Chéries-Chéris va faire battre vos cœurs plus fort

Cyril Legann, président du festival nous présente cette édition avec enthousiasme. Il y a de quoi ! Hommage à Act Up Hugues Demeusy : Pourquoi faut-il aller au festival cette année ? Cyril Legann : Bien sûr il est fortement conseillé d'y aller tous les ans, mais il me semble que cette année, il s’est vraiment passé quelque chose qui a redonné goût aux gens de militer avec « 120 battements par minute ». On a pu se rappeler que le cinéma avait ce pouvoir de changer les lignes. On sent que le public a un appétit de voir des films sur ce sujet et prolonger le travail de mémoire entamé par le film de Robin Campilo. C’est pourquoi le festival proposera une programmation spéciale en hommage à Act Up qui revient sur le combat des années SIDA avec des documentaires d’archives passionnants. Mais aussi des films plus récents qui dressent un état des lieux actuel. Romantique Italie S’il n’y avait qu’un film à voir ? Difficile de choisir, c’est...

Tout ce qui est à toi… de Sandra Scoppettone

L’autrice Sandra Scoppettone est née dans le New Jersey en 1936. Elle publie ses premiers romans policiers sous le pseudonyme de Jack Early, mais révèle finalement sa véritable identité lorsque sa série de romans policiers ayant pour héroïne Lauren Laurano, une détective privée lesbienne vivant à New York, rencontre le succès. Elle fait son coming out en 1970 et vit à Long Island avec sa compagne. Le roman Tout ce qui est à toi est construit comme un roman policier. Le travail de détective de Lauren y est décrit avec soin, tout comme la progression de son enquête. Les morts, les fausses pistes (parfois un peu trop nombreuses) et les révélations se succèdent avec un bon rythme qui permet au suspense de se maintenir, sans pour autant tomber dans l’exagération. Dès les premières pages de l’histoire, nous nous retrouvons plongé-e-s dans le début des années 1990, avec des cabines téléphoniques à chaque coin de rue et le démarrage d’Internet et de ses dangers. Pour autant, les violences...
vieille télé

Séries américaines, personnages LGBT, stéréotypes – Partie II : le classement de GLAAD

Suite de l'article publié en décembre 2016 GLAAD GLAAD (Gay & Lesbian Association Against Defamation) est une association américaine qui existe depuis 1985. Elle a été créée par un groupe de journalistes et écrivain.e.s suite à la façon dont la crise du VIH et du SIDA était traitée par les médias. Je n’ai pas le temps d’entrer dans le détail de ce qu’a fait GLAAD pendant toutes ces années, mais vous trouverez une super chronologie ici. GLAAD se concentre toujours aujourd’hui sur les médias, pour augmenter la représentation des personnes LGBTQ et améliorer la qualité de cette représentation. Cette association veille à ce que les journalistes n’emploient pas les mauvais mots pour parler des personnes LGBTQ (par exemple, ne pas dire qu’être gay est un « choix » ou un « mode de vie »). GLAAD met à disposition des journalistes des guides de mots à utiliser ou à bannir. Elle veille également à ce que la fiction (télévisuelle mais aussi cinématographique) inclue des personnages LGBTQ (GLAAD a retenu cette terminologie), mais...

Noémie Renard veut « En finir avec la culture du viol »

Pour quatre Français sur dix, la responsabilité d’un violeur est « moindre si la victime se montre aguichante » – que recouvre ce terme ? c’est variable et contestable à l’infini ! – et « pour deux sur dix, un "non" veut souvent dire un "oui" ». Une sorte de distinction morale, en somme, entre le « vrai » viol et le viol « cool ». N’a-t-on d’ailleurs pas lu dans les médias, au moment de l’affaire Dominique Strauss-Kahn : « Il n’y a pas mort d’homme » ; c’est « un troussage de domestique ». Ou encore : « Un viol, c’est avec un couteau ou un pistolet. » De façon consciente ou non, la « culture du viol » est intégrée dans nos schémas de pensées, conditionnant nos jugements et érigeant en « véritable système » des mécanismes pourtant totalement erronés voire d’une injustice horrifiante. « Banalisation » des violences sexuelles, « stéréotypes de genre, impunité des agresseurs, culpabilisation des victimes » :...

Le beau livre #8, Fenster zum Klo, Toilettes publiques, affaires privées

Lorsqu’un jour l’on voudra dresser l’état des lieux du bon et du mauvais goût, du propre et du sale, du bien et du mal, et tout comme l’on s'attardera évidemment aux multiples interprétations de Fontaine de Marcel Duchamp, le ready-made urinoir qui cette année a 100 ans, il ne faudra surtout pas oublier de passer aussi par le petit coin, de visiter le petit cabinet des obsessions de Marc Martin… toujours prompt à tordre les regards, à faire dévier les idées vers d’inexplorés territoires. Dans cette approche qui souvent oscille entre caresse et audace, dans des images qui toujours nous tentent autant qu’elles nous forcent, le photographe pour ce nouveau projet, un ouvrage qui accompagne une exposition à Berlin au Schwules Museum, s’intéresse aux toilettes publiques, lieu de fantasmes et de réalité, public et privé, là où se confond le besoin et l’interdit, sur des murs où s’inscrit l’obscène et le désir à coup de marqueur maladroit. Là où s’est joué et noué, un...

