Jean Claude Bologne : vivre en couple, toute une histoire !

Au printemps 2013, la loi dite « Taubira » consacre le « mariage pour tous ». Une définition est intégrée au Code civil, dans un nouvel article 143 : « Le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe". Est-ce à dire que cette union officielle symbolise à elle seule l’idée du couple, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel ? C’est à cette passionnante question que Jean Claude Bologne, philologue formé à l’université de Liège, historien et romancier, s’est attelé, dans une très complète et impressionnante Histoire du couple, de l’Antiquité à nos jours. La polygamie : prédisposition « testiculaire » ? L’ouvrage se lit comme un roman, et pourtant il nous enseigne formidablement – voire fait ou refait notre éducation en matière de ce que nous pensons bien connaître pour l’avoir (presque) toutes et tous vécu : le couple ! N’allons pas imaginer que vivre à deux se résume à une bague passée au doigt pour le meilleur et pour le...

Noémie Renard veut « En finir avec la culture du viol »

Pour quatre Français sur dix, la responsabilité d’un violeur est « moindre si la victime se montre aguichante » – que recouvre ce terme ? c’est variable et contestable à l’infini ! – et « pour deux sur dix, un "non" veut souvent dire un "oui" ». Une sorte de distinction morale, en somme, entre le « vrai » viol et le viol « cool ». N’a-t-on d’ailleurs pas lu dans les médias, au moment de l’affaire Dominique Strauss-Kahn : « Il n’y a pas mort d’homme » ; c’est « un troussage de domestique ». Ou encore : « Un viol, c’est avec un couteau ou un pistolet. » De façon consciente ou non, la « culture du viol » est intégrée dans nos schémas de pensées, conditionnant nos jugements et érigeant en « véritable système » des mécanismes pourtant totalement erronés voire d’une injustice horrifiante. « Banalisation » des violences sexuelles, « stéréotypes de genre, impunité des agresseurs, culpabilisation des victimes » :...

Une Américaine dans la tourmente

L’histoire de Janet Flanner est indissociable de celle du New Yorker, dont elle fut la correspondante à Paris pendant un demi-siècle. Michelle Fitoussi nous emmène sur les traces de cette américaine incroyable, toujours surprenante, jamais fade ! Une jeune américaine découvre Paris Janet Flanner est féministe, pacifiste, lesbienne… mais avant cela, elle fut une américaine d'Indianapolis, élevée dans une famille quaker pas si classique que ca, puisque sa mère voulait que Janet soit comédienne (puisque bien sur elle-même n'y était pas parvenu). Adolescente, Janet part avec sa famille pour un voyage en Europe. Et c'est le choc. Elle y vivra de préférence à Paris ville des lumières. Mais avant cela elle se marie.  Le couple s'installe à New-York et infiltre le milieu de la bohème intellectuelle, où Janet rencontre une journaliste, brillante, dont elle tombe peu à peu amoureuse... Elle, elle veut écrire ! Ensuite c'est Paris, le New-Yorker dont elle devient la correspondante, (il faut bien vivre) en tant que chroniqueuse fantasque de la vie parisienne... Très...

Jean Boullet (1921-1970)

« Les ailes d’une chauve-souris sur les carburateurs des Hell’s Angels. » Jean Boullet le précurseur, Denis Chollet, 1999. Fantasmagorique, onirique, mythologique, mirifique et subversive, parcourir l’œuvre foisonnante de Jean Boullet (1921-1970), c’est vriller, c’est sombrer et s’émerveiller d’un monde grouillant de créatures chimériques et de garçons alanguis, de personnages de contes de fées, de faunes, de boxeurs et de culturistes, qui tous élégamment cohabitent dans l’imaginaire de l’artiste. C’est se frayer un chemin dans un pays des merveilles, un monde aux accents de théâtre aussi inquiétant qu’intrigant, diablement attirant, c’est suivre le trait acéré et sûr de ces dessins à l’encre qui semble ne souffrir d’aucune hésitation, c’est se frotter au bizarre, à l’étrange, à Poe, Cocteau, Shakespeare, Verlaine… Bram Stoker, l’auteur de Dracula est son idole, il se passionne pour les monstres, tout ce qui dérange et dévie, qu'importe pourvu que cela échappe au terrible ordinaire, et même ses amours suivront ce tortueux chemin. Il se décrit comme un « Peintre de la beauté masculine », voyous,...

