Noémie Renard veut « En finir avec la culture du viol »

Pour quatre Français sur dix, la responsabilité d’un violeur est « moindre si la victime se montre aguichante » – que recouvre ce terme ? c’est variable et contestable à l’infini ! – et « pour deux sur dix, un "non" veut souvent dire un "oui" ». Une sorte de distinction morale, en somme, entre le « vrai » viol et le viol « cool ». N’a-t-on d’ailleurs pas lu dans les médias, au moment de l’affaire Dominique Strauss-Kahn : « Il n’y a pas mort d’homme » ; c’est « un troussage de domestique ». Ou encore : « Un viol, c’est avec un couteau ou un pistolet. » De façon consciente ou non, la « culture du viol » est intégrée dans nos schémas de pensées, conditionnant nos jugements et érigeant en « véritable système » des mécanismes pourtant totalement erronés voire d’une injustice horrifiante. « Banalisation » des violences sexuelles, « stéréotypes de genre, impunité des agresseurs, culpabilisation des victimes » :...

Jacques de Bascher, dandy de l’ombre

Vénéneux, hypnotique, addictif, stupéfiant, empoisonnant, dandy morbide… c’est presque immanquablement que s’impose le champ lexical des drogues et du ravage lorsque l’on évoque Jacques de Bascher. Ange ou démon ? Ses aléas et turpitudes, valaient bien une biographie, riche de documents et de témoignages, la journaliste Marie Ottavi, livre le récit d’une vie, que nombre de romanciers auraient aimé imaginer, dans les paroles de ceux qui l’ont aimé ou détesté, c’est aussi le portrait de toute cette période à part, du Paris nocturne et sans limite des années 80. D’ascensions fulgurantes, en chute vertigineuse, croiser Jacques de Bascher, même sur le papier, c’est frôler l’insolence et la décadence, c’est tutoyer les plus grands, c’est brosser le portrait de toute une époque, des bas fonds et de ce que brille, de toute une nuée de célébrités, héritières, fils et filles de, noblesse désargentée, artistes et bien sûr les deux légendes que sont Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld, c’est d’ailleurs autour de ce dernier que s’articulera...

Une women story devenue success story grâce aux réseaux sociaux

Dans ses « remerciements » qui précèdent le texte de son roman, Stéphanie Vidonne indique : « Merci… à vous lecteurs, sans qui ce projet littéraire n’existerait pas ». D’abord parue en feuilleton sur son site Internet (http://www.mavieenlila.com), l’histoire a très vite capté bon nombre de personnes, pour atteindre les 2000, ce qui a évidemment encouragé Stéphanie à prévoir une édition « papier » de son livre. Alors de quoi s’agit-il ? De deux femmes qui se cherchent – c’est le cas de le dire puisque l’une d’elles est aveugle, mais l’on constatera que le livre fait voler en éclats tous nos a priori de « voyants » sur ce sujet ! –, l’une étant bisexuelle et l’autre pas. Celle qui « voit » le mieux sur le plan des pétillements du désir n’est bien sûr pas celle que l’on croit, et même si le « je » qui s’exprime ne revendique aucune homosexualité, la révélation vécue, à la fois psychologique et physique, prête à...

Mes regrets sont des remords, Frédéric Mitterrand

Le regret consiste dans le sentiment de quelque perte ; le repentir, dans celui d’une faute ; le remords, dans celui d’un crime, et la crainte du châtiment. La Bruyère Et d’aucuns ont pu affirmer que dire du mal de soi, c’était montrer que l’on est toujours là… Frédéric Mitterrand semble être atteint de ce syndrome qui a très bonne presse dans le milieu homo : le syndrome de Saint-Sébastien, à la seule différence que c’est lui-même qui bande l’arc et s’envoie les flèches… Journal, carnet mondain ? Pourquoi ? Cela commence comme cela finit, par deux exemples impossibles, deux fausses frontières et, entre, dix-sept chapitres. 11 novembre 1944, Joseph Wende, jeune allemand de 18 ans, espion, est fusillé à Toul par les Américains… Je serais tombé immédiatement amoureux de lui si je l’avais connu, je l’aurais soustrait à sa dérive criminelle… Et oui ! il était beau écrit un Frédéric Mitterrand qui se prend pour le Jean Genet du Condamné à mort : On peut se demander pourquoi...

Ouverture du Roffi Blog !

C'est avec un très grand plaisir que nous vous informons de l’ouverture du blog de Martine Roffinella, l'une de nos contributrices régulières dont les interviews ravissent ses lectrices et lecteurs depuis plusieurs mois déjà. Nous continuerons ici à publier ses articles exclusifs pour Genres et nous vous informerons régulièrement de la vie de son blog. Martine nous en dit plus sur ce beau projet, et nous parle de ses contributions à venir : Martine : Ce site-blog a pour vocation d’être animé par des lectures d’ouvrages et/ou des interviews d’écrivain.e.s qui trouveront là un espace libre et original pour expliquer leur travail. Le blog venant d’ouvrir, il reprend pour le moment des lectures et interviews que j’ai déjà publiées - mais je peux d’ores et déjà annoncer que dans quelque temps, j’aurai le plaisir d’y accueillir l’écrivain Roland Brival, pour son dernier roman : Les fleurs rouges du flamboyant (Le Mercure de France). Une chronique est également en préparation sur le remarquable ouvrage de l’écrivaine Annie Dillard...

