La biographie plombée d’un écrivain maudit

Si Guillaume Dustan fut un feu de paille dans l'univers littéraire, il s'imposa comme un sacré trublion qui parvint à force de coups d'éclat, de scandales, de provocations... à obtenir une reconnaissance médiatique qui ne reposait pas sur la dimension de son œuvre mais sur la noirceur du propos. Dans les années 90, Guillaume Dustan donc, écrivain séropositif - ou l'inverse - surfa sur la baise sans capote, communément appelée bareback. Ses prises de position déclenchèrent d'une part la concupiscence de Thierry Ardisson, de Technikart... tous ces médias et journalistes à la recherche du sensationnel qui l'adoubèrent, pendant que dans le même temps l'association de lutte contre le sida Act-Up en fit son ennemi juré. Pour incarner ce combat, on opposa Dustan et Didier Lestrade, président emblématique de l'association. Les écrits de Dustan (moins d'une dizaine de textes d'autofiction), un genre dont il promut la reconnaissance à travers la collection Le Rayon Gay qu'il dirigea au sein de la maison d'édition aujourd'hui défunte Balland, ne furent pas,...

Jean Claude Bologne : vivre en couple, toute une histoire !

Au printemps 2013, la loi dite « Taubira » consacre le « mariage pour tous ». Une définition est intégrée au Code civil, dans un nouvel article 143 : « Le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe". Est-ce à dire que cette union officielle symbolise à elle seule l’idée du couple, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel ? C’est à cette passionnante question que Jean Claude Bologne, philologue formé à l’université de Liège, historien et romancier, s’est attelé, dans une très complète et impressionnante Histoire du couple, de l’Antiquité à nos jours. La polygamie : prédisposition « testiculaire » ? L’ouvrage se lit comme un roman, et pourtant il nous enseigne formidablement – voire fait ou refait notre éducation en matière de ce que nous pensons bien connaître pour l’avoir (presque) toutes et tous vécu : le couple ! N’allons pas imaginer que vivre à deux se résume à une bague passée au doigt pour le meilleur et pour le...

Richie : de l’ENA à Sciences Po, un haut fonctionnaire peut cacher un garçon...

Grand bourgeois, militant et fêtard Fils d'une famille bourgeoise, rien ne semblait prédestiner ce bon élève à une trajectoire singulière, entre ombre et lumière. Tout d'abord, un parcours militant au sein de l'association Aides dans les années 80, lors de sa création. Richie y côtoiera le gratin homo qui fréquente le Palace et les Bains-Douches la nuit et occupent les fonctions les plus honorifiques de l'administration le jour. Le social à Sciences-Po Parce qu'il est ambitieux et doué, Richard Decoing, surnommé Richie, devient le Directeur de Sciences Po, la célèbre école de la rue Saint-Guillaume. Son fait d'armes, qui semblerait attester de son sens des réalités, d'une fibre sociale et humaniste, sera de mettre en place les fameuses équivalences destinées à ouvrir les portes de l'Ecole aux jeunes des banlieues défavorisées... Il se battra pour cette véritable révolution. On apprend aussi sa relation avec Guillaume Pépy, le patron de la SNCF qui du coup, est « outé ». L'ombre, c'est ce mal-être profond lié à son orientation sexuelle ? (l'explication semble facile) qui...

Tout ce qui est à toi… de Sandra Scoppettone

L’autrice Sandra Scoppettone est née dans le New Jersey en 1936. Elle publie ses premiers romans policiers sous le pseudonyme de Jack Early, mais révèle finalement sa véritable identité lorsque sa série de romans policiers ayant pour héroïne Lauren Laurano, une détective privée lesbienne vivant à New York, rencontre le succès. Elle fait son coming out en 1970 et vit à Long Island avec sa compagne. Le roman Tout ce qui est à toi est construit comme un roman policier. Le travail de détective de Lauren y est décrit avec soin, tout comme la progression de son enquête. Les morts, les fausses pistes (parfois un peu trop nombreuses) et les révélations se succèdent avec un bon rythme qui permet au suspense de se maintenir, sans pour autant tomber dans l’exagération. Dès les premières pages de l’histoire, nous nous retrouvons plongé-e-s dans le début des années 1990, avec des cabines téléphoniques à chaque coin de rue et le démarrage d’Internet et de ses dangers. Pour autant, les violences...

C’est un beau roman, c’est une belle histoire !

Call me by your name, le meilleur film de l'année Dans quelques jours, vous risquez d'être assailli par les promos, infos, photos, et vidéos, dédiés à la sortie du film Call me by your name, réalisé par Luca Guadagnino, dont la bande annonce envahit déjà les réseaux sociaux. Cette super production présentée au Festival de Sundance, à Berlin a remporte le Grand Prix du Festival Chéries-Chéris 2017. C'est pour le journal anglais The Guardian le meilleur film de l'année 2017 ! Rien que ca ! Il faut dire que les deux acteurs principaux sont craquants... https://youtu.be/HKLbnoPdTyg Un roman inoubliable paru en 2007 Mais bien avant que le film fasse le buzz, il y eut un roman américain de André Aciman, édité en 2007 par les éditions de l'Olivier sous le titre Plus tard ou jamais ! Ça a été pour moi comme pour beaucoup de lecteurs, un vrai coup de cœur. L'histoire se déroule en Italie, au bord de la mer dans une époque indéfinie (mais qui n'est pas la...

