C’est moi, c’est d’elle : Marion Guillot

C’est Marie, ma libraire préférée (de chez Charlemagne, à Hyères, dans le Var), qui a attiré mon attention sur C’est moi, surprenant, drôlissime et très astucieux roman d’une auteure que je ne connaissais pas : Marion Guillot. Les oiseaux de mauvais augure annonçant depuis quelques lustres la mort du roman en tant que genre peuvent revoir leur sinistre prédiction ! Ici nous avons du neuf, du frais, du délicieusement cruel – tout pour être extrait de ce monde-ci et plongé dans ce monde-là, empruntant ce qu’il faut au réel pour le sublimer et le récréer sous la bannière fiction, dont on sait la réussite lorsqu’elle touche à l’universel. « Charlin est mort hier. » Le lecteur est informé que « dans le fond », Charles-Valentin, dit Charlin, « devait être quelqu’un de sympathique ». Tout de suite la puce nous est mise à l’oreille, d’autant que pour les obsèques de ce Charlin, il n’y aura « pas de messe ni d’encens, pas de prêtre en chasuble mauve ». On a beau nous expliquer que ça n’a...

Hervé Joseph Lebrun : le porno gay seventies dans le coeur

Bonjour Hervé Joseph, tu es "conseiller historique" du film de Yann Gonzalez, « Un couteau dans le cœur », dont l'intrigue se passe dans le milieu du porno gay de la fin des années 70. Comment es-tu arrivé sur ce projet et comment cela s'est-il passé ? À l’occasion de la sortie du « Dictionnaire des films érotiques et pornographiques français en 16 et 35 mm », dictionnaire sous la direction de Christophe Bier pour lequel j'étais un des contributeurs et superviseur des films homos, une soirée spéciale, « La Nuit de la grande chaleur », a été organisée à La Cinémathèque française le 11 juin 2011. Trois films étaient programmés dont « Maléfices pornos » (Éric de Winter, 1978) produit par Anne-Marie Tensi (AMT). Yann Gonzalez était présent et, de cette soirée, est née l'idée de réaliser un film autour d'Anne-Marie Tensi. J'étais en train de réaliser le film documentaire « Mondo Homo: A Study of French Gay Porn in the '70s » (2014) où un...

Le beau livre #12, Outlandish /Room/ par Marc Kiska

David Lachapelle, Anthony Gayton, Justin Monroe, Simen Johan… autant de références et d’évocations qui si elles semblent évidentes de prime abord sont à évacuer assez vite, tant « l’écriture » photographique de Marc Kiska est singulière et personnelle. Dans son ouvrage « Outlandish /Room/ » le photographe semble vouloir se frayer un chemin, ce sera tortueux, boueux et brumeux, escarpé… au cœur de la ville ou dans des bois sombres, dans l’intimité d’une chambre exiguë ou bien perdus dans de vastes forêts oniriques, ses photographies sont comme des balises d’un parcours initiatiques au milieu des méandres et troubles adolescents. Dans des mises en scènes soignées, de réelles compositions plastiques, que l’on devine parfois empruntées aux grand maîtres de la Renaissance, les corps et les objets de Marc Kiska, naviguent entre ombres et illuminations, sont comme des offrandes déposées sur un autel. Des offrandes et même des sacrifices, que l’on imagine dans ces temples païens, des toits d’immeubles de villes anonymes, des maisons hitchcockiennes ou encore des lieux abandonnés...

Mademoiselle Belle, Truman Capote

« Melle Carter expliquait la notion d’excentricité en algèbre depuis maintenant presque vingt minutes. Sally leva la tête d’un air dégoûté, l’aiguille de la salle de classe avançait à la vitesse d’un escargot, encore vingt-cinq minutes, et ensuite la liberté » Au commencement du monde in Mademoiselle Belle, Truman Capote. Il est des ouvrages dont l’existence même constitue en soi déjà un récit, le petit livre réunissant quatorze nouvelles de Truman Streckfus Persons, celui qui ne signe pas encore Truman Capote, fait partie de ceux-là. Cet ensemble de textes inédit a été retrouvé dans les archives de la New-York Public Library en 2013, et publié en 2015 sous le titre de The Early Stories of Truman Capote, elles ont été écrites lorsque l’auteur n’avait qu’entre 15 et 19 ans, et sont comme le témoignage de la précocité de son talent, comme les prémices d’une œuvre à la sagacité et à la férocité cynique de celui qui fut un personnage emblématique de la littérature américaine et incontournable...

Les bonnes mauvaises rencontres de Josyane Savigneau

CE QUI ME PLAÎT, C’EST LA SINGULARITÉ. LA DÉCOUVRIR ET TENTER DE LA DIRE, DE LA FAIRE PARTAGER. J’AIME TOUS CEUX QUI ONT UNE CERTAINE FOLIE, AFFICHENT LEUR NARCISSISME, LEUR MÉGALOMANIE S’il existe une façon de lever partiellement le voile sur qui « habite » vraiment, au-delà des clichés et autres cancans germanopratins, l’emblématique signature « Jo. S. », c’est dans La passion des écrivains que le lecteur curieux la découvrira ! Muni de ses bons yeux gourmands il récoltera ainsi, rencontre après rencontre et telles de délicates mises en bouche offertes à chaque page, les subtils indices d’une sensibilité inouïe. Icône pour certains, météorite pour d’autres, Josyane Savigneau, responsable du célèbre « Monde des Livres » entre 1991 et 2005, dont les « papiers » étaient guettés (dans la joie ou dans la crainte) par tous les acteurs de la sphère littéraire (et pas seulement !), nous partage ici une série de portraits uniques. Nous voici les invités – et non les voyeurs –...

