L’enfant de sable

De quoi peut-on être sûr en le lisant ? Où nous mène-t-on ? Le personnage principal, qui est-ce vraiment ? Ahmed ou Zahra ? On ne sait pas trop où nos yeux nous amènent à suivre Tahar Ben Jalloun. Mais on y va avec avidité. On saisi l'origine de la renommée de son auteur à son style tellement imagé : on sent le Maroc. On le voit. On entend sa culture. Ce livre est comme un empillement de niveaux de lecture différents, desséminés en arrière-fond. On y parle d'un pays, d'un Tirésias arabe, de la condition de la femme, mais également de celle de l'homme, d'identité de genre, de ce qui nous fonde comme être humain, de la mémoire, de l'imaginaire. « Le livre est vide. Il a été dévasté. J'ai eu l'imprudence de le feuilleter une nuit de pleine lune. En l'éclairant, sa lumière a effacé les mots l'un après l'autre. Plus rien ne subsiste de ce que le temps a consigné dans ce livre..., il reste bien...

Yves Navarre, hier, aujourd’hui et demain

Hugues Demeusy : Comment et quand as-tu « rencontré » Yves Navarre ? Philippe Leconte : A la fin des années 70. J’étais dans la mythique librairie Corman à Knokke-Le-Zoute. Je venais de choisir les poèmes de Constantin Cavafy traduits par Yourcenar, et, à côté, il y avait une pile de Loukoums en livre de poche. C’est la couverture qui m’a attiré, le dessin de David Hockney. J’ai pris le livre, l’ai lu d’une traite et n’ai eu de cesse, après, de découvrir les précédents livres de Navarre, puis, au fur et à mesure, les nouveaux, au gré de leurs parutions. Qu’est-ce qui t’a accroché dans ses écrits ? Navarre a été beaucoup trop catalogué en tant qu’écrivain homosexuel, alors que lui-même se définissait comme écrivain ET homosexuel La façon dont il abordait l’homosexualité. C’était la première fois qu’un écrivain m’en « parlait » comme quelque chose de normal. J’avais l’impression de me découvrir à travers ses livres, que ceux-ci me parlaient de moi. Á l’époque, il n’y avait...
Philippe Besson 2011

Philippe Besson, forever young

Qui ne voudrait pas l’être ? A priori, rien ni personne ne pouvait résister au charme fatal blond (à la Marilyn Monroe), de cet enfant binoclard, petit et voûté, qu’Hollywood allait bien vite (trop vite ?) ériger en « Petit Prince » du grand écran. Cet orphelin trop vite abandonné par sa mère allait la rejoindre, trop vite sûrement, dans un destin tragique digne d’un long-métrage d’Elia Kazan. « Comme elle est partie, Jim a les nerfs. Jimmy boit du gin dans sa Chrysler. La presqu’île, le boulevard de la mer est con. Comme elle est partie, attention : Jimmy tourne en rond. » Je suis donc devenu compagnon de La Ballade De Jim (A. Souchon), de ses premiers cours de claquettes, jusqu’à son dernier claquage (car vous vous doutez bien de la fin de l’histoire…). Que vous en dire ? Jimmy, éternellement jeune, demeure un mystère. Et je dois relever le talent de l’auteur, qui n’a pas cherché à peindre un portrait trop cru...

Du cul, du cul, du cul (une rentrée littéraire LGBT)

Mais GENRES étant une publication honorable, j’ai décidé de parler de littérature à nos lecteurs et lectrices, et de surfer sur le marronnier du moment, la rentrée littéraire. Ça tombe bien. Dans ses 40 incontournables, les Inrocks proposait cette année pas moins de trois romans LGBT. Vous saurez donc tout (ou au moins l’essentiel) sur Amours sur mesure (Mathieu BERMANN), Les Parisiens (Olivier PY) ou L’Innocent (Christophe DONNER), sans même avoir osé le demander ! Amours (dans la) démesure Commençons par ceux qui font leur toute première rentrée. Mathieu BERMAN, 30 ans pile poil au compteur, sort son tout premier roman, Amours sur mesure, aux éditions P.O.L. Un roman assez court, très générationnel, à la première personne. Le narrateur a lui aussi une trentaine d’années. Le personnage principal aime coucher avec d’autres hommes. Et sa compagne aussi est libre d’aller avec qui elle veut, quand elle veut. Bien dans ses baskets, il vit à Paris, est en couple depuis plusieurs années avec Lisa. Un couple libre, qui vit une sexualité...