Mes regrets sont des remords, Frédéric Mitterrand

Le regret consiste dans le sentiment de quelque perte ; le repentir, dans celui d’une faute ; le remords, dans celui d’un crime, et la crainte du châtiment. La Bruyère Et d’aucuns ont pu affirmer que dire du mal de soi, c’était montrer que l’on est toujours là… Frédéric Mitterrand semble être atteint de ce syndrome qui a très bonne presse dans le milieu homo : le syndrome de Saint-Sébastien, à la seule différence que c’est lui-même qui bande l’arc et s’envoie les flèches… Journal, carnet mondain ? Pourquoi ? Cela commence comme cela finit, par deux exemples impossibles, deux fausses frontières et, entre, dix-sept chapitres. 11 novembre 1944, Joseph Wende, jeune allemand de 18 ans, espion, est fusillé à Toul par les Américains… Je serais tombé immédiatement amoureux de lui si je l’avais connu, je l’aurais soustrait à sa dérive criminelle… Et oui ! il était beau écrit un Frédéric Mitterrand qui se prend pour le Jean Genet du Condamné à mort : On peut se demander pourquoi...
Sappho

Sappho, poétesse de l’antiquité, notre ancêtre

Elle naît à Lesbos et vit à Mytilène au VIIe siècle avant notre ère. Née dans une famille marchande aisée, elle instruit la jeunesse dorée au chant poétique et dit son amour pour une jeune femme dans certains poèmes. Elle aurait participé à un complot contre le tyran et doit s’exiler de Mytilène : elle se réfugie en Sicile où elle poursuit son œuvre et reprend son enseignement. Confondue avec une Sappho courtisane née à Erése, elle tombe amoureuse du jeune Phaon alors qu’elle est à l’âge mûr. Cet amour n’est pas réciproque et de désespoir Sappho se précipite depuis le Leucade dans la mer : elle disparaît ainsi sans laisser de trace mais son suicide entre dans la légende. Il se pare d’une dimension romantique et absolue qui traverse les siècles et accompagne la gloire de la poétesse. Le talent de Sappho sera reconnu dès l’Antiquité : son poème qui saisit l’instant où la vie se retire à la vue de l’être aimé a inspiré...

Porte sur l’Inde : Ismat Chughtai

Considérée comme l'enfant terrible de la littérature ourdoue, nombre des textes de Ismat Chughtai furent bannis en Asie du Sud, en ce que leurs contenus féministes et réformateurs offensèrent les conservateurs et leurs idéologies. Sa nouvelle la plus illustre, Lihaaf, traduite en anglais sous le titre de The Quilt, la couette (au sens d'édredon), est publiée en 1942 dans le journal littéraire ourdou Adab-i-Latif. Peu de temps après, de nombreuses lettres courroucées sont envoyées à la rédaction du journal, accusant l'histoire de blasphème. Ismat Chughtai et sa nouvelle sont donc convoquées devant la justice de Lahore (actuel Pakistan) en 1946, et doivent répondre aux charges d'obscénité leur étant opposées. Ismat Chughtai choisit de contester le chef d'accusation plutôt que de s'excuser, et elle remporte le procès, dans la mesure où rien dans le texte ne fait de référence explicite à l'homoérotisme ; la nouvelle n'est donc pas obscène... Lihaaf narre l'histoire de la vie de la Begum Jaan, qui, à l'époque féodale, est mariée à un...
Abha Dawesar

Porte sur l’Inde : Abha Dawesar

Dans Babyji, best-seller publié en 2005, Abha Dawesar déploie la vie intime torturée de la jeune Anamika, adolescente indienne du Delhi des années 90. Anamika a seize ans, est la déléguée en chef de son école, excelle dans toutes les matières, notamment en physique, et possède une maturité exceptionnelle pour une jeune fille de son âge. Ses parents sont tous les deux fonctionnaires et vivent une vie tranquille ; ils relèvent de la classe moyenne et de la caste des brahmines, la plus élevée au sein de la hiérarchisation hindoue, qui renvoie à un statut sacerdotal. Anamika est pétrie des normes enserrant les identités produites par son milieu culturel, mais se retrouve aux prises avec ses sentiments transcendés par les hormones, les questionnements métaphysiques et ontologiques, et les premiers émois. Babyji est un roman d’apprentissage emportant les lectrices au gré de la danse complexe de la découverte, par Anamika, de l’amour, de la sexualité et de la vie En effet, juste après avoir lu le Kama Sutra...
Patricia Highsmith

Patricia Highsmith : Carol, les eaux dérobées

Si Patricia Highsmith (1921–1995) est surtout connue pour ses romans policiers, fins thrillers psychologiques, qui inspirèrent le cinéma d’Alfred Hitchcock, son deuxième roman, intitulé Carol, est le roman d’une passion lesbienne mettant en scène deux personnages principaux féminins répondant respectivement aux noms de Therese et Carol. Carol (The Price of Salt en langue originale) est un roman publié en 1952. Le manuscrit en ayant d’abord été refusé par son éditeur en raison de la hardiesse du sujet, Patricia Highsmith décida de le faire paraître sous le pseudonyme Claire Morgan. Finalement, en 2015, le livre a été adapté au cinéma par Todd Haynes. Le film britannico-américain retrace fidèlement l’histoire du livre. Therese est une jeune femme vendeuse dans un grand magasin au rayon des jouets, mais ce travail n’est qu’alimentaire car elle rêve en réalité de créer des décors de théâtre. Richard est un ami proche. Tellement proche qu’il est, en fait, profondément épris de Therese. Cependant, rien n’y fait car elle ne se sent pas séduite...

