pur jus qui devient... lui-même ! Pour le découvrir, il faut lire l'autobiographie qui vient d'être traduite en langue française et qui parait sous le titre un peu lisse de Mon autre famille. Né en Caroline du Nord, dans une famille ultra-républicaine, Armistead vit ses premières années entre un père très réactionnaire et une mère fantasque. Il y a, heureusement, sa grand-mère qui lui apprend les vertus de la différence. Peu enclin à se démarquer de cette emprise familiale, le jeune Maupin adopte l'idéologie républicaine sans broncher. Il débute des études de droit, mais les abandonne. Il s'engage pour rejoindre les troupes américaines au Vietnam en...

Noémie Renard veut « En finir avec la culture du viol »

Pour quatre Français sur dix, la responsabilité d’un violeur est « moindre si la victime se montre aguichante » – que recouvre ce terme ? c’est variable et contestable à l’infini ! – et « pour deux sur dix, un "non" veut souvent dire un "oui" ». Une sorte de distinction morale, en somme, entre le « vrai » viol et le viol « cool ». N’a-t-on d’ailleurs pas lu dans les médias, au moment de l’affaire Dominique Strauss-Kahn : « Il n’y a pas mort d’homme » ; c’est « un troussage de domestique ». Ou encore : « Un viol, c’est avec un couteau ou un pistolet. » De façon consciente ou non, la « culture du viol » est intégrée dans nos schémas de pensées, conditionnant nos jugements et érigeant en « véritable système » des mécanismes pourtant totalement erronés voire d’une injustice horrifiante. « Banalisation » des violences sexuelles, « stéréotypes de genre, impunité des agresseurs, culpabilisation des victimes » :...

A la manière de la grande Patricia Highsmith

Un défi littéraire Il fallait oser le faire et le résultat est assez convainquant. Pour qui connaît la prose de Patricia Highsmith, les ambiances sombres dans lesquelles elle situe ses intrigues tragiques, ses esquisses psychologiques qui font de ses personnages des anti-héros attachants... recréer cet environnement très singulier pouvait se révéler très casse-gueule. D'ailleurs qui s'y risquerait ? A moins que... Ecrire une intrigue dont le personnage principal est Patricia Highsmith herself en s'appuyant sur des faits réels, qui servent de bases à une mésaventure où l'écrivaine va jouer son rôle le plus noir... Donc nous sommes bien d'accord, il ne s'agirait pas là d'une biographie mais d'un roman écrit à la manière de, avec dans le rôle principal Miss Highsmith... non ?  Et bien si ! Jill Dawson, dont c'est à priori la première fiction est anglaise, et à n'en pas douter, super fan de l'auteuse de Carol, du Talentueux M. Ripley et de tant d'autres thrillers psychologiques passionnants... L'iintrigue Si Highsmith s'installe dans un petit cottage dans le...

Pour l’amour des Hommes

Ode au corps des hommes "les hommes pleurent à la salle de sport déclenchent le sèche-mains pour couvrir le bruit de leurs sanglots, leurs cœurs sont devenus trop lourds pour leurs torses, leurs torses sont devenus trop larges pour leurs tee-shirts, ils s’habillent comme des gamins qui auraient oublié d’apporter leur tenue pour l’entraînement" Vingt-cinq poèmes pour dire et raconter le corps des hommes, leurs désirs, leur jouissance et leur solitude. Andrew McMillan les observe dans leur intimité, en famille, en groupe,  ou encore dans des bars interlopes. Il les croque (au propre comme au figuré), avec justesse dans une langue parfois crue, souvent tendre, toujours amoureuse... Une bouleversante ode au corps masculin qui porte un regard poétique sur l’homme moderne, sa sexualité et sa quête du bonheur. Un skinhead peut cacher un poète ! Andrew McMillan, trentenaire britannique enseigne l'écriture à Manchester. Ce premier recueil de poèmes a été célébré et a reçu de nombreuses distinctions. Ne vous fiez pas à son look de skinhead british car il pourrait bien révéler la sensibilité...

L’amour et la liberté en héritage

Brisa et Pierre, un couple de légende Elle s’appelait Brisa, lui Pierre. Ils étaient les grands-parents de Bénédicte Martin, journaliste et romancière . Aujourd’hui, Bénédicte vit avec son fils dans leur appartement, à Paris, face à la prison de la Santé. Elle s’interroge souvent sur cet héritage "génétique" : qui étaient cet homme et cette femme, que lui ont-ils laissé, quelle femme est-elle devenue grâce ou à cause d’eux, quelle est sa dette  ? Le Paris Interlope du siècle dernier Ce roman raconte leur histoire, leur amour, fait de passion, d’une grande liberté, de non-dits aussi et de secrets. Car entre Brisa et Pierre, il y avait une femme, une héroïne singulière, une pétroleuse : Eléonore, rebaptisée dans le milieu Madame Yvonne. Fille d’un riche  armateur de Toulon et d’une blanchisseuse, elle aimait les femmes, vint à Paris, vécut des années au Lutetia à Paris, puis dans un hôtel du XVIIIe arrondissement qui était surtout un bordel. Elle avait les cheveux courts, sortait chaque soir au Monocle...

