Le son différent de Brooklyn

Un immeuble à Brooklyn Depuis la mort de son mari, Celia vit dans l’ombre de ce dernier. Propriétaire d’un petit immeuble à Brooklyn, elle loge des gens atypiques, avec qui elle entretient des rapports distants. Jusqu’à ce qu’arrive Hope, une femme fuyant un mari infidèle… Avec Le bruit des autres, Amy Grace Loyd signe son premier roman en 2014, avec une maîtrise incontestable et un sujet bouleversant :  une femme choisit de s’isoler parce qu’elle ne parvient pas à faire le deuil de son mari ; elle s’est enfermée dans la routine, dans une vie en demi-teinte mais va soudain vivre une expérience qui la fera enfin réagir et redevenir « humaine" Une femme brisée Célia, la quarantaine affirmée, vit à Brooklyn, dans un petit immeuble vétuste, dont elle est la propriétaire. Oui, c’est bien de Brooklyn dont il s’agit, sa bohème, sa « coolitude », quartier en mutation où vit une population très cosmopolite. Célia, elle, montre un visage fermé. On pourrait presque dire qu’elle est acariâtre....

A la manière de la grande Patricia Highsmith

Un défi littéraire Il fallait oser le faire et le résultat est assez convainquant. Pour qui connaît la prose de Patricia Highsmith, les ambiances sombres dans lesquelles elle situe ses intrigues tragiques, ses esquisses psychologiques qui font de ses personnages des anti-héros attachants... recréer cet environnement très singulier pouvait se révéler très casse-gueule. D'ailleurs qui s'y risquerait ? A moins que... Ecrire une intrigue dont le personnage principal est Patricia Highsmith herself en s'appuyant sur des faits réels, qui servent de bases à une mésaventure où l'écrivaine va jouer son rôle le plus noir... Donc nous sommes bien d'accord, il ne s'agirait pas là d'une biographie mais d'un roman écrit à la manière de, avec dans le rôle principal Miss Highsmith... non ?  Et bien si ! Jill Dawson, dont c'est à priori la première fiction est anglaise, et à n'en pas douter, super fan de l'auteuse de Carol, du Talentueux M. Ripley et de tant d'autres thrillers psychologiques passionnants... L'iintrigue Si Highsmith s'installe dans un petit cottage dans le...

Un crime au palace

Qui était cet Oscar Dufrenne assassiné le 24 septembre 1933 dans son bureau du Palace, music-hall fort couru déjà à cette époque, maître des nuits parisiennes, amant, entre autres, de Jean Sablon, ami de Mistinguett, de Maurice Chavalier, Mayol, Joséphine Baker, Damia, etc., également directeur du Casino de Paris, du casino de Trouville, etc.; par ailleurs conseiller municipal du 10e arrondissement (radical-socialiste) et proche de l’ancien ministre de l’Intérieur Louis-Jean Malvy. Il est retrouvé mort, le crâne fracassé et le pantalon baissé. Un marin a été aperçu partant vite. Cette histoire, dont toute la presse, de Gringoire (Après un appel à « un coup de balai », Gringoire répondit : … De par notre législation, nos usages, nos mœurs mêmes, il n’y a qu’un plumeau.) à l’Humanité en passant par Détective, toujours présent, s’est emparée, fit beaucoup de bruit : des homos, des marins prostitués, des personnages politiques ! L’historienne Florence Tamagne, après de nombreuses recherches, nous fait vivement revivre une partie du Paris de cette époque, des...

Pour l’amour des Hommes

Ode au corps des hommes "les hommes pleurent à la salle de sport déclenchent le sèche-mains pour couvrir le bruit de leurs sanglots, leurs cœurs sont devenus trop lourds pour leurs torses, leurs torses sont devenus trop larges pour leurs tee-shirts, ils s’habillent comme des gamins qui auraient oublié d’apporter leur tenue pour l’entraînement" Vingt-cinq poèmes pour dire et raconter le corps des hommes, leurs désirs, leur jouissance et leur solitude. Andrew McMillan les observe dans leur intimité, en famille, en groupe,  ou encore dans des bars interlopes. Il les croque (au propre comme au figuré), avec justesse dans une langue parfois crue, souvent tendre, toujours amoureuse... Une bouleversante ode au corps masculin qui porte un regard poétique sur l’homme moderne, sa sexualité et sa quête du bonheur. Un skinhead peut cacher un poète ! Andrew McMillan, trentenaire britannique enseigne l'écriture à Manchester. Ce premier recueil de poèmes a été célébré et a reçu de nombreuses distinctions. Ne vous fiez pas à son look de skinhead british car il pourrait bien révéler la sensibilité...

