Mademoiselle Belle, Truman Capote

« Melle Carter expliquait la notion d’excentricité en algèbre depuis maintenant presque vingt minutes. Sally leva la tête d’un air dégoûté, l’aiguille de la salle de classe avançait à la vitesse d’un escargot, encore vingt-cinq minutes, et ensuite la liberté » Au commencement du monde in Mademoiselle Belle, Truman Capote. Il est des ouvrages dont l’existence même constitue en soi déjà un récit, le petit livre réunissant quatorze nouvelles de Truman Streckfus Persons, celui qui ne signe pas encore Truman Capote, fait partie de ceux-là. Cet ensemble de textes inédit a été retrouvé dans les archives de la New-York Public Library en 2013, et publié en 2015 sous le titre de The Early Stories of Truman Capote, elles ont été écrites lorsque l’auteur n’avait qu’entre 15 et 19 ans, et sont comme le témoignage de la précocité de son talent, comme les prémices d’une œuvre à la sagacité et à la férocité cynique de celui qui fut un personnage emblématique de la littérature américaine et incontournable...

Rendez-vous à Positano

Si l’on peut parler d’un livre comme l’on dit musique baroque, alors, ce livre l’est. Chaque image de ce merveilleux village de Positano, lieu des longs crépuscules, au sud de Naples, s’accompagne de l’odeur mélodieuse des jasmins, de musique, celle de l’orage, du vent, et de Wilhelm Kempff jouant du piano dans l’église, en haut de la montagne, de l’élégance des mouvements de ses habitants montants ses escaliers escarpés, et de ses deux héroïnes, Goliarda Sapienza, l’auteure de Rendez-vous à Positano, et de Erica, l’amie. C’est la fin du fascisme. Les discussions éthérées, hors de tout, du monde, le long chemin d’une rencontre amicale, celle d’une grande bourgeoise riche, Erica, Son pas captivait tous les regards quand elle descendait les quelques marches qui menaient au rivage… Mais cette femme : Depuis quelques années j’évite la véritable amitié, le véritable engagement, y compris en amour, et voilà que ce besoin que j’ai essayé d’étouffer m’a poussée à te rechercher. On n’y échappe pas. Et même si cette amitié...

Pride, chroniques de la révolution gay

Érik Rémès est journaliste depuis les années 80, psychologue au sein d’ateliers d’expressions artistiques d’adolescents psychotiques, autistes ou trisomiques, auteur de livres — Je bande donc je suis, Serial Fucker, journal d’un barebaker —, d’essais dès les années 1999, et sexologue. … 1992-2005, le projet de présenter un panorama tout à la fois parcellaire et exhaustif de la communauté gay, rendre compte d’une tranche d’histoire individuelle et collective riche et forte, peut-être la plus riche de l’histoire de la communauté gay…  Possible ? … Aujourd’hui, en 2017, la plupart de nos revendications ont été reconnues et la communauté gay est tombée dans une morbide léthargie. Même le marais gay, quartier historique de la communauté est en train de sombrer, vendu au grand capital. Le dormeur doit se réveiller. Certains de ses textes, de 1992 à 2005, sont regroupés dans Pride, selon douze thèmes : visibilité, communauté, mariage, homoparentalité, homophobie, hétérophobie, politique, homonormativité, subversion, drogue, sexe, sida, prévention, bareback, années sida. Ils ont été publiés dans des...

L’été où tout a basculé à Key West

Réfugiés à Key West Août 1955 : le grand écrivain Tennessee Williams corrige son dernier opus La chatte sur un toit brûlant à Key West, où il occupe une maison avec son amant, l'acteur Franck Merlo et la grande écrivaine, Carson McCullers. Tous trois vivent une relation quasi-fusionnelle, basée sur un équilibre très précaire, que la vie quotidienne organisée autour d'un travail littéraire harassant, parvient à préserver. Il fait chaud ; on étouffe dans ce coin de Floride, isolé de la folie du monde. Et soudain, Sagan La jeune Françoise Sagan, qui vient de publier son premier roman avec le succès sulfureux que l'on connaît. Bonjour Tristesse est en tournée promotionnelle à New-York, où elle fait sensation. Tennessee, attirée par sa personnalité atypique, l'invite quelques jours dans leur havre de paix. Sagan débarque sur l'île escortée de sa fraîcheur, de sa jeunesse et de sa maturité intellectuelle. Tel un petit chien insolent et innocent lancé dans un jeu de quilles, elle va bousculer le train de vie paisible des trois artistes. Rien...

De Manneville au Monde, un parcours extraordinaire

02De son enfance privilégiée dans une famille bourgeoise parisienne aux précieuses vacances dans cette maison de campagne à Manneville, en Normandie, qui deviendra son point d'ancrage, vers lequel il reviendra fidèlement pour se régénérer, on accompagne Brice au plus près. C'est ici qu'il rencontrera son premier ami qui se tuera dans un accident. Il partira alors poursuivre des études à Oxford, où il croisera celui qui deviendra son premier amant et l'amour de sa vie. Alex. Ce dernier décidera pourtant  par confort de rentrer dans le rang. Blessé, amputé, trahi, le narrateur se perd (ou se trouve) dans des escapades au bout du monde, où son métier d'apprenti journaliste l'emmène, afin de couvrir des crises politiques, écologiques...  ; il se confrontera à la réalité et à des rencontres singulières. Mais Alex, l'amant est toujours présent, réapparaît, disparaît à nouveau, mais il est toujours là ! Une écriture vibrante souvent lyrique, où l'emploi impérieux du présent créé une vraie proximité avec l'intrigue, signe ce premier roman très inspiré ! L'urgence de vivre tout jusqu'au bout du bout,...

