De Manneville au Monde, un parcours extraordinaire

02De son enfance privilégiée dans une famille bourgeoise parisienne aux précieuses vacances dans cette maison de campagne à Manneville, en Normandie, qui deviendra son point d'ancrage, vers lequel il reviendra fidèlement pour se régénérer, on accompagne Brice au plus près. C'est ici qu'il rencontrera son premier ami qui se tuera dans un accident. Il partira alors poursuivre des études à Oxford, où il croisera celui qui deviendra son premier amant et l'amour de sa vie. Alex. Ce dernier décidera pourtant  par confort de rentrer dans le rang. Blessé, amputé, trahi, le narrateur se perd (ou se trouve) dans des escapades au bout du monde, où son métier d'apprenti journaliste l'emmène, afin de couvrir des crises politiques, écologiques...  ; il se confrontera à la réalité et à des rencontres singulières. Mais Alex, l'amant est toujours présent, réapparaît, disparaît à nouveau, mais il est toujours là ! Une écriture vibrante souvent lyrique, où l'emploi impérieux du présent créé une vraie proximité avec l'intrigue, signe ce premier roman très inspiré ! L'urgence de vivre tout jusqu'au bout du bout,...

Portrait d’une anti-famille héroïque

Pour beaucoup d'entre nous, les événements familiaux constituent des contraintes fort désagréables. Il n'est pas impossible du tout que suite à la lecture de ce livre, vous les envisagez avec une immense bienveillance ... Nous sommes le 31 décembre. Amalia organise comme chaque année le réveillon chez elle, dans son HLM de Barcelone. On découvre un personnage fantasque, atypique, décalé, qui est pourtant la mère de trois enfants pas plus équilibrés... Au fur et à mesure de ce réveillon inattendu de la Saint-Sylvestre, les invités débarquent, chacun avec son lot de névroses et ses surprises. Bonnes ou mauvaises, c'est selon. Le narrateur est le fils Fer (Fernando), un trentenaire homo, qui est en pleine remise en question. Entre légèreté et portrait sans concession des membres d'une famille décomposée mais dont la cohésion est forte, l'auteur nous tient en haleine entre rires et larmes. Quelle tendresse et quelle affection émane de cette famille en pleine révolution dont les conflits dissimulent un attachement profond. Tour à tour journaliste, traducteur et scénariste, puis écrivain, Alejandro Palomas...

Emmanuel Barrouyer, c’est quoi un artiste queer ?

Rencontre avec un défricheur que rien n'arrête. On peut s'égarer dans les nombreuses formes artistiques que tu proposes, alors dis-nous quelle est ta démarche ? Il est vrai qu’en France j’ai l’impression qu’on a toujours besoin d’entrer dans une case précise, au risque de perdre les gens. Moi, j’ai un besoin de créativité permanent, besoin qui n’est pas satisfait par mon métier de comédien. Je dirais que c’est une créativité en mouvement : je ne me pose pas de question, je ne me mets pas de limite, pas de cadre, j’essaye simplement d’exprimer quelque chose de sincère et les différents thèmes de mon travail sont les facettes d’une seule et même œuvre mais qui se multiplie, qui est transgenre, parce que justement je n’aime pas être dans une case. J’ai besoin de liberté. Je me sens bien dans cette créativité sans freins, sans censure (excepté sur les réseaux sociaux), en allant exactement à l’endroit où j’ai envie d’aller. Et si les gens se perdent tant mieux, cela veut dire...

Pour l’amour des Hommes

Ode au corps des hommes "les hommes pleurent à la salle de sport déclenchent le sèche-mains pour couvrir le bruit de leurs sanglots, leurs cœurs sont devenus trop lourds pour leurs torses, leurs torses sont devenus trop larges pour leurs tee-shirts, ils s’habillent comme des gamins qui auraient oublié d’apporter leur tenue pour l’entraînement" Vingt-cinq poèmes pour dire et raconter le corps des hommes, leurs désirs, leur jouissance et leur solitude. Andrew McMillan les observe dans leur intimité, en famille, en groupe,  ou encore dans des bars interlopes. Il les croque (au propre comme au figuré), avec justesse dans une langue parfois crue, souvent tendre, toujours amoureuse... Une bouleversante ode au corps masculin qui porte un regard poétique sur l’homme moderne, sa sexualité et sa quête du bonheur. Un skinhead peut cacher un poète ! Andrew McMillan, trentenaire britannique enseigne l'écriture à Manchester. Ce premier recueil de poèmes a été célébré et a reçu de nombreuses distinctions. Ne vous fiez pas à son look de skinhead british car il pourrait bien révéler la sensibilité...
Benoit Lapouge

La course au bonheur, histoire d’une vie gay de Benoît Lapouge

1967. J'ai tout juste quinze ans. Le mec, il traverse la rue, ni une ni deux il me saisit au col. Qu'est-ce que t'as à m'reluquer, espèce de pédé ! Et un coup de boule, un, pour arranger les choses. Ça commence fort. 2015. Tant d'images me reviennent. De Medhi, le tapin de la rue Saint-Anne, à Jean-Luc, coeur battant de ma vie, emporté par le sida ; leur histoire et la mienne s'entrechoquent. Avec en fil rouge une histoire gay. Histoire d'une émancipation, et de mille batailles. Je reviens de loin. « Je suis de ces générations qui ont fait émerger gays et lesbiennes comme personnages sociaux, non plus seulement confinés au champ clos des relations interpersonnelles qu’elles quelles soient, mais reconnus, enfin, politiques, réels, avec tout ce que cela a porté et portera encore d’innovations dans le champs social. » Et Benoît Lapouge, dans ce récit « de vie » nous raconte le parcours plus ou moins chaotique de sa Course au Bonheur. Comment peut-on écrire l’histoire d’une...