L’amour et la liberté en héritage

Brisa et Pierre, un couple de légende Elle s’appelait Brisa, lui Pierre. Ils étaient les grands-parents de Bénédicte Martin, journaliste et romancière . Aujourd’hui, Bénédicte vit avec son fils dans leur appartement, à Paris, face à la prison de la Santé. Elle s’interroge souvent sur cet héritage "génétique" : qui étaient cet homme et cette femme, que lui ont-ils laissé, quelle femme est-elle devenue grâce ou à cause d’eux, quelle est sa dette  ? Le Paris Interlope du siècle dernier Ce roman raconte leur histoire, leur amour, fait de passion, d’une grande liberté, de non-dits aussi et de secrets. Car entre Brisa et Pierre, il y avait une femme, une héroïne singulière, une pétroleuse : Eléonore, rebaptisée dans le milieu Madame Yvonne. Fille d’un riche  armateur de Toulon et d’une blanchisseuse, elle aimait les femmes, vint à Paris, vécut des années au Lutetia à Paris, puis dans un hôtel du XVIIIe arrondissement qui était surtout un bordel. Elle avait les cheveux courts, sortait chaque soir au Monocle...
Benoit Lapouge

La course au bonheur, histoire d’une vie gay de Benoît Lapouge

1967. J'ai tout juste quinze ans. Le mec, il traverse la rue, ni une ni deux il me saisit au col. Qu'est-ce que t'as à m'reluquer, espèce de pédé ! Et un coup de boule, un, pour arranger les choses. Ça commence fort. 2015. Tant d'images me reviennent. De Medhi, le tapin de la rue Saint-Anne, à Jean-Luc, coeur battant de ma vie, emporté par le sida ; leur histoire et la mienne s'entrechoquent. Avec en fil rouge une histoire gay. Histoire d'une émancipation, et de mille batailles. Je reviens de loin. « Je suis de ces générations qui ont fait émerger gays et lesbiennes comme personnages sociaux, non plus seulement confinés au champ clos des relations interpersonnelles qu’elles quelles soient, mais reconnus, enfin, politiques, réels, avec tout ce que cela a porté et portera encore d’innovations dans le champs social. » Et Benoît Lapouge, dans ce récit « de vie » nous raconte le parcours plus ou moins chaotique de sa Course au Bonheur. Comment peut-on écrire l’histoire d’une...

Les Vestiges d’Alice, entretien avec Marc Kiska

Le photographe, mais aussi sculpteur et désormais auteur, Marc Kiska livre un récit des plus percutant, tant sur la forme que sur le fond. Il y a en effet dans ce roman, une volonté de manier et d’user de différents niveaux de langages, comme pour mieux faire tourbillonner son lecteur. Puis, il y a aussi, et surtout, cette galerie de personnages aux pulsions et passions souvent incontrôlables, et qui donne à ce texte tout son relief. Et pour aller un peu plus loin, nous avons pu nous entretenir, avec l’auteur. - Vous êtes photographe, et ce qui de prime abord semble singulariser votre travail, c’est, il me semble, cette trame hyper narrative, ainsi ce glissement de l’image aux mots apparaît quasiment évident. Avez-vous éprouvez, lors de l’écriture de votre roman, un processus similaire à celui de la fabrication d’une photographie ? Marc Kiska : Je me suis mis à photographier il y a une quinzaine d’années pour illustrer mes nouvelles. Ces textes étaient déjà très visuels...

Pierre Guerot & I, entretien avec Frédéric L’Helgoualch et Pierre Guerot

Ni tout à fait narratif ou exclusivement descriptif, il y a quelque chose de semblable au manifeste, à la déclaration, comme la volonté de témoigner de son attachement, son abandon, décrire le règne sans partage, d’un être, d’un corps, au moins autant aimé, que désiré, adulé. Un récit, comme la trace d’une passion, comme pour graver dans le marbre, ce que l’on ne dit pas (il est à ce sens presque paradoxal, que ce livre ne soit disponible qu’au format numérique…) Où chaque geste, chaque instant du quotidien se vit avec la plus absolue des intensités, presque comme une chance d’être avec lui… L’objet de ces émois, et c’est là que cet objet littéraire se singularise, c’est le photographe, modèle et acteur Pierre Guerot, dont les autoportraits, comme autant de micro-fictions, prennent le relais des mots, mais sont aussi le moteur des divagations de l’auteur Frédéric L’Helgoualch… - On a autant l’impression à la lecture de ce texte, d’un dialogue, que d’une interaction évidente entre...

Devenir Christian Dior de fil en aiguille

Une biographie de plus sur le grand couturier ? Ça aurait pu être une biographie de plus, consacrée à la carrière du couturier, après qu’en 1947, Christian Dior présente la première collection de sa maison de couture nouvellement fondée avec l’aide de l’industriel Marcel Boussac. L'auteur, François-Olivier Rousseau a décidé de raconter le long parcours de celui qui cherchait sa voie et qui a exercé différents métiers loin de de l’univers de la Mode. Quelle trajectoire que celle de cet enfant né à Granville, au bord de la Manche, au début du siècle dernier. Fils d’industriels locaux, créateurs entre autres de la fameuse lessive Saint-Marc et de l’eau de Javel Dior (on est loin des fragrances subtiles de la Haute Couture !), le jeune Christian est très attaché à sa chère maman. Pilier du Bœuf sur le toit ! Il s’inscrira à Sciences Po pour lui faire plaisir, mais à Paris. Il fréquentera alors le lieu névralgique de tous les plaisirs d’alors, rendez-vous des artistes en devenir et des...