La biographie plombée d’un écrivain maudit

Si Guillaume Dustan fut un feu de paille dans l'univers littéraire, il s'imposa comme un sacré trublion qui parvint à force de coups d'éclat, de scandales, de provocations... à obtenir une reconnaissance médiatique qui ne reposait pas sur la dimension de son œuvre mais sur la noirceur du propos. Dans les années 90, Guillaume Dustan donc, écrivain séropositif - ou l'inverse - surfa sur la baise sans capote, communément appelée bareback. Ses prises de position déclenchèrent d'une part la concupiscence de Thierry Ardisson, de Technikart... tous ces médias et journalistes à la recherche du sensationnel qui l'adoubèrent, pendant que dans le même temps l'association de lutte contre le sida Act-Up en fit son ennemi juré. Pour incarner ce combat, on opposa Dustan et Didier Lestrade, président emblématique de l'association. Les écrits de Dustan (moins d'une dizaine de textes d'autofiction), un genre dont il promut la reconnaissance à travers la collection Le Rayon Gay qu'il dirigea au sein de la maison d'édition aujourd'hui défunte Balland, ne furent pas,...

Armistead Maupin : une étoile dans notre ciel !

Armistead : toujours bienveillant Toujours bienveillant, de bonne humeur et l'œil qui frise, Maupin semble être un bon gros nounours qui pourrait facilement nous consoler de nos chagrins d'amour et nous donner de bons conseils. L'expérience de la vie. On sent qu'il l'a acquise mais qu'il n'en tire aucun orgueil... Et pourtant que de chemins parcourus pour atteindre ce statut enviable... Un jeune Américain pur jus qui devient... lui-même ! Pour le découvrir, il faut lire l'autobiographie qui vient d'être traduite en langue française et qui parait sous le titre un peu lisse de Mon autre famille. Né en Caroline du Nord, dans une famille ultra-républicaine, Armistead vit ses premières années entre un père très réactionnaire et une mère fantasque. Il y a, heureusement, sa grand-mère qui lui apprend les vertus de la différence. Peu enclin à se démarquer de cette emprise familiale, le jeune Maupin adopte l'idéologie républicaine sans broncher. Il débute des études de droit, mais les abandonne. Il s'engage pour rejoindre les troupes américaines au Vietnam en...

Le journal de rêve de Guy Hocquenghem

Les éditions Verticales viennent de publier cinquante-huit articles de Guy Hocquenghem, gauchiste et ex, homo et plus, mort du sida à 41 ans. Ses textes sont parus dans des journaux et des magazines, Libération, Masques, Gai Pied Hebdo, Actuel, Tout !, L’Idiot liberté et le Figaro magazine, entre 1970 et 1987. Comme de nombreux et nombreuses militant.es homos de cette époque, il eut de nombreuses activités, tout était à créer. D’abord militant trotskiste mais homo, il participe à la création du FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) en 1971, au groupe Vive la Révolution et publie son premier roman, Le Désir homosexuel en 1972. Il fut un touche à tout politique comme le montre les sujets de ses articles et l’explique fort bien la post-face de Antoine Idier qui vient de publier sa biographie. Des textes de désabusé, d’un militant revenu de presque tout… À quoi peut donc servir la lucidité ? À propos de 68 : Nous avons voulu la politique. La politique nous a recraché, dégueulés, souillés…, dans un article...

Peintre et modèle : une psychanalyse picturale par Jean-Philippe Blondel

Dans la mise à nu, son dernier roman, Jean-Philippe Blondel dont on avait adoré Une saison à Paris, raconte les retrouvailles entre un professeur d'anglais en fin de carrière et un des ses élèves devenu peintre. Jean-Philippe Blondel explore dans ses livres les relations intimes qui se créent entre des personnages ayant des parcours très éloignés, et qui bouleversent leur vie. Et même s'il s'en défend dans l'interview qui suit, il crée des caractères d'homosexuels qui ont un rôle important voire crucial dans la suite de l'intrigue. Rencontre avec un auteur secret peu bavard mais dont les romans sont des joyaux... Hugues Demeusy : Dans la mise à nu, un vieux professeur d'anglais retrouve un de ses anciens élèves devenu peintre à succès. Ils vont vivre une expérience extraordinaire ? Jean-Philippe Blondel : Oui, ils vont entreprendre une expérience peu commune - le professeur va devenir le modèle de son ancien élève et poser pour lui. Ce tête à tête va les obliger à se regarder, à se considérer,...

