Mes regrets sont des remords, Frédéric Mitterrand

Le regret consiste dans le sentiment de quelque perte ; le repentir, dans celui d’une faute ; le remords, dans celui d’un crime, et la crainte du châtiment. La Bruyère Et d’aucuns ont pu affirmer que dire du mal de soi, c’était montrer que l’on est toujours là… Frédéric Mitterrand semble être atteint de ce syndrome qui a très bonne presse dans le milieu homo : le syndrome de Saint-Sébastien, à la seule différence que c’est lui-même qui bande l’arc et s’envoie les flèches… Journal, carnet mondain ? Pourquoi ? Cela commence comme cela finit, par deux exemples impossibles, deux fausses frontières et, entre, dix-sept chapitres. 11 novembre 1944, Joseph Wende, jeune allemand de 18 ans, espion, est fusillé à Toul par les Américains… Je serais tombé immédiatement amoureux de lui si je l’avais connu, je l’aurais soustrait à sa dérive criminelle… Et oui ! il était beau écrit un Frédéric Mitterrand qui se prend pour le Jean Genet du Condamné à mort : On peut se demander pourquoi...

le beau livre #3 Dalida, une garde-robe de la ville à la scène

Il reste encore plus d’un mois pour se rendre au Palais Galliera, le musée de la mode de la ville de Paris et déambuler au milieu de la garde-robe d’une des plus grandes icônes populaires de ces dernières années et qui fascine encore aujourd’hui, cette exposition a été rendue possible grâce à la récente et généreuse donation d’Orlando, le frère de Dalida au musée. Et le prisme du vêtement apparaît ici, comme éminemment pertinent, lorsqu’il est question de retranscrire les évolutions de la carrière de la chanteuse. De la robe de velours rouge, semblable au rideau d’une scène, d’inspiration New-Look, créé en 1958 par Jean Dessès et qui ouvre le parcours de cette exposition, jusqu’au débauche de strass, plumes, perles et paillettes de ses costumes de scène dans les années 80, la garde-robe de Dalida, à la ville et à la scène, apparaît comme une grille de lecture privilégiée de l’histoire de la mode et de celle de la variété et du spectacle. Au...

Passion amoureuse ou amitié fraternelle ? La réponse de Stéphane Lambert

http://youtu.be/MIIrofQwfso Dans Fraternelle Mélancolie, Stéphane Lambert explore l'amitié qui unit deux grands écrivains américains, Herman Melville, et Nathaniel Hawthorne. Il décrit et imagine les  stigmates d'une passion tumultueuse... Cela se déroule au milieu du 19ème siècle... Alors "outing" ou pas ? Stéphane Lambert nous donne les clés ici ! Hugues Demeusy : Comment et quand as-tu rencontré Melville et Hawthorne et pourquoi leur relation t’a interpellé au point d’y consacrer un livre ? Stéphane Lambert : Quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai longtemps gardé sur ma table de chevet l’épais volume de Moby Dick, qui est devenu ce qu’on appelle un livre culte, sans réussir à m’y mettre. L’idée de la chasse à la baleine me rebutait. En réalité, Moby Dick est tout sauf un hymne à la chasse à la baleine, c’est un roman de dimension mythique, qui place l’homme face aux grandes questions de l’humanité. Or Moby Dick est dédié à Hawthorne, que je ne connaissais pas. Quand j’ai enfin lu le roman de Melville,...

Une Américaine dans la tourmente

L’histoire de Janet Flanner est indissociable de celle du New Yorker, dont elle fut la correspondante à Paris pendant un demi-siècle. Michelle Fitoussi nous emmène sur les traces de cette américaine incroyable, toujours surprenante, jamais fade ! Une jeune américaine découvre Paris Janet Flanner est féministe, pacifiste, lesbienne… mais avant cela, elle fut une américaine d'Indianapolis, élevée dans une famille quaker pas si classique que ca, puisque sa mère voulait que Janet soit comédienne (puisque bien sur elle-même n'y était pas parvenu). Adolescente, Janet part avec sa famille pour un voyage en Europe. Et c'est le choc. Elle y vivra de préférence à Paris ville des lumières. Mais avant cela elle se marie.  Le couple s'installe à New-York et infiltre le milieu de la bohème intellectuelle, où Janet rencontre une journaliste, brillante, dont elle tombe peu à peu amoureuse... Elle, elle veut écrire ! Ensuite c'est Paris, le New-Yorker dont elle devient la correspondante, (il faut bien vivre) en tant que chroniqueuse fantasque de la vie parisienne... Très...