Wishart, la trajectoire exceptionnelle d’un enfant du 20ème siècle

Une traduction très attendue ! L'autobiographie de Wishart est parue en 1977, en langue anglaise. Il aura fallu attendre presque 40 ans pour qu’elle soit enfin traduite en français et pour qu’un éditeur prenne le risque de la publier ! Si le nom de ce peintre ne vous dit rien, ne vous détournez pas de cette autobiographie précieuse à plus d'un titre. Si ses toiles ne sont pas connues du grand-public, ce n’est pas son œuvre que l’on appréciera ici, mais le parcours d’un homme exceptionnel qui mena une vie extraordinaire, en se frottant à ce que le 20ème siècle a produit de mieux. Peintre obsessionnel Né en Angleterre dans les années 20, enfant éveillé et précoce, il atteint très rapidement la maturité artistique et peint de façon presque obsessionnelle. Parallèlement, parce qu’il baigne dans un milieu cosmopolite, il voyage dans les capitales européennes. Il s’installe à Paris, après Londres, pour suivre les cours d’une Ecole d’Art. Il prend conscience très rapidement de son ambivalence sexuelle et collectionne amants et maîtresses, tout...

« Féminin Masculin », la double identité de Zoé Weng Yu Tong (翁語彤)

Cela fait plaisir d’apprendre que Zoé Weng Yu Tong (翁語彤), une jeune artiste taïwanaise va présenter une exposition à Paris, d’autant plus que c’est une artiste qui se dit « genre fluide » et qui explore le thème de l’identité et l’expression de genre, ainsi que de leurs rapports avec les espaces urbains et les cultures qu’ils portent. Née en 1989, Zoé a une maîtrise en cinéma de la National Taiwan University of Arts (國立臺灣藝術大學). L’exposition s’appelle « Féminin Masculin ». Selon You Ren, le coordinateur de l’exposition, l’œuvre est réalisé dans la ville de Taïpei et Paris sur une base de « théorie queer ». Zoé a travaillé avec les photographes dans ces deux villes. Ces images montrent que l’identité de genre de Zoé change selon la ville dans laquelle elle vit. Ce projet est le fruit d’un parcours initiatique de ses recherches des liens entre la culture, la société et son identité de sexe. L’exposition aura aussi lieu prochainement à Taïpei. Je suis heureuse...

Nobody’s watching : rêves et déboires d’un acteur argentin à New-York

Nico est un comédien argentin tout juste installé à New York. Dans l’attente de trouver un rôle, il enchaîne les petits boulots pour s’en sortir. Sa vie affective et sociale s’en trouve bouleversée. Quand un ancien amant lui rend visite, tout vacille, l’obligeant à se confronter aux raisons de son exil... Epicentre Films : Quelle est la genèse du film ? Julia Solomonoff : C’est un film qui m’est très personnel. Je suis arrivée à New York il y a vingt ans. Je suis restée sept ans aux Etats-Unis, avant de rentrer en Argentine où j’ai fait deux enfants et deux films. Je suis revenue quelques années plus tard pour enseigner le cinéma. Je voulais raconter cette expérience personnelle, parler du sentiment d’appartenance à une culture et du désir de se réinventer. Pourquoi vous êtes-vous installée à New York ? J’étais venue dans cette ville pour des raisons professionnelles mais des questionnements personnels plus profonds m’avaient amenée à quitter l’Argentine. C’était une fuite de nature émotionnelle. Il ne s’agissait pas...

Claudius Pan : l’art pour territoire

Peux tu tracer pour nos lecteurs en quelques phrases ton parcours atypique ? J'ai squatté assez tôt les scènes de théâtre, vers onze ans. J’ai suivi une formation à Lyon, avant de monter une compagnie avec trois autres ami(e)s « Les Représentantes », puis de tout quitter, pour des raisons personnelles, et partir vivre dans une communauté d’artistes, aux USA. Je suis resté là-bas deux ans, avant de suivre les Train Hoppers ( ceux qui vivent illégalement sur les trains marchands ) dans leurs aventures. J’ai alors vagabondé sur ces terres marginales pendant trois années de plus, passant par l’Inde, la Roumanie, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle Calédonie etc Je désirais une vie romanesque, je voulais insuffler ma voix et mon corps pour les rendre outils d’une parole d’artiste. Durant ces années j’ai écrit, composé de la musique, peiint, performé, réalisé des films… Chaque instant était prompt à se transformer en oeuvre, en partage collectif. Toujours dans le but de soigner, guider le monde, comme un rituel, un sortilège. Mon corps...