La contre-culture fait son coming out

Petit retour en arrière : après les événements de 68, lors du siècle dernier, face à l'inertie politique et à la toute puissance d'une culture imposée, une profusion  de mouvements culturels, artistiques, associatifs voient le jour, tandis que de nombreux artistes iconoclastes prennent la parole. La contre-culture est à la mode ! La Maison Rouge, dans le quartier Bastillle, rend un hommage exceptionnel à cette époque et à ses multiples expressions, où les LGBT apportèrent une contribution magistrale : le FHAR, les Gazolines, Copi, Guy Hockengheim... mirent les pieds dans le plat sans complexe et donnèrent le ton aux années 70 et 80. Nous avons rencontré Philippe Morillon, photographe star des années Palace, mais aussi illustrateur reconnu, afin d'évoquer avec beaucoup d'affection des temps si proches mais aussi étrangement différents... Hugues : 1969, année érotique pour Gainsbourg, mais toi que fais tu ? Philippe : Je termine mes études à l’école des Arts Appliqués, rue Olivier de Serres. Après avoir occupé l’établissement l’année précédente en « mai 68 », nous...

Le beau livre #5, David Hockney

« Je préfère vivre en couleur » David Hockney Voici une phrase dont il ne faudrait surtout pas faire l’erreur d’ignorer les multiples significations qu’elle peut avoir lorsque l’on entreprend d’évoquer l’œuvre et la vie de l’artiste né en 1937 au Royaume-Uni. Après la Tate Modern de Londres, c’est le centre Pompidou, qui accueille, pour encore quelques jours, l’exposition David Hockney, un peintre, un figuratif, a priori bien loin des tendances actuelles de l’art contemporain, un grand connaisseur de l’histoire de l’art, il signe en 2001 un impressionnant ouvrage sur les techniques et secrets des peintures des grands maîtres tel que Vermeer, Le Caravage, Ingres… ce qui ne l’empêche pas d’exposer fin 2010, à la fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent, ses peintures sur IPad et IPod, dans l’exposition « Fleurs fraîches ». Un artiste donc, à 80 ans, résolument de son temps. Artiste devenu quasiment personnage, son allure inspire encore nombre de créateurs de mode, c’est à ce jour la plus importante rétrospective de son travail...

Le look gay : à poils ou à plumes ?

Bien entendu, évoquer le look gay c’est déjà discriminant et plein d’idées préconçues. On confirme implicitement que certains auraient l’air efféminé ou faussement viril. Néanmoins le sujet mérite d’être abordé car il y a une mode gay parfois expressément revendiquée, souvent copiée ou adoptée par les hétéros. Elle est même parfois, au contraire, une passerelle entre genres différents et une possibilité de créer des rapprochements et des complicités. Mais tous les gays n’aiment pas la mode et les personnalités sont aussi diverses que dans tous les milieux. Y a-t-il un look gay et quel est-il ? Nous sommes passés (v. article) du « Dis-moi ce que tu portes et je te dirai comment tu aimes » à une certaine uniformité des styles. Lire Vice.com : https://i-d.vice.com/fr/article/pabx7n/gay-semiotics-dis-moi-ce-que-tu-portes-et-je-te-dirai-comment-tu-aimes Une acceptation et une visibilité améliorées ont permis de banaliser les apparences physiques. Lire : https://hommeurbain.com/de-la-mode-gay/ On retrouve la même diversité de vêtements et de looks chez les gays que chez les hétéros. Seuls apparaissent à certaines périodes ou à certaines occasions des styles affirmés tels que les cuirs, les...

Brahim Metiba, au cœur de la différence

Les mots de Brahim Metiba tintent comme un désespoir de cristal. On passe le doigt dessus et ça sonne juste, c’est pur, chaque phrase fait mouche, offerte là sans fioritures. Subtilement évidente sans être simple pourtant. Car c’est l’inextricable équation de la – ou plutôt des différences qui est posée ici, avec son cortège douloureux de non-réponses synonymes d’exclusion. Récit d’une solitude de sang aux résonances plurielles. « Nous », « eux », « les autres » Brahim Metiba – ou du moins son « double », comme il nous le précise dans l’entretien ci-dessous, s’agissant d’un récit « auto-fictionnel » – a « du mal » avec le « nous » lorsque ce dernier fait référence aux musulmans. « C’est pourtant simple », explique la mère, « il y a “nous”, puis il y a “eux”, les autres, les non-musulmans, les juifs par exemple ». L’assertion est monolithique, surgie d’une vérité elle-même inébranlable. Le « je » qui s’exprime cherche tout de même une faille...

