Mes regrets sont des remords, Frédéric Mitterrand

Le regret consiste dans le sentiment de quelque perte ; le repentir, dans celui d’une faute ; le remords, dans celui d’un crime, et la crainte du châtiment. La Bruyère Et d’aucuns ont pu affirmer que dire du mal de soi, c’était montrer que l’on est toujours là… Frédéric Mitterrand semble être atteint de ce syndrome qui a très bonne presse dans le milieu homo : le syndrome de Saint-Sébastien, à la seule différence que c’est lui-même qui bande l’arc et s’envoie les flèches… Journal, carnet mondain ? Pourquoi ? Cela commence comme cela finit, par deux exemples impossibles, deux fausses frontières et, entre, dix-sept chapitres. 11 novembre 1944, Joseph Wende, jeune allemand de 18 ans, espion, est fusillé à Toul par les Américains… Je serais tombé immédiatement amoureux de lui si je l’avais connu, je l’aurais soustrait à sa dérive criminelle… Et oui ! il était beau écrit un Frédéric Mitterrand qui se prend pour le Jean Genet du Condamné à mort : On peut se demander pourquoi...

Rendez-vous à Positano

Si l’on peut parler d’un livre comme l’on dit musique baroque, alors, ce livre l’est. Chaque image de ce merveilleux village de Positano, lieu des longs crépuscules, au sud de Naples, s’accompagne de l’odeur mélodieuse des jasmins, de musique, celle de l’orage, du vent, et de Wilhelm Kempff jouant du piano dans l’église, en haut de la montagne, de l’élégance des mouvements de ses habitants montants ses escaliers escarpés, et de ses deux héroïnes, Goliarda Sapienza, l’auteure de Rendez-vous à Positano, et de Erica, l’amie. C’est la fin du fascisme. Les discussions éthérées, hors de tout, du monde, le long chemin d’une rencontre amicale, celle d’une grande bourgeoise riche, Erica, Son pas captivait tous les regards quand elle descendait les quelques marches qui menaient au rivage… Mais cette femme : Depuis quelques années j’évite la véritable amitié, le véritable engagement, y compris en amour, et voilà que ce besoin que j’ai essayé d’étouffer m’a poussée à te rechercher. On n’y échappe pas. Et même si cette amitié...

Le beau livre #6, Les musées Yves Saint Laurent : Paris, Marrakech

« J'aimerais que dans cent ans on étudie mes robes, mes dessins. » Yves Saint Laurent, 1992. En 1961 le couple Yves Saint Laurent - Pierre Bergé ouvre leur maison de couture, d’abord rue Spontini, puis en 1974 ils déménagent et s’installent au 5 avenue Marceau, cette adresse que ne quitteront plus les ateliers, le studio et les salons de la maison, dès sa création, il est décidé d’archiver l’intégralité du travail du couturier, les modèles des défilés, mais aussi, tous les croquis, fiches d’ateliers, photographies, coupures et dossiers de presse, accessoires... c’est cet ensemble qui constitue aujourd’hui une trace unique de l’activité d’une maison de Haute couture au vingtième siècle. En 2002, le 7 janvier, Yves Saint Laurent, annonce son retrait, la maison de Haute couture ferme ses portes aprés un dernier défilé rétrospective au Centre Georges Pompidou, puis le 5 avenue Marceau devient la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent, le couturier disparaît en 2008, et c’est en ce début du mois...

2017 : mes 5 livres « MAJUSCULE »

2017 se carapate... Tout le long de cette année politiquement surprenante et épuisante, dont les rebondissements auraient pu être imaginés par un scénariste légèrement torturé, ces livres ont illuminées les journées souvent sombres d'un Parisien casanier. Ils continueront à briller comme des étoiles dans mon ciel ! Les voici dans le désordre : Dakota Song par Ariane Bois chez Belfond http://genres.centrelgbtparis.org/2017/06/08/immeuble-dakota-new-york-1970/ Parlez-moi encore de lui de Lisa Vignol, chez Stock http://genres.centrelgbtparis.org/2017/06/03/portrait-clair-obscur-dune-etoile-filante/ La vie serait simple à Manneville de Pierre Cochez L'Escale http://genres.centrelgbtparis.org/2017/05/02/de-manneville-monde-parcours-extraordinaire/ Place des Vosges de Michel Braudeau au Seuil http://genres.centrelgbtparis.org/2017/03/30/marais-1970/ Peggy dans les phares de Marie-Eve Lacasse chez Grasset http://genres.centrelgbtparis.org/2017/02/13/peggy-roche-femme-amoureuse-de-sagan/ Bien sûr, je vous les recommande chaudement et surtout,  je vous souhaite de nombreuses découvertes littéraires en 2018 !

