Brahim Metiba, au cœur de la différence

Les mots de Brahim Metiba tintent comme un désespoir de cristal. On passe le doigt dessus et ça sonne juste, c’est pur, chaque phrase fait mouche, offerte là sans fioritures. Subtilement évidente sans être simple pourtant. Car c’est l’inextricable équation de la – ou plutôt des différences qui est posée ici, avec son cortège douloureux de non-réponses synonymes d’exclusion. Récit d’une solitude de sang aux résonances plurielles. « Nous », « eux », « les autres » Brahim Metiba – ou du moins son « double », comme il nous le précise dans l’entretien ci-dessous, s’agissant d’un récit « auto-fictionnel » – a « du mal » avec le « nous » lorsque ce dernier fait référence aux musulmans. « C’est pourtant simple », explique la mère, « il y a “nous”, puis il y a “eux”, les autres, les non-musulmans, les juifs par exemple ». L’assertion est monolithique, surgie d’une vérité elle-même inébranlable. Le « je » qui s’exprime cherche tout de même une faille...

Le prix du Roman Gay 2018 est attribué à……

Alors que la rentrée littéraire bat son plein, le 12 octobre, vous saurez qui est le lauréat du prix du Roman Gay 2018. Il sera remis au Centre LGBT Paris, à partir de 18 heures. Pourquoi cette idée d'un prix "communautaire", quelles sont ses ambitions ? C'est ce que Genres a voulu savoir en rencontrant Gérard Coyet, son organisateur  Hugues Demeusy : Pourquoi avoir créé ce prix littéraire ? Gérard Goyet : Le Prix du Roman Gay a été créé en 2013 à l’initiative des Éditions du Frigo, nées deux ans auparavant pour respecter les derniers souhaits de deux amis disparus.  Leur rêve était d’être édités, ce à quoi ils ne sont pas parvenus. Ensuite, pour diversifier et élargir nos activités, et pour combler un vide, nous avons créé le « Prix Du Roman Gay ». Militant à ma façon depuis très très longtemps dans les combats LGBT, parce que l’homophobie est malheureusement toujours d’actualité et la visibilité un des moyens pour lutter contre, faire vivre ce...

Jean Claude Bologne : vivre en couple, toute une histoire !

Au printemps 2013, la loi dite « Taubira » consacre le « mariage pour tous ». Une définition est intégrée au Code civil, dans un nouvel article 143 : « Le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe". Est-ce à dire que cette union officielle symbolise à elle seule l’idée du couple, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel ? C’est à cette passionnante question que Jean Claude Bologne, philologue formé à l’université de Liège, historien et romancier, s’est attelé, dans une très complète et impressionnante Histoire du couple, de l’Antiquité à nos jours. La polygamie : prédisposition « testiculaire » ? L’ouvrage se lit comme un roman, et pourtant il nous enseigne formidablement – voire fait ou refait notre éducation en matière de ce que nous pensons bien connaître pour l’avoir (presque) toutes et tous vécu : le couple ! N’allons pas imaginer que vivre à deux se résume à une bague passée au doigt pour le meilleur et pour le...

Désorientale de Négar Djavadi

Un livre qui nous rend content-e-s d’avoir appris à lire ! Comme le jaillissement des profondeurs de l’obscurité, de la connerie, de la dictature, de l’intégrisme religieux… La vie tout à coup surgit dans la joie des mots et des phrases. Quel style ! Une vie, certes, et quelle vie ! Née en Iran, scolarisée au lycée français de Téhéran, Négar Djavadi est obligée de « fuir » son pays à pieds et à cheval avec sa mère et ses deux sœurs, le père est déjà exilé. La famille n’aime pas le nouveau fascisme – Révolution islamique, 1979, seconde invasion arabe – pas plus que le précédent – celui de Reza Pahlavi, le Shah – et cette haine est réciproque ! Après des études de cinéma en Belgique, des œuvres de cinéastes et des prix, puis des scenari, elle écrit son premier livre. Elle a 47 ans, et son livre déjà trois prix ! Elle a toujours écrit pour le cinéma, la télévision, des pièces de théâtre, aussi. Désorientale...

Le beau livre #4, Undressed, Mario Testino

Dernier projet éditorial de l’éditeur Taschen et du photographe de mode Mario Testino, Undressed, invite à l’effeuillage, cet ouvrage se propose de dresser un panorama des photos de nus les plus marquantes du photographe Mario Testino, adepte d’une esthétique léchée et sensuelle ou juste là lorsqu’il s’agit de capturer ces moments aussi torrides qu’éphémères. les photos de Testino font se côtoyer les mannequins les plus en vues, et des anonymes, des filles parfaites et des garçons androgynes, ou peut-être est-ce l’inverse… Réunissant une cinquantaine de photographies, certains clichés issus des archives du studio du photographe sont ici publiés pour la première fois. Figure incontournable des années porno chic, période Tom Ford chez Gucci, il est régulièrement plébiscité pour les séries mode de magazines prestigieux, ou de sulfureuses et luxueuses campagnes de publicité. Un entretien accordé à l’ancienne et emblématique rédactrice du Vogue Paris et créatrice du CR Fashion Book, Carine Roitfeld, éclaire sur les volontés esthétiques du travail du photographe. Images au luxe décomplexé,...

