Le beau livre #9, The Beard Pictures, Gilbert & George

Dupont et Dupond, Laurel et Hardy… et Gilbert et George qui font indubitablement partie de ces couples, fictionnels ou pas, la frontière avec ces derniers étant sur ce point parfois floue, et qui de par leurs extravagances ou leurs œuvres sont devenus aussi identifiables qu’incontournables. Sur la scène de l’art contemporain les deux artistes britanniques, ils travaillent ensemble depuis leur rencontre en 1967, n’ont eu de cesse de se mettre en scène dans leurs productions, ils se définissent eux-mêmes comme des Living sculptures, c’est par la performance qu’ils ont commencé. Contrebalançant leur apparence de bourgeois, le couple apparaissant en public immanquablement en costumes et cravates quasi identiques, le propos de leurs œuvres aux dimensions souvent grandiloquentes, peut se faire parfois cru, souvent dérangeant, flirtant avec le mauvais goût et l’irrévérence, explorant des thématiques parfois underground. La série d’œuvres qu’expose la galerie Thaddaeus Ropac dans son espace de Pantin, n’échappe pas aux codes et façon de faire des deux artistes, des formats gigantesques (l’une des...

Manuel Blanc : je suis Elle !

Pour son nouveau roman, (quatre ans après Carnaval, le premier), Manuel Blanc se glisse dans la peau d'une trentenaire, Virginie, danseuse de "pole dance". Son héroïne, femme indépendante, blessée, à la recherche de son identité... est indéniablement très attachante. On suit les péripéties de sa vie tumultueuse avec délectation et bienveillance. Il était grand temps pour Genres de rencontrer ce garçon révélé au cinéma grâce à André Téchiné, dans J'embrasse pas, (en 1991) et qui depuis, s'éloigne irrésistiblement des sentiers battus ! Hugues Demeusy : Dans ce nouveau roman, tu as pris le parti périlleux de dire "je" en "usurpant" le sexe de ton héroïne, Virginie. Pourquoi ce choix et quelles sont les barrières que tu as du franchir pour y parvenir ? Manuel Blanc : C’est mystérieux ce choix en un sens, et l’écriture est toujours pour moi une quête, c'était un vrai challenge et cela m’a pris trois ans avant de plonger dans l’intimité de cette femme. J'ai commencé à écrire un premier texte où je...

Le cahier noir d’Olivier Py : la naissance d’un artiste

https://youtu.be/Ha2zZ6sFWqI Olivier Py écrit pendant son adolescence solitaire à Grasse, un cahier intime, où il consigne ses pensées les plus sombres et réalise des croquis fantasmatiques. En 2015, Actes Sud édite ce Cahier noir, premier "roman illustré" de l’homme de théâtre, dramaturge, metteur en scène, directeur du Théâtre de l'Odéon, aujourd'hui responsable du festival d'Avignon et homme de lettre... Une enfance solitaire Le jeune Olivier s’ennuie ferme dans la ville de Grasse, qu'il décrit grise, triste, austère, loin des clichés de carte postale de cette cité méditerranéenne dont le soleil et les parfums sont ici absents. Entre le lycée et la famille, où il joue le rôle de l'enfant lambda, il y a la place pour les fantasmes les plus exacerbés et extrêmes et pour l'ado singulier, qui se créé un imaginaire flamboyant mais très sombre. Entre les lignes, se dessinent la fougue et le jusqu’au-boutisme d’un adolescent au purgatoire, qui s’invente des chemins de croix dans une quête d’absolu sans limite. La quête d'absolu mais des expériences décevantes A son âge, tout est grave, définitif…...

Quand Philippe Besson dit JE

Après avoir écrit une quinzaine de fictions, toutes des succès de librairies, dont certaines ont été adaptées au cinéma (Mon Frère par Patrice Chéreau), Philippe Besson créé l’événement en publiant aujourd'hui Arrête avec tes mensonges, en consignant un amour de jeunesse, dont l'issue est dramatique. quand Philippe Besson dit je, il nous ouvre des pans entiers de sa vie, mais sans impudeur, sans exhibitionnisme... Pourquoi aujourd'hui ? Parce que des événements dramatiques ont remis cette relation au cœur de sa vie. Et qu'il y avait une urgence, voir un devoir impérieux à raconter cette relation qui est un superbe hommage à ce garçon, puisqu'il s'agit bien sur d'un jeune homme, qui deviendra un homme... Bien-sûr, on pourra à cette occasion relancer le vieux débat qui consiste à dire qu'un romancier écrit avant tout sur lui, à partir d'expériences vécues. Besson ne le nie pas. Il a transformé des personnages, sublimé des sentiments, des rancœurs. Mais ici, il utilise comme matériau romanesque cette expérience difficile, souvent destructrice et frustrante. Et quand Philippe...

