Yves Saint Laurent 10 ans après

Ouvrons tout d'abord la biographie "officielle" du Grand-Couturier, la version définitive de celle qui, peut se targuer du titre de biographe en chef du Maître : Laurence Bénaïm. Déjà édité à plusieurs reprises, ce pavé de presque 700 pages est la référence ultime pour découvrir Saint Laurent, suivre sa carrière... ses amours, ses amitiés... bref pour être incollable sur tout l'univers Saint-Laurent. C'est aussi le portrait d'une époque qui couvrent plusieurs décennies, marquées par de profonds bouleversements économiques, sociologiques et dans les mœurs, qu'accompagne voir anticipe les collections haute-couture, le prêt à porter, les parfums, les produits dérivés Yves Saint Laurent. Souvent précurseur, souvent copié, le style Saint Laurent se conjugue à une existence douloureuse, à une personnalité complexe, autodestructrice, qui est largement évoquée par l'auteur. Laurence Benaïm compose une biographie exhaustive, abordable, pointue certes mais pas du tout réservée aux modeux, qui pourrait se dévorer comme un polar, même si son poids est parfois un handicap pour la lecture dans le métro ! (c'est...

Une women story devenue success story grâce aux réseaux sociaux

Dans ses « remerciements » qui précèdent le texte de son roman, Stéphanie Vidonne indique : « Merci… à vous lecteurs, sans qui ce projet littéraire n’existerait pas ». D’abord parue en feuilleton sur son site Internet (http://www.mavieenlila.com), l’histoire a très vite capté bon nombre de personnes, pour atteindre les 2000, ce qui a évidemment encouragé Stéphanie à prévoir une édition « papier » de son livre. Alors de quoi s’agit-il ? De deux femmes qui se cherchent – c’est le cas de le dire puisque l’une d’elles est aveugle, mais l’on constatera que le livre fait voler en éclats tous nos a priori de « voyants » sur ce sujet ! –, l’une étant bisexuelle et l’autre pas. Celle qui « voit » le mieux sur le plan des pétillements du désir n’est bien sûr pas celle que l’on croit, et même si le « je » qui s’exprime ne revendique aucune homosexualité, la révélation vécue, à la fois psychologique et physique, prête à...

Emmanuel Barrouyer, c’est quoi un artiste queer ?

Rencontre avec un défricheur que rien n'arrête. On peut s'égarer dans les nombreuses formes artistiques que tu proposes, alors dis-nous quelle est ta démarche ? Il est vrai qu’en France j’ai l’impression qu’on a toujours besoin d’entrer dans une case précise, au risque de perdre les gens. Moi, j’ai un besoin de créativité permanent, besoin qui n’est pas satisfait par mon métier de comédien. Je dirais que c’est une créativité en mouvement : je ne me pose pas de question, je ne me mets pas de limite, pas de cadre, j’essaye simplement d’exprimer quelque chose de sincère et les différents thèmes de mon travail sont les facettes d’une seule et même œuvre mais qui se multiplie, qui est transgenre, parce que justement je n’aime pas être dans une case. J’ai besoin de liberté. Je me sens bien dans cette créativité sans freins, sans censure (excepté sur les réseaux sociaux), en allant exactement à l’endroit où j’ai envie d’aller. Et si les gens se perdent tant mieux, cela veut dire...

Sous la loi du Karma X de Sandrine Rotil-Tiefenbach

Sandrine Rotil-Tiefenbach publie Karma X aux éditions Sulliver, dans la collection Littératures actuelles. André Bonmort y est aux commandes (http://www.sulliver.com), capitaine courageux et véritable dénicheur d’écritures singulières « à l’écart des codes et des modes » (de moi il a publié État d’un lieu désert et Rien entre nous, à un moment où presque tout le monde m’avait oubliée !). Son catalogue foisonne de pépites et/ou de diamants purs – comme c’est ici le cas, avec cet étincelant Karma X. Au commencement, il y a Arthur. Un « chauve à lunettes ». Alors que la narratrice aime « les hommes qui ont des cheveux ». « Les chauves à lunettes », c’est tout ce qu’elle « déteste ». De plus, Arthur a les yeux bleus, « petits et rondelets ». Alors qu’elle, elle « aime les grands yeux noirs, les amandes fournies, veloutées, avec des miroirs magiques dedans, du magnétisme », qui « savent comment il faut faire pour envelopper ». Alors que s’est-il passé...

Un bus anti-théorie du genre quadrille l’Île-de-France

A lire sur le site des Inrocks Retrouvez le travail et l'humour de Nawak au quotidien sur son blog.

