M. Ripley est de retour

Comble du luxe (car c'en est un pour les aficionados de la reine du polar psychologique dont je suis), utiliser en couverture les visuels à base de dessins très stylisés, sur aplats de couleurs vives. Mais autant vous le dire tout de suite, le seul, le vrai, le grand roman de la série (quatre livres), c'est le premier, j'ai nommé Le talentueux M. Ripley ! L'intrigue (géniale, extraordinaire….) a fait l'objet de plusieurs adaptations cinématographiques dont une en France, avec Plein Soleil. Porté à l'écran par René Clément à la fin des années 60, avec Alain Delon et Maurice Ronet en tête d'affiche, le film est construit sur une intrigue différente du livre, ou plutôt, le long-métrage démarre à un moment clé qui intervient dans le livre beaucoup plus tard. Mais le résultat reste époustouflant et le suspense est à son comble, porté par un Delon solaire, inquiétant, malsain au possible. Autre scénario pour Le Talentueux M. Ripley, tourné par Anthony Menghella au début des années 2000...

Mademoiselle Belle, Truman Capote

« Melle Carter expliquait la notion d’excentricité en algèbre depuis maintenant presque vingt minutes. Sally leva la tête d’un air dégoûté, l’aiguille de la salle de classe avançait à la vitesse d’un escargot, encore vingt-cinq minutes, et ensuite la liberté » Au commencement du monde in Mademoiselle Belle, Truman Capote. Il est des ouvrages dont l’existence même constitue en soi déjà un récit, le petit livre réunissant quatorze nouvelles de Truman Streckfus Persons, celui qui ne signe pas encore Truman Capote, fait partie de ceux-là. Cet ensemble de textes inédit a été retrouvé dans les archives de la New-York Public Library en 2013, et publié en 2015 sous le titre de The Early Stories of Truman Capote, elles ont été écrites lorsque l’auteur n’avait qu’entre 15 et 19 ans, et sont comme le témoignage de la précocité de son talent, comme les prémices d’une œuvre à la sagacité et à la férocité cynique de celui qui fut un personnage emblématique de la littérature américaine et incontournable...

Claudius Pan : l’art pour territoire

Peux tu tracer pour nos lecteurs en quelques phrases ton parcours atypique ? J'ai squatté assez tôt les scènes de théâtre, vers onze ans. J’ai suivi une formation à Lyon, avant de monter une compagnie avec trois autres ami(e)s « Les Représentantes », puis de tout quitter, pour des raisons personnelles, et partir vivre dans une communauté d’artistes, aux USA. Je suis resté là-bas deux ans, avant de suivre les Train Hoppers ( ceux qui vivent illégalement sur les trains marchands ) dans leurs aventures. J’ai alors vagabondé sur ces terres marginales pendant trois années de plus, passant par l’Inde, la Roumanie, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle Calédonie etc Je désirais une vie romanesque, je voulais insuffler ma voix et mon corps pour les rendre outils d’une parole d’artiste. Durant ces années j’ai écrit, composé de la musique, peiint, performé, réalisé des films… Chaque instant était prompt à se transformer en oeuvre, en partage collectif. Toujours dans le but de soigner, guider le monde, comme un rituel, un sortilège. Mon corps...
seringue drogue

Sexe et drogue

Le sexe et la drogue font de plus en plus bon ménage et engendrent, outre des risques fatals d'overdose, des comportements à risque qui alarment les associations de lutte contre le sida. Chem sex et slam C'est vrai, les plans sexe associés à une prise de drogue sont de plus en plus répandus dans la population gay, même si ce phénomène touche encore une catégorie de garçons à la sexualité extrême (pas forcement à l'aise avec une sexualité plan-plan), à la recherche de performances… Le slam (produit injecté par intraveineuse) et le chem sex (chemical sex), s'ils sont des phénomènes déjà abondamment traités par les médias, n'ont pas encore fait l'objet d'essais sociologiques, d'études médicales éditées… Ce polar nous en apprend beaucoup sur le sujet Alors ce livre pallie à cette absence éditoriale et constitue en priorité une mine d'informations, même s'il n'embrasse principalement que l'aspect répressif du sujet. On est en effet dans un polar, ou tout au moins, ce texte en a la forme. Alexandre Kauffmann est reporter free-lance...

Mr Ripley, sors de ce sublime thriller !

Quand la lutte des classes sert la fascination d'un garçon issu d'un milieu modeste pour SON meilleur ami,  lui, riche héritier de la haute société britannique, c'est l'Invitation, le très excitant second livre traduit en Français d'Elizabeth Day, journaliste (et romancière) à la carrière précoce. Pourquoi l'invitation ? Le couple formé par Ben et Séréna, thèse parfaite de ce que la société britannique peut produire de plus odieux, à qui tout réussit, fortune, naissance (cela va de soi), beauté, glamour…. relations, enfants épanouis… invite donc le gratin londonien pour les 40 ans de Ben. Sont invités Martin et Lucy, qui naviguent à vue dans le sillage de Ben et Séréna, les maîtres du monde. Mais Martin n'est pas n'importe qui. C'est celui qui a tout mis en oeuvre pour devenir le meilleur ami de Ben et à être adopté par sa riche famille… Lors de cette réception, un événement tragique va avoir lieu... Par un procédé habile et totalement maîtrisé de retours en arrière dans le...