Passion amoureuse ou amitié fraternelle ? La réponse de Stéphane Lambert

http://youtu.be/MIIrofQwfso Dans Fraternelle Mélancolie, Stéphane Lambert explore l'amitié qui unit deux grands écrivains américains, Herman Melville, et Nathaniel Hawthorne. Il décrit et imagine les  stigmates d'une passion tumultueuse... Cela se déroule au milieu du 19ème siècle... Alors "outing" ou pas ? Stéphane Lambert nous donne les clés ici ! Hugues Demeusy : Comment et quand as-tu rencontré Melville et Hawthorne et pourquoi leur relation t’a interpellé au point d’y consacrer un livre ? Stéphane Lambert : Quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai longtemps gardé sur ma table de chevet l’épais volume de Moby Dick, qui est devenu ce qu’on appelle un livre culte, sans réussir à m’y mettre. L’idée de la chasse à la baleine me rebutait. En réalité, Moby Dick est tout sauf un hymne à la chasse à la baleine, c’est un roman de dimension mythique, qui place l’homme face aux grandes questions de l’humanité. Or Moby Dick est dédié à Hawthorne, que je ne connaissais pas. Quand j’ai enfin lu le roman de Melville,...

Les bonnes mauvaises rencontres de Josyane Savigneau

CE QUI ME PLAÎT, C’EST LA SINGULARITÉ. LA DÉCOUVRIR ET TENTER DE LA DIRE, DE LA FAIRE PARTAGER. J’AIME TOUS CEUX QUI ONT UNE CERTAINE FOLIE, AFFICHENT LEUR NARCISSISME, LEUR MÉGALOMANIE S’il existe une façon de lever partiellement le voile sur qui « habite » vraiment, au-delà des clichés et autres cancans germanopratins, l’emblématique signature « Jo. S. », c’est dans La passion des écrivains que le lecteur curieux la découvrira ! Muni de ses bons yeux gourmands il récoltera ainsi, rencontre après rencontre et telles de délicates mises en bouche offertes à chaque page, les subtils indices d’une sensibilité inouïe. Icône pour certains, météorite pour d’autres, Josyane Savigneau, responsable du célèbre « Monde des Livres » entre 1991 et 2005, dont les « papiers » étaient guettés (dans la joie ou dans la crainte) par tous les acteurs de la sphère littéraire (et pas seulement !), nous partage ici une série de portraits uniques. Nous voici les invités – et non les voyeurs –...

Le beau livre #8, Fenster zum Klo, Toilettes publiques, affaires privées

Lorsqu’un jour l’on voudra dresser l’état des lieux du bon et du mauvais goût, du propre et du sale, du bien et du mal, et tout comme l’on s'attardera évidemment aux multiples interprétations de Fontaine de Marcel Duchamp, le ready-made urinoir qui cette année a 100 ans, il ne faudra surtout pas oublier de passer aussi par le petit coin, de visiter le petit cabinet des obsessions de Marc Martin… toujours prompt à tordre les regards, à faire dévier les idées vers d’inexplorés territoires. Dans cette approche qui souvent oscille entre caresse et audace, dans des images qui toujours nous tentent autant qu’elles nous forcent, le photographe pour ce nouveau projet, un ouvrage qui accompagne une exposition à Berlin au Schwules Museum, s’intéresse aux toilettes publiques, lieu de fantasmes et de réalité, public et privé, là où se confond le besoin et l’interdit, sur des murs où s’inscrit l’obscène et le désir à coup de marqueur maladroit. Là où s’est joué et noué, un...

le beau livre #3 Dalida, une garde-robe de la ville à la scène

Il reste encore plus d’un mois pour se rendre au Palais Galliera, le musée de la mode de la ville de Paris et déambuler au milieu de la garde-robe d’une des plus grandes icônes populaires de ces dernières années et qui fascine encore aujourd’hui, cette exposition a été rendue possible grâce à la récente et généreuse donation d’Orlando, le frère de Dalida au musée. Et le prisme du vêtement apparaît ici, comme éminemment pertinent, lorsqu’il est question de retranscrire les évolutions de la carrière de la chanteuse. De la robe de velours rouge, semblable au rideau d’une scène, d’inspiration New-Look, créé en 1958 par Jean Dessès et qui ouvre le parcours de cette exposition, jusqu’au débauche de strass, plumes, perles et paillettes de ses costumes de scène dans les années 80, la garde-robe de Dalida, à la ville et à la scène, apparaît comme une grille de lecture privilégiée de l’histoire de la mode et de celle de la variété et du spectacle. Au...

Devenir Christian Dior de fil en aiguille

Une biographie de plus sur le grand couturier ? Ça aurait pu être une biographie de plus, consacrée à la carrière du couturier, après qu’en 1947, Christian Dior présente la première collection de sa maison de couture nouvellement fondée avec l’aide de l’industriel Marcel Boussac. L'auteur, François-Olivier Rousseau a décidé de raconter le long parcours de celui qui cherchait sa voie et qui a exercé différents métiers loin de de l’univers de la Mode. Quelle trajectoire que celle de cet enfant né à Granville, au bord de la Manche, au début du siècle dernier. Fils d’industriels locaux, créateurs entre autres de la fameuse lessive Saint-Marc et de l’eau de Javel Dior (on est loin des fragrances subtiles de la Haute Couture !), le jeune Christian est très attaché à sa chère maman. Pilier du Bœuf sur le toit ! Il s’inscrira à Sciences Po pour lui faire plaisir, mais à Paris. Il fréquentera alors le lieu névralgique de tous les plaisirs d’alors, rendez-vous des artistes en devenir et des...