Le prix du Roman Gay 2018 est attribué à……

Alors que la rentrée littéraire bat son plein, le 12 octobre, vous saurez qui est le lauréat du prix du Roman Gay 2018. Il sera remis au Centre LGBT Paris, à partir de 18 heures. Pourquoi cette idée d'un prix "communautaire", quelles sont ses ambitions ? C'est ce que Genres a voulu savoir en rencontrant Gérard Coyet, son organisateur  Hugues Demeusy : Pourquoi avoir créé ce prix littéraire ? Gérard Goyet : Le Prix du Roman Gay a été créé en 2013 à l’initiative des Éditions du Frigo, nées deux ans auparavant pour respecter les derniers souhaits de deux amis disparus.  Leur rêve était d’être édités, ce à quoi ils ne sont pas parvenus. Ensuite, pour diversifier et élargir nos activités, et pour combler un vide, nous avons créé le « Prix Du Roman Gay ». Militant à ma façon depuis très très longtemps dans les combats LGBT, parce que l’homophobie est malheureusement toujours d’actualité et la visibilité un des moyens pour lutter contre, faire vivre ce...

Richie : de l’ENA à Sciences Po, un haut fonctionnaire peut cacher un garçon...

Grand bourgeois, militant et fêtard Fils d'une famille bourgeoise, rien ne semblait prédestiner ce bon élève à une trajectoire singulière, entre ombre et lumière. Tout d'abord, un parcours militant au sein de l'association Aides dans les années 80, lors de sa création. Richie y côtoiera le gratin homo qui fréquente le Palace et les Bains-Douches la nuit et occupent les fonctions les plus honorifiques de l'administration le jour. Le social à Sciences-Po Parce qu'il est ambitieux et doué, Richard Decoing, surnommé Richie, devient le Directeur de Sciences Po, la célèbre école de la rue Saint-Guillaume. Son fait d'armes, qui semblerait attester de son sens des réalités, d'une fibre sociale et humaniste, sera de mettre en place les fameuses équivalences destinées à ouvrir les portes de l'Ecole aux jeunes des banlieues défavorisées... Il se battra pour cette véritable révolution. On apprend aussi sa relation avec Guillaume Pépy, le patron de la SNCF qui du coup, est « outé ». L'ombre, c'est ce mal-être profond lié à son orientation sexuelle ? (l'explication semble facile) qui...
seringue drogue

Sexe et drogue

Le sexe et la drogue font de plus en plus bon ménage et engendrent, outre des risques fatals d'overdose, des comportements à risque qui alarment les associations de lutte contre le sida. Chem sex et slam C'est vrai, les plans sexe associés à une prise de drogue sont de plus en plus répandus dans la population gay, même si ce phénomène touche encore une catégorie de garçons à la sexualité extrême (pas forcement à l'aise avec une sexualité plan-plan), à la recherche de performances… Le slam (produit injecté par intraveineuse) et le chem sex (chemical sex), s'ils sont des phénomènes déjà abondamment traités par les médias, n'ont pas encore fait l'objet d'essais sociologiques, d'études médicales éditées… Ce polar nous en apprend beaucoup sur le sujet Alors ce livre pallie à cette absence éditoriale et constitue en priorité une mine d'informations, même s'il n'embrasse principalement que l'aspect répressif du sujet. On est en effet dans un polar, ou tout au moins, ce texte en a la forme. Alexandre Kauffmann est reporter free-lance...
Philippe Besson 2011

Philippe Besson, forever young

Qui ne voudrait pas l’être ? A priori, rien ni personne ne pouvait résister au charme fatal blond (à la Marilyn Monroe), de cet enfant binoclard, petit et voûté, qu’Hollywood allait bien vite (trop vite ?) ériger en « Petit Prince » du grand écran. Cet orphelin trop vite abandonné par sa mère allait la rejoindre, trop vite sûrement, dans un destin tragique digne d’un long-métrage d’Elia Kazan. « Comme elle est partie, Jim a les nerfs. Jimmy boit du gin dans sa Chrysler. La presqu’île, le boulevard de la mer est con. Comme elle est partie, attention : Jimmy tourne en rond. » Je suis donc devenu compagnon de La Ballade De Jim (A. Souchon), de ses premiers cours de claquettes, jusqu’à son dernier claquage (car vous vous doutez bien de la fin de l’histoire…). Que vous en dire ? Jimmy, éternellement jeune, demeure un mystère. Et je dois relever le talent de l’auteur, qui n’a pas cherché à peindre un portrait trop cru...

Act Up, la réédition vitale du livre de Didier Lestrade

A l'occasion de la sortie du film-événement 120 battements par minute de Robin Campillo, qui a obtenu le prix du Jury au dernier Festival de Cannes, l'éditeur Denoël réédite cet ouvrage capital dont nous vous conseillons absolument la (re)lecture. En 1989, Didier Lestrade, entouré de Pascal Loubet et de Luc Coulavin, crée Act Up-Paris, sur le modèle d'Act Up-New York. Il raconte ici les dix premières années durant lesquelles l'association de lutte contre le sida va construire et porter un discours politique à travers des campagnes de communication extrêmes, parfois violentes, toujours efficaces, des zaps marquants, des discours intransigeants.... Il explique comment elle a réussi à rendre visibles les séropositifs et la communauté gay, tout en s'impliquant fortement dans l'élaboration des traitements. Act Up invente "l'empowerment", ou quand les malades deviennent acteurs de leur santé. Contrairement à d'autres ouvrages sur le sujet, Didier Lestrade délaisse le côté théorique et réhumanise le récit du combat mené contre la mort et la maladie en racontant ses sentiments, ses expériences, ses espoirs, ses doutes,...