Du cul, du cul, du cul (une rentrée littéraire LGBT)

Mais GENRES étant une publication honorable, j’ai décidé de parler de littérature à nos lecteurs et lectrices, et de surfer sur le marronnier du moment, la rentrée littéraire. Ça tombe bien. Dans ses 40 incontournables, les Inrocks proposait cette année pas moins de trois romans LGBT. Vous saurez donc tout (ou au moins l’essentiel) sur Amours sur mesure (Mathieu BERMANN), Les Parisiens (Olivier PY) ou L’Innocent (Christophe DONNER), sans même avoir osé le demander ! Amours (dans la) démesure Commençons par ceux qui font leur toute première rentrée. Mathieu BERMAN, 30 ans pile poil au compteur, sort son tout premier roman, Amours sur mesure, aux éditions P.O.L. Un roman assez court, très générationnel, à la première personne. Le narrateur a lui aussi une trentaine d’années. Le personnage principal aime coucher avec d’autres hommes. Et sa compagne aussi est libre d’aller avec qui elle veut, quand elle veut. Bien dans ses baskets, il vit à Paris, est en couple depuis plusieurs années avec Lisa. Un couple libre, qui vit une sexualité...

L’artiste Marc Martin fait du vestiaire un lieu de cul(te)

Aujourd'hui Marc Martin est fier d'apporter sa collaboration à l'exposition berlinoise l'érotisme des choses, organisée au Musée Der Dinge, visible jusqu'au 27 août. Construite autour de l'oeuvre de Magnus Hirschfeld, le premier grand sociologue qui se passionna et travailla sur l'érotisme. L'exposition nous intéresse au premier plan pour la présence très remarquée de l'installation de Marc Martin, qui a reconstitué un vestiaire avec sa fantasmagorie... jusqu'à ses odeurs... Entre poésie et pornographie, son installation est un parcours artistique entre les objets qui évoquent l'érotisme latent d'un vestiaire masculin. L’accumulation de baskets usagées de différentes tailles, couleurs et matériaux, avec différentes senteurs et origines, de différentes époques, illustre le fétichisme de l’objet dans toute sa diversité. Marc Martin nous en parle : « Le vestiaire collectif, lieu de passage intensif, sexué, malodorant, rudimentaire, symbolise pour moi la passerelle entre deux univers qui se chevauchent en permanence : l’instant d’avant ou l’instant d’après. Cet endroit concrétise dans mon imaginaire la clef d’un passage secret. Il offre à mon approche une multitude...

Revue de presse : ciné-télé LGBT, on est sorti de la cage

L’entertainment, le spectacle, notamment le cinéma et de plus en plus les séries télé, sont un bon moyen d’améliorer l’inclusion et au moins la visibilité des personnes LGBT. Au cinéma, en approfondissant des caractères et des situations; à la télévision, en permettant sur la durée de fidéliser une catégorie de spectateurs peu habituée à s’attacher à des problématiques de genre. Mais sortir du placard est-ce rentrer dans le rang ? Une actrice trans doit-elle être assignée au rôle d’une trans, un acteur homo au rôle d’un homo ? Après tout, le rôle de l’acteur peut être de jouer ce qu’il n’est pas. Cependant, quid de la responsabilité sociale et sociétale du cinéma dans sa représentation des minorités ? Le lien entre leurs stigmatisations et les fictions Hollywoodiennes à grand public ne peut être ignoré. Quelques articles nous permettent de réfléchir et de faire le point à ce sujet. Certains articles sont disponibles sur des sites payants. Article les Inrocks : “Looking”, “Girls”, “Cucumber” : enquête sur les gays dans les séries Article le...
homme en survetement vertvideo

« Amants des hommes » : déportation homosexuelle et homophobie

Traitant de la déportation homosexuelle durant la seconde guerre mondiale, Isabelle s'appuie sur l’œuvre autobiographique de Pierre Seel, le premier à témoigner de sa déportation pour cause d'homosexualité. "Amants des hommes" parle aussi beaucoup de l'homophobie de la société des années 1940, mais aussi de celle des années 2000 à travers les témoignages de différents acteurs qui se sont battus pour la reconnaissance de cette déportation. Pour nous présenter son travail, rien de mieux qu'une petite conversation avec Isabelle elle-même. Rencontre. Kevin Reynaud : Bonjour Isabelle, tout d'abord, quel est votre parcours ? Isabelle Darmangeat : Je suis née à Tulle en Corrèze, et j’ai effectuée mes études, en cinéma, à l’Université de Poitiers, avec une spécialisation en documentaire avec un DESS réalisation documentaire. Je vis et travaille à Paris depuis 2004. D'où est née l'envie de créer ce projet ? Avez-vous un lien personnel avec cette partie de l'Histoire ? Passionnée d’histoire, j’ai toujours été intéressée par la seconde guerre mondiale et particulièrement l’Holocauste. Je savais que les homosexuels...