Le journal de rêve de Guy Hocquenghem

Les éditions Verticales viennent de publier cinquante-huit articles de Guy Hocquenghem, gauchiste et ex, homo et plus, mort du sida à 41 ans. Ses textes sont parus dans des journaux et des magazines, Libération, Masques, Gai Pied Hebdo, Actuel, Tout !, L’Idiot liberté et le Figaro magazine, entre 1970 et 1987. Comme de nombreux et nombreuses militant.es homos de cette époque, il eut de nombreuses activités, tout était à créer. D’abord militant trotskiste mais homo, il participe à la création du FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) en 1971, au groupe Vive la Révolution et publie son premier roman, Le Désir homosexuel en 1972. Il fut un touche à tout politique comme le montre les sujets de ses articles et l’explique fort bien la post-face de Antoine Idier qui vient de publier sa biographie. Des textes de désabusé, d’un militant revenu de presque tout… À quoi peut donc servir la lucidité ? À propos de 68 : Nous avons voulu la politique. La politique nous a recraché, dégueulés, souillés…, dans un article...

La biographie scandaleuse sur Yves Saint-Laurent

Rappelez-vous, c'était en 2014. Deux "biopics" sur Yves Saint-Laurent faisaient l'affiche à quelques mois d'intervalle. Le premier, signé de Jalil Lespert, le montrant  sous un jour lumineux, très consensuel, fut adoubé par Pierre Bergé, le compagnon du grand-couturier et accessoirement son financier. Le second, plus polémique, réalisé par Bertrand Bonello, s'attardait sur la complexité du couple formé par Saint-Laurent et Bergé. Plus incisif et critique, il n'eut aucun soutien de l'homme d'affaires Pierre Bergé qui le condamna sans limite ! Le conte de fée selon Pierre Bergé On l'aura donc compris, homme de pouvoir et d'influence caractérisé, Bergé ne voulait pas qu'on détériore le conte de fée qu'il avait eu tant de mal à créer ; seuls les initiés savaient. Alors cette biographie signée de celui qui fut le compagnon "rémunéré" de l'icône de la mode pendant 5 ans, de 90 à 95, n'aurait certainement pas eu les faveurs de Bergé, décédé il y a peu ! Sa parution aujourd'hui est-elle due au hasard ? Ça parait peu probable. Toujours est-il que le sémillant Fabrice...

Brahim Metiba, au cœur de la différence

Les mots de Brahim Metiba tintent comme un désespoir de cristal. On passe le doigt dessus et ça sonne juste, c’est pur, chaque phrase fait mouche, offerte là sans fioritures. Subtilement évidente sans être simple pourtant. Car c’est l’inextricable équation de la – ou plutôt des différences qui est posée ici, avec son cortège douloureux de non-réponses synonymes d’exclusion. Récit d’une solitude de sang aux résonances plurielles. « Nous », « eux », « les autres » Brahim Metiba – ou du moins son « double », comme il nous le précise dans l’entretien ci-dessous, s’agissant d’un récit « auto-fictionnel » – a « du mal » avec le « nous » lorsque ce dernier fait référence aux musulmans. « C’est pourtant simple », explique la mère, « il y a “nous”, puis il y a “eux”, les autres, les non-musulmans, les juifs par exemple ». L’assertion est monolithique, surgie d’une vérité elle-même inébranlable. Le « je » qui s’exprime cherche tout de même une faille...

L’enfant de sable

De quoi peut-on être sûr en le lisant ? Où nous mène-t-on ? Le personnage principal, qui est-ce vraiment ? Ahmed ou Zahra ? On ne sait pas trop où nos yeux nous amènent à suivre Tahar Ben Jalloun. Mais on y va avec avidité. On saisi l'origine de la renommée de son auteur à son style tellement imagé : on sent le Maroc. On le voit. On entend sa culture. Ce livre est comme un empillement de niveaux de lecture différents, desséminés en arrière-fond. On y parle d'un pays, d'un Tirésias arabe, de la condition de la femme, mais également de celle de l'homme, d'identité de genre, de ce qui nous fonde comme être humain, de la mémoire, de l'imaginaire. « Le livre est vide. Il a été dévasté. J'ai eu l'imprudence de le feuilleter une nuit de pleine lune. En l'éclairant, sa lumière a effacé les mots l'un après l'autre. Plus rien ne subsiste de ce que le temps a consigné dans ce livre..., il reste bien...

Beignets de tomates vertes : Chroniques du sud des Etats-Unis

« Beignets de tomates vertes » fut publié en 1987 sous le titre « Fried green tomatoes at the Whistle Stop Cafe ». Ce roman est le plus célèbre des ouvrages écrits par Fannie Flagg, il connut dès sa parution un franc succès. Il figura pendant plus de six mois sur la liste des meilleures ventes du New York Times et son adaptation cinématographique valut à Fannie Flagg une nomination aux « Academy Awards ». « Beignets de tomates vertes » est un voyage dans le temps et l’espace, qui nous emmène dans le sud des Etats-Unis, région d’origine de l’autrice, entre les années 1920 et la fin des années 1980. La narratrice, Ninny Threadgoode, nous fait vivre à travers le récit qu’elle fait à son amie Evelyn, l’histoire de Whistle Stop, une petite ville de l’Alabama, perdue en bordure de chemin de fer. Ce sont, en fait, plusieurs histoires qui sont rapportées en parallèle dans ce roman. En point d’orgue, on trouve la romance entre...