Une saison en enfer

Intégrer une Grande Ecole Roman d'initiation magnifique et néanmoins récit autobiographique bouleversant, Un hiver à Paris dénonce le système scolaire spécifique des Grandes Ecoles, dont la pression et l'ambition sont les règles cruelles. Pas de pitié pour les faibles (et les différences !). Jeune provincial, le narrateur débarque à Paris pour intégrer une classe préparatoire à une grande école. Il découvre ce véritable microcosme et ses lois ; il comprend très vite qu'il n'est pas à sa place. Issu d'un milieu modeste, il est sensible, introverti, solitaire et il se cherche... Tout ce qu'il faut ne pas être pour se faire une place ici ! Le suicide d'un camarade... Le suicide inopiné d'un des camarades dont il a partagé quelques moments va le plonger dans une profonde remise en cause. Considéré ( à tort) comme le meilleur ami (et le confident) « du suicidé », il devient la cible de tous les fantasmes et de tous les intérêts, alors qu'il était invisible jusqu'alors. Sa vie est soudain dominée par l'empreinte du  jeune...

Le beau livre #11, Garçons de joie, Nicole Canet

Il est dans les villes des endroits rares et précieux, des endroits que l’on ne voudrait n’avoir que pour soi, et dont on rechigne à donner l’adresse : la galerie de Nicole Canet, « Au bonheur du jour » est de ceux-là. Là où s’épanchent sur papier les désirs, là où sursaute d’un trait d’encre, d’inavouées passions, de curieux chromos et des obsessions derrière les crayons… dans sa nouvelle exposition « Garçons de joie » qu’accompagne la parution d’un ouvrage au titre éponyme, la promesse est tenue. Et c’est Frédéric Mitterrand, ancien ministre de la Culture, mais aussi l’auteur de « La mauvaise vie » qui signe la préface de cet ouvrage dans un texte tout en suggestion, il y écrit notamment « L’un des grands mérites de Nicole Canet (…) est de nous rapporter des images insolites de ces temps envolés, de ces lieux qu’on ne trouve plus, de tous ceux qui ont écrit sans le savoir une histoire qu’on ne raconte guère. » Pousser les portes de ce bar un peu...

Passion amoureuse ou amitié fraternelle ? La réponse de Stéphane Lambert

http://youtu.be/MIIrofQwfso Dans Fraternelle Mélancolie, Stéphane Lambert explore l'amitié qui unit deux grands écrivains américains, Herman Melville, et Nathaniel Hawthorne. Il décrit et imagine les  stigmates d'une passion tumultueuse... Cela se déroule au milieu du 19ème siècle... Alors "outing" ou pas ? Stéphane Lambert nous donne les clés ici ! Hugues Demeusy : Comment et quand as-tu rencontré Melville et Hawthorne et pourquoi leur relation t’a interpellé au point d’y consacrer un livre ? Stéphane Lambert : Quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai longtemps gardé sur ma table de chevet l’épais volume de Moby Dick, qui est devenu ce qu’on appelle un livre culte, sans réussir à m’y mettre. L’idée de la chasse à la baleine me rebutait. En réalité, Moby Dick est tout sauf un hymne à la chasse à la baleine, c’est un roman de dimension mythique, qui place l’homme face aux grandes questions de l’humanité. Or Moby Dick est dédié à Hawthorne, que je ne connaissais pas. Quand j’ai enfin lu le roman de Melville,...

Manuel Blanc : je suis Elle !

Pour son nouveau roman, (quatre ans après Carnaval, le premier), Manuel Blanc se glisse dans la peau d'une trentenaire, Virginie, danseuse de "pole dance". Son héroïne, femme indépendante, blessée, à la recherche de son identité... est indéniablement très attachante. On suit les péripéties de sa vie tumultueuse avec délectation et bienveillance. Il était grand temps pour Genres de rencontrer ce garçon révélé au cinéma grâce à André Téchiné, dans J'embrasse pas, (en 1991) et qui depuis, s'éloigne irrésistiblement des sentiers battus ! Hugues Demeusy : Dans ce nouveau roman, tu as pris le parti périlleux de dire "je" en "usurpant" le sexe de ton héroïne, Virginie. Pourquoi ce choix et quelles sont les barrières que tu as du franchir pour y parvenir ? Manuel Blanc : C’est mystérieux ce choix en un sens, et l’écriture est toujours pour moi une quête, c'était un vrai challenge et cela m’a pris trois ans avant de plonger dans l’intimité de cette femme. J'ai commencé à écrire un premier texte où je...