Un crime au palace

Qui était cet Oscar Dufrenne assassiné le 24 septembre 1933 dans son bureau du Palace, music-hall fort couru déjà à cette époque, maître des nuits parisiennes, amant, entre autres, de Jean Sablon, ami de Mistinguett, de Maurice Chavalier, Mayol, Joséphine Baker, Damia, etc., également directeur du Casino de Paris, du casino de Trouville, etc.; par ailleurs conseiller municipal du 10e arrondissement (radical-socialiste) et proche de l’ancien ministre de l’Intérieur Louis-Jean Malvy. Il est retrouvé mort, le crâne fracassé et le pantalon baissé. Un marin a été aperçu partant vite. Cette histoire, dont toute la presse, de Gringoire (Après un appel à « un coup de balai », Gringoire répondit : … De par notre législation, nos usages, nos mœurs mêmes, il n’y a qu’un plumeau.) à l’Humanité en passant par Détective, toujours présent, s’est emparée, fit beaucoup de bruit : des homos, des marins prostitués, des personnages politiques ! L’historienne Florence Tamagne, après de nombreuses recherches, nous fait vivement revivre une partie du Paris de cette époque, des...

Devenir séropo aujourd’hui

Oui, les traitements sont efficaces, on ne meurt (presque) plus du sida dans les pays occidentaux... mais quand est-il du regard de la société sur les séropositifs, comment se situe la "communauté" gay par rapport aux nouveaux contaminés... autant de sujets brûlants et tabous que ce témoignage a le mérite de soulever. Le narrateur est "plombé" juste quand il rencontre un garçon avec qui il va entamer une liaison amoureuse. On peut dire que c'est un test infaillible pour mesurer la véracité des sentiments... on peut s'en passer aussi... Il décrit avec une précision clinique ses peurs, ses angoisses et son parcours du combattant dans l'univers médical, même s'il a la chance d'être accompagné par les siens qui le soutiennent, et de rencontrer immédiatement les bonnes personnes. Car c'est sur ce point que l'on peut étayer une critique : le milieu très aisé dans lequel vit Camille (c'est un garçon !) constitue un atout non négligeable dans son entrée dans la séropositivité (nous l'avons dit, ses proches...

La biographie plombée d’un écrivain maudit

Si Guillaume Dustan fut un feu de paille dans l'univers littéraire, il s'imposa comme un sacré trublion qui parvint à force de coups d'éclat, de scandales, de provocations... à obtenir une reconnaissance médiatique qui ne reposait pas sur la dimension de son œuvre mais sur la noirceur du propos. Dans les années 90, Guillaume Dustan donc, écrivain séropositif - ou l'inverse - surfa sur la baise sans capote, communément appelée bareback. Ses prises de position déclenchèrent d'une part la concupiscence de Thierry Ardisson, de Technikart... tous ces médias et journalistes à la recherche du sensationnel qui l'adoubèrent, pendant que dans le même temps l'association de lutte contre le sida Act-Up en fit son ennemi juré. Pour incarner ce combat, on opposa Dustan et Didier Lestrade, président emblématique de l'association. Les écrits de Dustan (moins d'une dizaine de textes d'autofiction), un genre dont il promut la reconnaissance à travers la collection Le Rayon Gay qu'il dirigea au sein de la maison d'édition aujourd'hui défunte Balland, ne furent pas,...

Yves Navarre, hier, aujourd’hui et demain

Hugues Demeusy : Comment et quand as-tu « rencontré » Yves Navarre ? Philippe Leconte : A la fin des années 70. J’étais dans la mythique librairie Corman à Knokke-Le-Zoute. Je venais de choisir les poèmes de Constantin Cavafy traduits par Yourcenar, et, à côté, il y avait une pile de Loukoums en livre de poche. C’est la couverture qui m’a attiré, le dessin de David Hockney. J’ai pris le livre, l’ai lu d’une traite et n’ai eu de cesse, après, de découvrir les précédents livres de Navarre, puis, au fur et à mesure, les nouveaux, au gré de leurs parutions. Qu’est-ce qui t’a accroché dans ses écrits ? Navarre a été beaucoup trop catalogué en tant qu’écrivain homosexuel, alors que lui-même se définissait comme écrivain ET homosexuel La façon dont il abordait l’homosexualité. C’était la première fois qu’un écrivain m’en « parlait » comme quelque chose de normal. J’avais l’impression de me découvrir à travers ses livres, que ceux-ci me parlaient de moi. Á l’époque, il n’y avait...

Rendez-vous à Positano

Si l’on peut parler d’un livre comme l’on dit musique baroque, alors, ce livre l’est. Chaque image de ce merveilleux village de Positano, lieu des longs crépuscules, au sud de Naples, s’accompagne de l’odeur mélodieuse des jasmins, de musique, celle de l’orage, du vent, et de Wilhelm Kempff jouant du piano dans l’église, en haut de la montagne, de l’élégance des mouvements de ses habitants montants ses escaliers escarpés, et de ses deux héroïnes, Goliarda Sapienza, l’auteure de Rendez-vous à Positano, et de Erica, l’amie. C’est la fin du fascisme. Les discussions éthérées, hors de tout, du monde, le long chemin d’une rencontre amicale, celle d’une grande bourgeoise riche, Erica, Son pas captivait tous les regards quand elle descendait les quelques marches qui menaient au rivage… Mais cette femme : Depuis quelques années j’évite la véritable amitié, le véritable engagement, y compris en amour, et voilà que ce besoin que j’ai essayé d’étouffer m’a poussée à te rechercher. On n’y échappe pas. Et même si cette amitié...