Chvës ne joue pas la comédie

Chvës : art-thérapeute, comédien et photographe Kevin démarre la photo en 2012. Il a fait des études de dramathérapie, en lien avec sa pratique de comédien. La photographie, plus intime, évoque sa perception du monde et des autres. Il constate qu’il se représente les autres d’une manière personnelle, pas forcément partagée par l’entourage, voire même des personnes elles-mêmes, sa vision comme une fenêtre sur une autre réalité perçue. Son travail offre une perspective mise en scène ; au centre la personne dont il fait le portrait. La mise en scène est l’évocation de son regard intérieur, singulier, mêlé à la personnalité impliquée du sujet photographié. Avant de vous présenter les photos qui ont fait l’objet de l’exposition en lien avec le projet Phèdre/Salope, je vais vous dévoiler un aperçu du parcours de Kevin Dez en tant que Chvës. Une photo aux souvenirs pluriels Une première photographie fut publiée dans le cadre du concours Souvenirs. Les enfants de la démesure. Titrée F#5. Françoise (comédienne de la cie MKCD), en premier plan devant...
vieille télé

Séries américaines, personnages LGBT, stéréotypes – Partie IV : et le cinéma dans tout...

Et au cinéma alors ? Cependant, cette victoire ne doit pas masquer un fait incontestable : le cinéma est en retard pour ce qui est de la représentation de personnages LGBT. Ou plutôt, Hollywood est en retard. Comme pour les séries, depuis 4 ans GLAAD regarde les films produits par les plus grands studios et par leurs filiales qui s’occupent plutôt des films étrangers et indépendants. Les résultats sont plutôt sans appel, et tranchent nettement avec les résultats enregistrés pour les séries. Sur les 126 films analysés en tout et sortis en 2015, 17,5% contenaient des personnages identifiés comme LGBT (très proche des résultats de 2014). Voici le détail des chiffres, (le rapport entier est disponible ici) : Studios Nombre de films sortis en 2015 Nombre de films qui contiennent une apparition d’un ou plusieurs personnages LGBT Résultat en pourcentage Nombre de films qui passent le test de Vito Russo 20th Century Fox 17 2 12% 1 Lionsgate Entertainment 24 8 33% 3 Paramount Pictures 12 0 0 0 Sony Columbia Pictures 16 3 19% 1 Universal Pictures   21 4 19% 2 The Walt Disney Studios   11 0 0 0 Warner Brothers 25 5 20% 1   Filiale de studio Nombre de films sortis en 2015 Nombre de films qui contiennent une...

Le beau livre #4, Undressed, Mario Testino

Dernier projet éditorial de l’éditeur Taschen et du photographe de mode Mario Testino, Undressed, invite à l’effeuillage, cet ouvrage se propose de dresser un panorama des photos de nus les plus marquantes du photographe Mario Testino, adepte d’une esthétique léchée et sensuelle ou juste là lorsqu’il s’agit de capturer ces moments aussi torrides qu’éphémères. les photos de Testino font se côtoyer les mannequins les plus en vues, et des anonymes, des filles parfaites et des garçons androgynes, ou peut-être est-ce l’inverse… Réunissant une cinquantaine de photographies, certains clichés issus des archives du studio du photographe sont ici publiés pour la première fois. Figure incontournable des années porno chic, période Tom Ford chez Gucci, il est régulièrement plébiscité pour les séries mode de magazines prestigieux, ou de sulfureuses et luxueuses campagnes de publicité. Un entretien accordé à l’ancienne et emblématique rédactrice du Vogue Paris et créatrice du CR Fashion Book, Carine Roitfeld, éclaire sur les volontés esthétiques du travail du photographe. Images au luxe décomplexé,...
Christophe Madrolle

Festival des Cultures LGBT : « passer partout et laisser une trace »

Bonjour Christophe, peux-tu te présenter en quelques mots... Je m’appelle Christophe Madrolle, je suis auteur, compositeur et interprète. J’ai été le premier artiste français à revendiquer ma pansexualité en 2012. Je viens de sortir mon premier album studio WE ARE THE LOVE. Je suis depuis peu membre du conseil d’administration de l’association Bi’Cause qui est une association culturelle et militante pour la visibilité bisexuelle. Votre travail, vos œuvres : peux-tu nous en dire plus sur ta démarche ? Je n’ai pas toujours été impliqué dans la communauté LGBT. Je n’en ressentais pas le besoin jusqu’au jour où j’ai été interviewé sur ma pansexualité. Ce qui a suscité des réactions assez virulentes de la part de lecteurs LGBTphobes. C’était avant l’épisode du mariage pour tous. Depuis je suis devenu défenseur pour l’égalité des droits et contre les discriminations. Ceci a joué un rôle important dans mes créations, aussi plusieurs de mes chansons traitent spécifiquement de ce sujet. J’ai eu aussi envie de composer la chanson du Refuge « Grandir en paix...