Quand Philippe Besson dit JE

Après avoir écrit une quinzaine de fictions, toutes des succès de librairies, dont certaines ont été adaptées au cinéma (Mon Frère par Patrice Chéreau), Philippe Besson créé l’événement en publiant aujourd'hui Arrête avec tes mensonges, en consignant un amour de jeunesse, dont l'issue est dramatique. quand Philippe Besson dit je, il nous ouvre des pans entiers de sa vie, mais sans impudeur, sans exhibitionnisme... Pourquoi aujourd'hui ? Parce que des événements dramatiques ont remis cette relation au cœur de sa vie. Et qu'il y avait une urgence, voir un devoir impérieux à raconter cette relation qui est un superbe hommage à ce garçon, puisqu'il s'agit bien sur d'un jeune homme, qui deviendra un homme... Bien-sûr, on pourra à cette occasion relancer le vieux débat qui consiste à dire qu'un romancier écrit avant tout sur lui, à partir d'expériences vécues. Besson ne le nie pas. Il a transformé des personnages, sublimé des sentiments, des rancœurs. Mais ici, il utilise comme matériau romanesque cette expérience difficile, souvent destructrice et frustrante. Et quand Philippe...

Prix du Roman Gay 2016 : Je suis en vie et tu ne m’entends...

« Où es-tu Heinz ? Il y avait ta voix sur ma peau, et tes paumes, et tout ton corps. On n’avait même pas à se dire que c’était cela vivre. » « Tu », Heinz Weiner, l’amant, est mort avant l’internement et les tortures subies par Klaus Hirschkuh (Biche…) à Buchenwald. Retour à Leipzig, la ville de sa naissance, dans sa famille dont il se sent, lui le pédé meurtri parce que pédé, de plus en plus étranger. Quatre ans, c’est long. Oui mais aussi un changement pour lui dans ce qu’il ressent quand il marche dans les rues : « Ils étaient autres. C’était eux qui étaient autres. Pourquoi ce devrait toujours à lui de l’être ? » Et puis, « Il avait acquis une indifférence qui lui permettait de se tenir à distance de la fosse et des pendus »… oui, car si l’on revient, et comment le peut-on ?… Demain? Quand on est « mort à soi-même et vivant »? Et les rappels « sale pute, tante, pissez-lui dessus… sous-homme… » puis « une règle de fer...

Les robots font-ils l’amour ? Le transhumanisme en 12 questions

Ce petit et compact livre sur le transhumanisme – Mouvement pour l’augmentation à l’infini des performances mentales et physiques des humains – pourrait, peut-être, sembler somme toute un peu trop « branché » mais parmi les douze questions-réponses que posent ses deux auteurs, Laurent Alexandre, médecin et entrepreneur, et Jean-Michel Besnier, philosophe spécialiste des nouvelles technologies, certaines peuvent être au cœur des préoccupations de quelques lesbiennes et homos. Si le titre du livre est un peu comme un appel provocateur, bien que l’amour avec les robots soit un sujet très sérieux, la révolution Kolossale des NBIC, nanotechnologies, biotechnologies, informatique, cognitive, associées, va très bientôt changer le monde et nos vies. Peur ? Mais quelles sont les différences et les limites entre « homme réparé » et « homme augmenté » (par exemple la vaccination fut un début), entre « médecine de réparation » et « médecine d’augmentation » ? Bref, si les auteurs dans leur présentation-vision ne reposent pas la question de la greffe, toute simple, d’un utérus sur un homme, ils se demandent cependant : « L’humanité...
Benoit Lapouge

La course au bonheur, histoire d’une vie gay de Benoît Lapouge

1967. J'ai tout juste quinze ans. Le mec, il traverse la rue, ni une ni deux il me saisit au col. Qu'est-ce que t'as à m'reluquer, espèce de pédé ! Et un coup de boule, un, pour arranger les choses. Ça commence fort. 2015. Tant d'images me reviennent. De Medhi, le tapin de la rue Saint-Anne, à Jean-Luc, coeur battant de ma vie, emporté par le sida ; leur histoire et la mienne s'entrechoquent. Avec en fil rouge une histoire gay. Histoire d'une émancipation, et de mille batailles. Je reviens de loin. « Je suis de ces générations qui ont fait émerger gays et lesbiennes comme personnages sociaux, non plus seulement confinés au champ clos des relations interpersonnelles qu’elles quelles soient, mais reconnus, enfin, politiques, réels, avec tout ce que cela a porté et portera encore d’innovations dans le champs social. » Et Benoît Lapouge, dans ce récit « de vie » nous raconte le parcours plus ou moins chaotique de sa Course au Bonheur. Comment peut-on écrire l’histoire d’une...