Hervé Joseph Lebrun : le porno gay seventies dans le coeur

Bonjour Hervé Joseph, tu es "conseiller historique" du film de Yann Gonzalez, « Un couteau dans le cœur », dont l'intrigue se passe dans le milieu du porno gay de la fin des années 70. Comment es-tu arrivé sur ce projet et comment cela s'est-il passé ? À l’occasion de la sortie du « Dictionnaire des films érotiques et pornographiques français en 16 et 35 mm », dictionnaire sous la direction de Christophe Bier pour lequel j'étais un des contributeurs et superviseur des films homos, une soirée spéciale, « La Nuit de la grande chaleur », a été organisée à La Cinémathèque française le 11 juin 2011. Trois films étaient programmés dont « Maléfices pornos » (Éric de Winter, 1978) produit par Anne-Marie Tensi (AMT). Yann Gonzalez était présent et, de cette soirée, est née l'idée de réaliser un film autour d'Anne-Marie Tensi. J'étais en train de réaliser le film documentaire « Mondo Homo: A Study of French Gay Porn in the '70s » (2014) où un...

Les Vestiges d’Alice, entretien avec Marc Kiska

Le photographe, mais aussi sculpteur et désormais auteur, Marc Kiska livre un récit des plus percutant, tant sur la forme que sur le fond. Il y a en effet dans ce roman, une volonté de manier et d’user de différents niveaux de langages, comme pour mieux faire tourbillonner son lecteur. Puis, il y a aussi, et surtout, cette galerie de personnages aux pulsions et passions souvent incontrôlables, et qui donne à ce texte tout son relief. Et pour aller un peu plus loin, nous avons pu nous entretenir, avec l’auteur. - Vous êtes photographe, et ce qui de prime abord semble singulariser votre travail, c’est, il me semble, cette trame hyper narrative, ainsi ce glissement de l’image aux mots apparaît quasiment évident. Avez-vous éprouvez, lors de l’écriture de votre roman, un processus similaire à celui de la fabrication d’une photographie ? Marc Kiska : Je me suis mis à photographier il y a une quinzaine d’années pour illustrer mes nouvelles. Ces textes étaient déjà très visuels...

Comment réinventer le cas zéro de sida en France

Que s'est-il passé dans la tête de Sarah Baruck pour décider de planter l'intrigue de son deuxième roman dans le service de Médecine Interne de l'Hôpital Saint Louis, en 1982, où le docteur Valensi va prendre en charge un malade atteint d'une pathologie encore inconnue. Hôpital Saint-Louis 1982 Tout commence donc par un cas incompréhensible et très inquiétant, un patient atteint de . symptômes incohérents et d’une gravité extrême. Laurent Valensi, médecin à l’hôpital Saint-Louis, ne sait comment soigner ce patient mis à l'écart par le Chef du Service… N'écoutant que son éthique professionnelle et humaine, Valensi va soigner clandestinement cet homme qui se révélera être le premier patient atteint du LAV, le premier nom donné au VIH. Déchiré entre sa famille qui veut le protéger d’une éventuelle contamination et un chef de service sans scrupule, il se lance dans une course contre la montre. En dépit de ses doutes, et face aux menaces qui pèsent chaque jour un peu plus sur lui, il va se battre...

Le beau livre #12, Outlandish /Room/ par Marc Kiska

David Lachapelle, Anthony Gayton, Justin Monroe, Simen Johan… autant de références et d’évocations qui si elles semblent évidentes de prime abord sont à évacuer assez vite, tant « l’écriture » photographique de Marc Kiska est singulière et personnelle. Dans son ouvrage « Outlandish /Room/ » le photographe semble vouloir se frayer un chemin, ce sera tortueux, boueux et brumeux, escarpé… au cœur de la ville ou dans des bois sombres, dans l’intimité d’une chambre exiguë ou bien perdus dans de vastes forêts oniriques, ses photographies sont comme des balises d’un parcours initiatiques au milieu des méandres et troubles adolescents. Dans des mises en scènes soignées, de réelles compositions plastiques, que l’on devine parfois empruntées aux grand maîtres de la Renaissance, les corps et les objets de Marc Kiska, naviguent entre ombres et illuminations, sont comme des offrandes déposées sur un autel. Des offrandes et même des sacrifices, que l’on imagine dans ces temples païens, des toits d’immeubles de villes anonymes, des maisons hitchcockiennes ou encore des lieux abandonnés...