Comment réinventer le cas zéro de sida en France

Que s'est-il passé dans la tête de Sarah Baruck pour décider de planter l'intrigue de son deuxième roman dans le service de Médecine Interne de l'Hôpital Saint Louis, en 1982, où le docteur Valensi va prendre en charge un malade atteint d'une pathologie encore inconnue. Hôpital Saint-Louis 1982 Tout commence donc par un cas incompréhensible et très inquiétant, un patient atteint de . symptômes incohérents et d’une gravité extrême. Laurent Valensi, médecin à l’hôpital Saint-Louis, ne sait comment soigner ce patient mis à l'écart par le Chef du Service… N'écoutant que son éthique professionnelle et humaine, Valensi va soigner clandestinement cet homme qui se révélera être le premier patient atteint du LAV, le premier nom donné au VIH. Déchiré entre sa famille qui veut le protéger d’une éventuelle contamination et un chef de service sans scrupule, il se lance dans une course contre la montre. En dépit de ses doutes, et face aux menaces qui pèsent chaque jour un peu plus sur lui, il va se battre...

Yves Navarre, hier, aujourd’hui et demain

Hugues Demeusy : Comment et quand as-tu « rencontré » Yves Navarre ? Philippe Leconte : A la fin des années 70. J’étais dans la mythique librairie Corman à Knokke-Le-Zoute. Je venais de choisir les poèmes de Constantin Cavafy traduits par Yourcenar, et, à côté, il y avait une pile de Loukoums en livre de poche. C’est la couverture qui m’a attiré, le dessin de David Hockney. J’ai pris le livre, l’ai lu d’une traite et n’ai eu de cesse, après, de découvrir les précédents livres de Navarre, puis, au fur et à mesure, les nouveaux, au gré de leurs parutions. Qu’est-ce qui t’a accroché dans ses écrits ? Navarre a été beaucoup trop catalogué en tant qu’écrivain homosexuel, alors que lui-même se définissait comme écrivain ET homosexuel La façon dont il abordait l’homosexualité. C’était la première fois qu’un écrivain m’en « parlait » comme quelque chose de normal. J’avais l’impression de me découvrir à travers ses livres, que ceux-ci me parlaient de moi. Á l’époque, il n’y avait...

Le journal de rêve de Guy Hocquenghem

Les éditions Verticales viennent de publier cinquante-huit articles de Guy Hocquenghem, gauchiste et ex, homo et plus, mort du sida à 41 ans. Ses textes sont parus dans des journaux et des magazines, Libération, Masques, Gai Pied Hebdo, Actuel, Tout !, L’Idiot liberté et le Figaro magazine, entre 1970 et 1987. Comme de nombreux et nombreuses militant.es homos de cette époque, il eut de nombreuses activités, tout était à créer. D’abord militant trotskiste mais homo, il participe à la création du FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) en 1971, au groupe Vive la Révolution et publie son premier roman, Le Désir homosexuel en 1972. Il fut un touche à tout politique comme le montre les sujets de ses articles et l’explique fort bien la post-face de Antoine Idier qui vient de publier sa biographie. Des textes de désabusé, d’un militant revenu de presque tout… À quoi peut donc servir la lucidité ? À propos de 68 : Nous avons voulu la politique. La politique nous a recraché, dégueulés, souillés…, dans un article...

Le beau livre #11, Garçons de joie, Nicole Canet

Il est dans les villes des endroits rares et précieux, des endroits que l’on ne voudrait n’avoir que pour soi, et dont on rechigne à donner l’adresse : la galerie de Nicole Canet, « Au bonheur du jour » est de ceux-là. Là où s’épanchent sur papier les désirs, là où sursaute d’un trait d’encre, d’inavouées passions, de curieux chromos et des obsessions derrière les crayons… dans sa nouvelle exposition « Garçons de joie » qu’accompagne la parution d’un ouvrage au titre éponyme, la promesse est tenue. Et c’est Frédéric Mitterrand, ancien ministre de la Culture, mais aussi l’auteur de « La mauvaise vie » qui signe la préface de cet ouvrage dans un texte tout en suggestion, il y écrit notamment « L’un des grands mérites de Nicole Canet (…) est de nous rapporter des images insolites de ces temps envolés, de ces lieux qu’on ne trouve plus, de tous ceux qui ont écrit sans le savoir une histoire qu’on ne raconte guère. » Pousser les portes de ce bar un peu...