Transidentités : tout ce que vous avez toujours voulu savoir

Hugues Demeusy : Tout d'abord, quelles distinctions doit-on faire entre transsexualité, transsexualisme et transidentité ? Arnaud Alessandrin : Il est vrai que nous partons souvent de l’hypothèse que ce vocabulaire est acquis pour toutes et tous. Débuter par des définitions n’est donc pas absurde. Le « transsexualisme » (que j’écris et prononce avec des guillemets) renvoie à une construction médicale et psychiatrique qui vise à "pathologiser" les identités trans, au "triage" des demandes jugées comme acceptables ou non-acceptables du point de vue des normes de genre et de sexualité en vigueur. Le « transsexualisme » est donc un terme qui "pathologise", j'insiste, et qui en plus fait souffrir les individus concernés, car elle pousse des identités et des vies à la marge de toute reconnaissance. Le terme « transidentitaire » est quant à lui plus englobant. Ce terme parapluie inclut toutes les personnes en transition, peu importe le type de transition choisie, vécue ou expérimentée. Comme toujours avec le langage, il y a les catégories d’analyse et les catégories d’expérience. Dans...

Les vacances du petit Renard, interview d’Arthur Cahn

C’est un ouvrage singulier, même s’il est difficile de mettre précisément le doigt sur ce qui le place à part, qu’a publié en ce début d’année, le réalisateur, acteur et donc désormais auteur, Arthur Cahn. C’est un court texte, comme un concentré, cette histoire, celle qui prétexte un récit de vacances, mais qui est aussi celle d’une rencontre, celle d’un amour contrarié, d’une machination, de regrets, d’énergie et d’oisiveté, de sexe et de retenue, du passage d'un âge à un autre… Quelques impressions de lecture,  croisées aux remarques et réflexions de l'auteur, qui a bien voulu prendre le temps de répondre à ces questions, qu'il en soit ici remercié. - « Les vacances du petit Renard », et d’abord ce titre, qui sonne comme une fable, comme le titre d’un récit pour enfants, et qui cache, un texte, bien évidemment, assez éloigné de ces évocations d’âges tendres, puisque d’innocence ou de naïveté, il n’en est plus question. Le personnage principal, même s’il se trouve lui à la...

C’est moi, c’est d’elle : Marion Guillot

C’est Marie, ma libraire préférée (de chez Charlemagne, à Hyères, dans le Var), qui a attiré mon attention sur C’est moi, surprenant, drôlissime et très astucieux roman d’une auteure que je ne connaissais pas : Marion Guillot. Les oiseaux de mauvais augure annonçant depuis quelques lustres la mort du roman en tant que genre peuvent revoir leur sinistre prédiction ! Ici nous avons du neuf, du frais, du délicieusement cruel – tout pour être extrait de ce monde-ci et plongé dans ce monde-là, empruntant ce qu’il faut au réel pour le sublimer et le récréer sous la bannière fiction, dont on sait la réussite lorsqu’elle touche à l’universel. « Charlin est mort hier. » Le lecteur est informé que « dans le fond », Charles-Valentin, dit Charlin, « devait être quelqu’un de sympathique ». Tout de suite la puce nous est mise à l’oreille, d’autant que pour les obsèques de ce Charlin, il n’y aura « pas de messe ni d’encens, pas de prêtre en chasuble mauve ». On a beau nous expliquer que ça n’a...

Décryptage réussi d’une légende du cinéma américain

Hugues Demeusy : Tu nous présentes aujourd'hui un essai sur la grande légende américaine Montgomery Clift, tu précises que ce n'est pas une biographie ? Sébastien Monod : En effet, ce n’en est pas une. Montgomery Clift – L’enfer du décor est un travail d’analyse des choix de carrière de l’acteur, complétée de l’étude des films eux-mêmes. Et je démontre tout au long de mon livre que ces choix ne sont ni innocents ni anodins ; ils sont, certes, réfléchis, car celui qu’on appelle communément Monty était un perfectionniste, mais ils procèdent surtout d’un facteur tout à fait subjectif, inéluctable : lui. Lui en tant qu’homme. Et c’est pourquoi mon travail est néanmoins proche de la biographie, car je m’appuie sur de nombreux éléments privés pour montrer combien sa vie d’homme – et précisément son homosexualité – a influé sur sa carrière. Ce n’est pas par hasard qu’il a choisi des rôles de personnes rejetées ou rebelles, pas un hasard si une grande partie de ces rôles...