Richie : de l’ENA à Sciences Po, un haut fonctionnaire peut cacher un garçon...

Grand bourgeois, militant et fêtard Fils d'une famille bourgeoise, rien ne semblait prédestiner ce bon élève à une trajectoire singulière, entre ombre et lumière. Tout d'abord, un parcours militant au sein de l'association Aides dans les années 80, lors de sa création. Richie y côtoiera le gratin homo qui fréquente le Palace et les Bains-Douches la nuit et occupent les fonctions les plus honorifiques de l'administration le jour. Le social à Sciences-Po Parce qu'il est ambitieux et doué, Richard Decoing, surnommé Richie, devient le Directeur de Sciences Po, la célèbre école de la rue Saint-Guillaume. Son fait d'armes, qui semblerait attester de son sens des réalités, d'une fibre sociale et humaniste, sera de mettre en place les fameuses équivalences destinées à ouvrir les portes de l'Ecole aux jeunes des banlieues défavorisées... Il se battra pour cette véritable révolution. On apprend aussi sa relation avec Guillaume Pépy, le patron de la SNCF qui du coup, est « outé ». L'ombre, c'est ce mal-être profond lié à son orientation sexuelle ? (l'explication semble facile) qui...

Corpo Elétrico : le courant passe

Présenté dans de nombreux festivals internationaux et récompensé par plusieurs prix, Corpo Elétrico, le film du réalisateur brésilien Marcelo Gaétano suit les pérégrinations amoureuse du bel Elias... Mais attention, tout n'est pas rose dans la vie de notre héros et l'intrigue s'attache à dresser un portrait très réaliste de la condition des gays au pays de la Samba. Extrait de l'interview que le réalisateur a donnée pour le dossier de presse. "Corps électriques est un film de boudoir : dans chaque lit où Elias se couche s’ouvre un nouvel univers. Des corps s’embrassent et se caressent, des amants racontent leurs rencontres, leurs aventures sexuelles, leurs rêves. Ma volonté était de mettre en scène l’amour vécu par Elias comme quelque chose qui se répète et tourne en boucle. Il s’agit plus d’une sorte d’affection que de romantisme. Il enchaîne les rencontres d’un soir déjà oubliées à peine consommées. Elias aime de façon légère, presque anarchique. Il a 23 ans et est ouvertement gay. Il est originaire du...

Désorientale de Négar Djavadi

Un livre qui nous rend content-e-s d’avoir appris à lire ! Comme le jaillissement des profondeurs de l’obscurité, de la connerie, de la dictature, de l’intégrisme religieux… La vie tout à coup surgit dans la joie des mots et des phrases. Quel style ! Une vie, certes, et quelle vie ! Née en Iran, scolarisée au lycée français de Téhéran, Négar Djavadi est obligée de « fuir » son pays à pieds et à cheval avec sa mère et ses deux sœurs, le père est déjà exilé. La famille n’aime pas le nouveau fascisme – Révolution islamique, 1979, seconde invasion arabe – pas plus que le précédent – celui de Reza Pahlavi, le Shah – et cette haine est réciproque ! Après des études de cinéma en Belgique, des œuvres de cinéastes et des prix, puis des scenari, elle écrit son premier livre. Elle a 47 ans, et son livre déjà trois prix ! Elle a toujours écrit pour le cinéma, la télévision, des pièces de théâtre, aussi. Désorientale...

I am not a witch, de Rungano Nyoni

Rungano Nyoni est une réalisatrice zambienne, exilée au Pays de Galles à l’âge de neuf ans. Depuis, son court-métrage Listen a été nommé aux Oscars, et son premier long-métrage de fiction I am Not A Witch, sélectionné pour la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2017. Shula, le personnage principal, zambienne, est âgée de neuf ans elle aussi. Comme une métaphore du propre parcours de la réalisatrice, Shula est accusée de sorcellerie car une jeune femme tombe avec son pot à eau, pendant que la petite fille la fixe du regard. Les yeux comme la caméra, dans un pays où les femmes réalisatrices doivent peiner à exister, dans un monde où le machisme persiste encore comme ailleurs. Shula est orpheline et taciturne. Elle se retrouve jugée par le village, tribunal présidé par une sorte de policière, puis enfermée dans un camp… de sorcières. Mais le film, s’il dénonce bien évidemment en filigrane ce traitement inhumain, ressemble plus à une fable subtile qu’à une...