Collision avec une étoile filante

Dans Tu t'appelais Maria Schneider, Vanessa qui est la cousine de l'actrice aujourd'hui partiellement oubliée, donne enfin vie au projet formulé avec cette dernière avant sa disparition : écrire le livre de sa vie. On connait le visage radieux de Vanessa Schneider, journaliste au Monde, pour ses participations à ces émissions télévisées où les prises de parole des invités sont formatées et souvent insipides. Elle écrit une biographie (si le terme convient à ce livre) très personnelle, emprunte de l'amour, de la fascination et de la bienveillance qu'elle garde intacte, comme un précieux trésor,  qu'elle nous livre ici. Le tu est le mode sur lequel la journaliste a choisi de raconter ses souvenirs, peut-être pour recréer une proximité et aussi parce qu'on tutoie les étoiles… Elle y mêle des réminiscences de sa vie d'enfant, parce que Maria y était toujours étroitement associée. Premier film, premier scandale Maria, cette belle jeune femme devenue adulte trop vite, fille de l'acteur Daniel Gélin, élevée par une mère mal aimante, s'installe dans...

L’enfant de sable

De quoi peut-on être sûr en le lisant ? Où nous mène-t-on ? Le personnage principal, qui est-ce vraiment ? Ahmed ou Zahra ? On ne sait pas trop où nos yeux nous amènent à suivre Tahar Ben Jalloun. Mais on y va avec avidité. On saisi l'origine de la renommée de son auteur à son style tellement imagé : on sent le Maroc. On le voit. On entend sa culture. Ce livre est comme un empillement de niveaux de lecture différents, desséminés en arrière-fond. On y parle d'un pays, d'un Tirésias arabe, de la condition de la femme, mais également de celle de l'homme, d'identité de genre, de ce qui nous fonde comme être humain, de la mémoire, de l'imaginaire. « Le livre est vide. Il a été dévasté. J'ai eu l'imprudence de le feuilleter une nuit de pleine lune. En l'éclairant, sa lumière a effacé les mots l'un après l'autre. Plus rien ne subsiste de ce que le temps a consigné dans ce livre..., il reste bien...

Mes papas avant moi, de Mikl Mayer

Mikl Mayer, l’auteur de cette bande dessinée, nous raconte et nous dessine maintenant l’histoire des deux adolescents, Florian et Tristan, quand ils se rencontrèrent, se trouvèrent et se plurent au lycée, puis s’aimèrent et devinrent les papas de la précédente BD, Mes papas et moi. Mikl Mayer, né à Pont à Mousson le 4 septembre 1987 et vivant depuis à Toulouse, est un dessinateur connu pour sa bande dessinée Les d'jeunes, qui raconte la vie d'un groupe d'adolescents. Il s'est fait connaître pour ses affiches pour l'association Laurette Fugain ainsi que ces visuels contre l'homophobie à Toulouse. Son premier album est sorti en décembre 2009 et s'appelle La dure vie des adolescents. Il publie la bande-dessinée "Mes papas & moi" en 2015. (source Wikipedia) L’un de ses héros, Florian, est large, athlétique, et chamboule à son arrivée la vie déjà normée du lycée. Il plaît aux garçons et aux filles. Tristan, lui, est un gringalet homo mais qui ne peut toujours pas le dire malgré les engueulades de sa...

Pride, chroniques de la révolution gay

Érik Rémès est journaliste depuis les années 80, psychologue au sein d’ateliers d’expressions artistiques d’adolescents psychotiques, autistes ou trisomiques, auteur de livres — Je bande donc je suis, Serial Fucker, journal d’un barebaker —, d’essais dès les années 1999, et sexologue. … 1992-2005, le projet de présenter un panorama tout à la fois parcellaire et exhaustif de la communauté gay, rendre compte d’une tranche d’histoire individuelle et collective riche et forte, peut-être la plus riche de l’histoire de la communauté gay…  Possible ? … Aujourd’hui, en 2017, la plupart de nos revendications ont été reconnues et la communauté gay est tombée dans une morbide léthargie. Même le marais gay, quartier historique de la communauté est en train de sombrer, vendu au grand capital. Le dormeur doit se réveiller. Certains de ses textes, de 1992 à 2005, sont regroupés dans Pride, selon douze thèmes : visibilité, communauté, mariage, homoparentalité, homophobie, hétérophobie, politique, homonormativité, subversion, drogue, sexe, sida, prévention, bareback, années sida. Ils ont été publiés dans des...

Simon Bocanegra capte la lumière intérieure de l’underground

Simon Bocanegra : photographe clandestin... Orphelin né à la fin de la guerre à Lyon, il est baptisé du nom de ce célèbre opéra de Verdi ! Une entrée en matière en fanfare ! Simon Bocanegra cultive tout d'abord son corps, avant de s'occuper de son esprit ! Il est strip-teaser à New-York. C’est à l’âge de 20 ans qu’il réalise ses premiers portraits en s’appropriant un appareil photo dans un vestiaire à Hawaii. ...devenu portraitiste des nuits Parisiennes les plus folles De retour en France en 1978, l’année de l’ouverture du Palace, il est très vite adopté par Fabrice Emaer. Cet hôte nous rappelle que « le Palace, c’est d’abord un théâtre. C’est aux gens d’assumer leur théâtralité. À la fois acteurs et spectateurs d’eux-mêmes. » À travers l'univers flamboyant de ce lieu unique, il devient accro au glamour de la mode. Désertant les podiums des défilés, il leur préfère l’effervescence des backstages où règne un climat d’impériosité propice à la montée en puissance de son désir. Il a besoin de cette proximité pour créer un contact...