Immeuble Dakota. New-York. 1970

Joyau baroque implanté au cœur de New-York, grâce à une architecture néo renaissance, le Dakota est une demeure unique surtout célèbre parce que l'immeuble accueillit John Lennon, où il fut assassiné. Un lieu singulier qui va servir de décor à un portrait d'une folle décennie new-yorkaise, les fameuses seventies, à travers les habitants des différents appartements de l'immeuble. Le fil rouge du bouquin est un jeune black qui pénètre presque par effraction dans l'édifice bourgeois et réussira à grimper les échelons du personnel de sécurité, tout en posant un regard décalé sur les habitants. Il y a parmi eux des anonymes et des célébrités telles John Lennon et sa femme Yoko Ono, Léonard Bernstein, Rudolf Noorev... La vie de l'immeuble se décline au travers des péripéties emmenées par des personnages à la vie pas forcement exceptionnelle, et se dessine en arrière plan le portrait d'une époque foisonnante d’événements en tout genre, notamment la libération des gays. On suivra parmi les personnages récurrents un couple de garçons dont les...

Portrait d’une anti-famille héroïque

Pour beaucoup d'entre nous, les événements familiaux constituent des contraintes fort désagréables. Il n'est pas impossible du tout que suite à la lecture de ce livre, vous les envisagez avec une immense bienveillance ... Nous sommes le 31 décembre. Amalia organise comme chaque année le réveillon chez elle, dans son HLM de Barcelone. On découvre un personnage fantasque, atypique, décalé, qui est pourtant la mère de trois enfants pas plus équilibrés... Au fur et à mesure de ce réveillon inattendu de la Saint-Sylvestre, les invités débarquent, chacun avec son lot de névroses et ses surprises. Bonnes ou mauvaises, c'est selon. Le narrateur est le fils Fer (Fernando), un trentenaire homo, qui est en pleine remise en question. Entre légèreté et portrait sans concession des membres d'une famille décomposée mais dont la cohésion est forte, l'auteur nous tient en haleine entre rires et larmes. Quelle tendresse et quelle affection émane de cette famille en pleine révolution dont les conflits dissimulent un attachement profond. Tour à tour journaliste, traducteur et scénariste, puis écrivain, Alejandro Palomas...

Manuel Blanc : je suis Elle !

Pour son nouveau roman, (quatre ans après Carnaval, le premier), Manuel Blanc se glisse dans la peau d'une trentenaire, Virginie, danseuse de "pole dance". Son héroïne, femme indépendante, blessée, à la recherche de son identité... est indéniablement très attachante. On suit les péripéties de sa vie tumultueuse avec délectation et bienveillance. Il était grand temps pour Genres de rencontrer ce garçon révélé au cinéma grâce à André Téchiné, dans J'embrasse pas, (en 1991) et qui depuis, s'éloigne irrésistiblement des sentiers battus ! Hugues Demeusy : Dans ce nouveau roman, tu as pris le parti périlleux de dire "je" en "usurpant" le sexe de ton héroïne, Virginie. Pourquoi ce choix et quelles sont les barrières que tu as du franchir pour y parvenir ? Manuel Blanc : C’est mystérieux ce choix en un sens, et l’écriture est toujours pour moi une quête, c'était un vrai challenge et cela m’a pris trois ans avant de plonger dans l’intimité de cette femme. J'ai commencé à écrire un premier texte où je...

Saint Salopard, le mystère Maurice Sachs

Dès que l’on commence la lecture de son livre, l’on se demande comment Barbara Israël va dévider l’écheveau de la vie de ce Saint Salopard, et nous montrer pourquoi, si c’est possible, il fut ce Grand Salop, ce Maurice Sachs, auteur de talent de Au Temps du Bœuf sur le Toit, entre autres ! Elle fait donc appel à ceux et celles qui l’ont côtoyé de près, Cocteau (… Nous étions de la ‘race des tantes’… L’Abbé Sachs, la traînée christique !), Chanel (CC, Cruelle Couleuvre), Max Jacob (J’avais 50 ans, tu en avais 20.), Jouhandeau (Votre corps suintait l’overdose d’une existence privée d’interdits.), André Gide (Vous n’avez eu de cesse d’aller au déshonneur comme d’autres vont à l’héroïsme.), Julien Green, sans oublier sa mère, apparemment pièce maîtresse de ce puzzle (… Chère maman, tu n’étais qu’une simple salope…) et Violette Leduc (Vous vous plaignez tout le temps… Votre masochisme m’exaspérait. MS à VL) qui n’arriva jamais à le voir tel qu’il était, un homo. Pouvoir...

Le prix du Roman Gay 2018 est attribué à……

Alors que la rentrée littéraire bat son plein, le 12 octobre, vous saurez qui est le lauréat du prix du Roman Gay 2018. Il sera remis au Centre LGBT Paris, à partir de 18 heures. Pourquoi cette idée d'un prix "communautaire", quelles sont ses ambitions ? C'est ce que Genres a voulu savoir en rencontrant Gérard Coyet, son organisateur  Hugues Demeusy : Pourquoi avoir créé ce prix littéraire ? Gérard Goyet : Le Prix du Roman Gay a été créé en 2013 à l’initiative des Éditions du Frigo, nées deux ans auparavant pour respecter les derniers souhaits de deux amis disparus.  Leur rêve était d’être édités, ce à quoi ils ne sont pas parvenus. Ensuite, pour diversifier et élargir nos activités, et pour combler un vide, nous avons créé le « Prix Du Roman Gay ». Militant à ma façon depuis très très longtemps dans les combats LGBT, parce que l’homophobie est malheureusement toujours d’actualité et la visibilité un des moyens pour lutter contre, faire vivre ce...