Le cahier noir d’Olivier Py : la naissance d’un artiste

https://youtu.be/Ha2zZ6sFWqI Olivier Py écrit pendant son adolescence solitaire à Grasse, un cahier intime, où il consigne ses pensées les plus sombres et réalise des croquis fantasmatiques. En 2015, Actes Sud édite ce Cahier noir, premier "roman illustré" de l’homme de théâtre, dramaturge, metteur en scène, directeur du Théâtre de l'Odéon, aujourd'hui responsable du festival d'Avignon et homme de lettre... Une enfance solitaire Le jeune Olivier s’ennuie ferme dans la ville de Grasse, qu'il décrit grise, triste, austère, loin des clichés de carte postale de cette cité méditerranéenne dont le soleil et les parfums sont ici absents. Entre le lycée et la famille, où il joue le rôle de l'enfant lambda, il y a la place pour les fantasmes les plus exacerbés et extrêmes et pour l'ado singulier, qui se créé un imaginaire flamboyant mais très sombre. Entre les lignes, se dessinent la fougue et le jusqu’au-boutisme d’un adolescent au purgatoire, qui s’invente des chemins de croix dans une quête d’absolu sans limite. La quête d'absolu mais des expériences décevantes A son âge, tout est grave, définitif…...

Noémie Renard veut « En finir avec la culture du viol »

Pour quatre Français sur dix, la responsabilité d’un violeur est « moindre si la victime se montre aguichante » – que recouvre ce terme ? c’est variable et contestable à l’infini ! – et « pour deux sur dix, un "non" veut souvent dire un "oui" ». Une sorte de distinction morale, en somme, entre le « vrai » viol et le viol « cool ». N’a-t-on d’ailleurs pas lu dans les médias, au moment de l’affaire Dominique Strauss-Kahn : « Il n’y a pas mort d’homme » ; c’est « un troussage de domestique ». Ou encore : « Un viol, c’est avec un couteau ou un pistolet. » De façon consciente ou non, la « culture du viol » est intégrée dans nos schémas de pensées, conditionnant nos jugements et érigeant en « véritable système » des mécanismes pourtant totalement erronés voire d’une injustice horrifiante. « Banalisation » des violences sexuelles, « stéréotypes de genre, impunité des agresseurs, culpabilisation des victimes » :...
Sappho

Sappho, poétesse de l’antiquité, notre ancêtre

Elle naît à Lesbos et vit à Mytilène au VIIe siècle avant notre ère. Née dans une famille marchande aisée, elle instruit la jeunesse dorée au chant poétique et dit son amour pour une jeune femme dans certains poèmes. Elle aurait participé à un complot contre le tyran et doit s’exiler de Mytilène : elle se réfugie en Sicile où elle poursuit son œuvre et reprend son enseignement. Confondue avec une Sappho courtisane née à Erése, elle tombe amoureuse du jeune Phaon alors qu’elle est à l’âge mûr. Cet amour n’est pas réciproque et de désespoir Sappho se précipite depuis le Leucade dans la mer : elle disparaît ainsi sans laisser de trace mais son suicide entre dans la légende. Il se pare d’une dimension romantique et absolue qui traverse les siècles et accompagne la gloire de la poétesse. Le talent de Sappho sera reconnu dès l’Antiquité : son poème qui saisit l’instant où la vie se retire à la vue de l’être aimé a inspiré...

Frede, de Denis Cosnard

Comme le tableau d’une époque révolue ! Un autre moment de notre histoire, celui des lesbiennes en costard et cravate… La vie mouvementée de Frede est parfaite pour l’illustrer. Après des études écourtées d’art et de peintre, celle qui est alors Suzanne ou Jeanne Morin gagne sa vie en peignant des décors pour les Folies bergères où triomphe Mistinguett… Un autre monde où elle fait aussi, sans enthousiasme, elle, la « garçonne », de la figuration. Muette, elle plaît et on lui conseille Le Monocle, la boîte homo de Frankie, où se retrouve toute la clientèle de Montparnasse, du Select à La Coupole, en 1932. À cette époque, les boîtes sont Liberty’s, Yeddo, Clair de Lune, Chez Tonton, et, pour les lesbiennes, moins nombreuses, Le Fétiche, de Moune Carton, La Vie parisienne, de Suzy Solidor rue Ste-Anne. Elle change de look, de nom, endosse un costume horrible à porter tant il est amidonné, dit-elle ; mais elle plaît, se plaît ; elle a 20 ans. Elle rencontre Anaïs...