Un crime au palace

Qui était cet Oscar Dufrenne assassiné le 24 septembre 1933 dans son bureau du Palace, music-hall fort couru déjà à cette époque, maître des nuits parisiennes, amant, entre autres, de Jean Sablon, ami de Mistinguett, de Maurice Chavalier, Mayol, Joséphine Baker, Damia, etc., également directeur du Casino de Paris, du casino de Trouville, etc.; par ailleurs conseiller municipal du 10e arrondissement (radical-socialiste) et proche de l’ancien ministre de l’Intérieur Louis-Jean Malvy. Il est retrouvé mort, le crâne fracassé et le pantalon baissé. Un marin a été aperçu partant vite. Cette histoire, dont toute la presse, de Gringoire (Après un appel à « un coup de balai », Gringoire répondit : … De par notre législation, nos usages, nos mœurs mêmes, il n’y a qu’un plumeau.) à l’Humanité en passant par Détective, toujours présent, s’est emparée, fit beaucoup de bruit : des homos, des marins prostitués, des personnages politiques ! L’historienne Florence Tamagne, après de nombreuses recherches, nous fait vivement revivre une partie du Paris de cette époque, des...

J’irai danser à Orlando

Date : 12 juin 2016 Night-club : Pulse, Orlando en Floride, une bulle pour vivre, rire, aimer ou, selon Obama : une place of solidarité and empowerment. Nombre de morts : 49 garçons et filles, 200 balles dans leur corps Revendications du tueur, l’Autre : Mon nom est : je prête allégeance à Abou Bakr al-Baghadi de l’État islamique… Arrêter de bombarder la Syrie et l’Irak… L’Autre, Abou Salha, Afghan, heureux du 11 Septembre, homophobe au sens propre du terme. Quelques heures plus tard, Philippe Corbé, journaliste et correspondant de RTL aux États-Unis, part à Orlando. Comme une évocation du monde homo et de celui de la terreur, rappel de la saloperie de certains commentaires : Vous êtes tristes que cinquante pédophiles aient été tués aujourd’hui ?.… La Terre est un peu plus belle maintenant. Je prie Dieu pour que Dieu finisse le travail que cet homme a commencé. Dixit pasteur Donnie Romero à Fort Worth au Texas. Une suite de faits, de réflexions, le mélanges de souvenirs de jeunesse,...

Portraits de Grindr : « pour vrai mec, look hétéro »

La masculinité à travers la virilité Parmi les gays, qui n'a pas été embarqué dans la grande lessiveuse Grindr ? Avant tout, un grand jeu aux codes précis et immuable, qu'on a tôt fait de réaliser, souvent à nos dépens. Marc Jahjah fait une analyse intéressante de la question de la virilité sur les applis de rencontres gays. Alors, vous y retrouvez-vous ? Dans les échanges ou sur les profils, la question de la virilité est obsédante : c'est comme si la masculinité ne pouvait avoir qu'une forme (virile). Question sans interrogation possible : comme l'objectif supposé ("on n'est pas là pour discuter"), elle a été soustraite au débat public. L'évoquer conduit à une tautologie ("ben un vrai mec c'est un mec mec quoi, look hétéro") ou au rappel du fonctionnement implicite du dispositif ("pas là pour philosopher")... La suite est à lire sur le blog de Marc Jahjah

C’est un beau roman, c’est une belle histoire !

Call me by your name, le meilleur film de l'année Dans quelques jours, vous risquez d'être assailli par les promos, infos, photos, et vidéos, dédiés à la sortie du film Call me by your name, réalisé par Luca Guadagnino, dont la bande annonce envahit déjà les réseaux sociaux. Cette super production présentée au Festival de Sundance, à Berlin a remporte le Grand Prix du Festival Chéries-Chéris 2017. C'est pour le journal anglais The Guardian le meilleur film de l'année 2017 ! Rien que ca ! Il faut dire que les deux acteurs principaux sont craquants... https://youtu.be/HKLbnoPdTyg Un roman inoubliable paru en 2007 Mais bien avant que le film fasse le buzz, il y eut un roman américain de André Aciman, édité en 2007 par les éditions de l'Olivier sous le titre Plus tard ou jamais ! Ça a été pour moi comme pour beaucoup de lecteurs, un vrai coup de cœur. L'histoire se déroule en Italie, au bord de la mer dans une époque indéfinie (mais qui n'est pas la...