Brahim Metiba, au cœur de la différence

Les mots de Brahim Metiba tintent comme un désespoir de cristal. On passe le doigt dessus et ça sonne juste, c’est pur, chaque phrase fait mouche, offerte là sans fioritures. Subtilement évidente sans être simple pourtant. Car c’est l’inextricable équation de la – ou plutôt des différences qui est posée ici, avec son cortège douloureux de non-réponses synonymes d’exclusion. Récit d’une solitude de sang aux résonances plurielles. « Nous », « eux », « les autres » Brahim Metiba – ou du moins son « double », comme il nous le précise dans l’entretien ci-dessous, s’agissant d’un récit « auto-fictionnel » – a « du mal » avec le « nous » lorsque ce dernier fait référence aux musulmans. « C’est pourtant simple », explique la mère, « il y a “nous”, puis il y a “eux”, les autres, les non-musulmans, les juifs par exemple ». L’assertion est monolithique, surgie d’une vérité elle-même inébranlable. Le « je » qui s’exprime cherche tout de même une faille...

Pierre Guerot & I, entretien avec Frédéric L’Helgoualch et Pierre Guerot

Ni tout à fait narratif ou exclusivement descriptif, il y a quelque chose de semblable au manifeste, à la déclaration, comme la volonté de témoigner de son attachement, son abandon, décrire le règne sans partage, d’un être, d’un corps, au moins autant aimé, que désiré, adulé. Un récit, comme la trace d’une passion, comme pour graver dans le marbre, ce que l’on ne dit pas (il est à ce sens presque paradoxal, que ce livre ne soit disponible qu’au format numérique…) Où chaque geste, chaque instant du quotidien se vit avec la plus absolue des intensités, presque comme une chance d’être avec lui… L’objet de ces émois, et c’est là que cet objet littéraire se singularise, c’est le photographe, modèle et acteur Pierre Guerot, dont les autoportraits, comme autant de micro-fictions, prennent le relais des mots, mais sont aussi le moteur des divagations de l’auteur Frédéric L’Helgoualch… - On a autant l’impression à la lecture de ce texte, d’un dialogue, que d’une interaction évidente entre...

Jean Boullet (1921-1970)

« Les ailes d’une chauve-souris sur les carburateurs des Hell’s Angels. » Jean Boullet le précurseur, Denis Chollet, 1999. Fantasmagorique, onirique, mythologique, mirifique et subversive, parcourir l’œuvre foisonnante de Jean Boullet (1921-1970), c’est vriller, c’est sombrer et s’émerveiller d’un monde grouillant de créatures chimériques et de garçons alanguis, de personnages de contes de fées, de faunes, de boxeurs et de culturistes, qui tous élégamment cohabitent dans l’imaginaire de l’artiste. C’est se frayer un chemin dans un pays des merveilles, un monde aux accents de théâtre aussi inquiétant qu’intrigant, diablement attirant, c’est suivre le trait acéré et sûr de ces dessins à l’encre qui semble ne souffrir d’aucune hésitation, c’est se frotter au bizarre, à l’étrange, à Poe, Cocteau, Shakespeare, Verlaine… Bram Stoker, l’auteur de Dracula est son idole, il se passionne pour les monstres, tout ce qui dérange et dévie, qu'importe pourvu que cela échappe au terrible ordinaire, et même ses amours suivront ce tortueux chemin. Il se décrit comme un « Peintre de la beauté masculine », voyous,...
Philippe Besson 2011

Philippe Besson, forever young

Qui ne voudrait pas l’être ? A priori, rien ni personne ne pouvait résister au charme fatal blond (à la Marilyn Monroe), de cet enfant binoclard, petit et voûté, qu’Hollywood allait bien vite (trop vite ?) ériger en « Petit Prince » du grand écran. Cet orphelin trop vite abandonné par sa mère allait la rejoindre, trop vite sûrement, dans un destin tragique digne d’un long-métrage d’Elia Kazan. « Comme elle est partie, Jim a les nerfs. Jimmy boit du gin dans sa Chrysler. La presqu’île, le boulevard de la mer est con. Comme elle est partie, attention : Jimmy tourne en rond. » Je suis donc devenu compagnon de La Ballade De Jim (A. Souchon), de ses premiers cours de claquettes, jusqu’à son dernier claquage (car vous vous doutez bien de la fin de l’histoire…). Que vous en dire ? Jimmy, éternellement jeune, demeure un mystère. Et je dois relever le talent de l’auteur, qui n’a pas cherché à peindre un portrait trop cru...