D’Eddy Bellegueule à Marvin, l’histoire d’une émancipation

Au moment où sort sur les écrans l'adaptation très libre du premier "roman" d'Edouard Louis, réalisée par Anne Fontaine, Marvin ou la belle éducation, retournons-nous sur ce livre coup de poing, qui a bouleversé le paysage littéraire. Une enfance misérable un long cri de haine qui pénètre notre cortex et qui ne nous lâchera pas jusqu'au dernier mot Edouard Louis raconte une enfance sans amour, sans tendresse, sans repère... une famille pire que les Groseillle de La vie est un long fleuve tranquille, ancrée dans son inculture, son manque d'ambition... Sa vie triste et morne, dominée par le machisme et la méchanceté, donc la peur. Etre différent dans ce cloaque est la pire des injures pour ceux qui sont soumis au regard des autres, à la vindicte populaire qui détruit les « anormaux ». Le jeune Eddy parce qu'il est efféminé est catalogué pédé et est, donc, la honte de la famille. D'humiliations en sévices, ils lui font la vie dure. Au collège, c'est la tête de Turc des « normaux » qui lui font...

Grave, un film unique en ses genres

Sorti en salle le 15 mars 2017, Grave est un bijou. Rarement un film français a pu réunir autant de diversité de styles avec autant d’authenticité et de radicalité. Grave, où cette force gravitationnelle est évoquée dans le film par la posture des corps, que Julia Ducournau a souhaité voir évoluer pour servir à merveille le récit. Le film nous parle de nos démons ou de ces choses inavouables et que nous contrôlons pour ne pas vriller... Le film est prenant car il raconte véritablement une histoire. Les scènes viscérales, qui ne manquent pas de nous retourner le ventre et de nous faire suffoquer, sont en fait indispensables au propos et au déroulement de la narration. L’empathie ressentie pour les personnages ajoute à l’horreur de laquelle on se sent proche. Le film nous parle de nos démons ou de ces choses inavouables et que nous contrôlons pour ne pas vriller. Les petites névroses qui peuvent s’avérer des graines de véritables descentes en enfer. Mais ici, ce...

Frank Ocean et son arc-en-ciel

Frank Ocean est né Christopher Breaux le 28 octobre, 1987 à la Nouvelle Orléans. Il est apparu sur la scène musicale en 2012 et tout de suite est devenu une référence. Son style ? Très difficile à définir. On dirait que la diversité c’est son mot d’ordre ! Mais son influence est clairement le R&B, le jazz et le rap. Juste avant la sortie de son premier et excellent album en 2012 Channel Orange, Ocean a annoncé sa bisexualité. Il a pris le risque de partager ses sentiments avec son (futur) public en avouant dans son blog que son premier amour avait été un homme. Nous sommes fiers de lui et contents de l’avoir comme porte-parole de notre famille LGBT, mais c'est son talent unique qui vous séduira. Si vous n’avez pas l’album Channel Orange… courrez l’acheter. C’est un ovni musical. Il est hypnotique et addictif. Un mélange de… je ne sais pas… R&B, jazz, blues, lounge, rap. Ça a été un succès planétaire, avec l'effet d'une catapulte...

Devenir séropo aujourd’hui

Oui, les traitements sont efficaces, on ne meurt (presque) plus du sida dans les pays occidentaux... mais quand est-il du regard de la société sur les séropositifs, comment se situe la "communauté" gay par rapport aux nouveaux contaminés... autant de sujets brûlants et tabous que ce témoignage a le mérite de soulever. Le narrateur est "plombé" juste quand il rencontre un garçon avec qui il va entamer une liaison amoureuse. On peut dire que c'est un test infaillible pour mesurer la véracité des sentiments... on peut s'en passer aussi... Il décrit avec une précision clinique ses peurs, ses angoisses et son parcours du combattant dans l'univers médical, même s'il a la chance d'être accompagné par les siens qui le soutiennent, et de rencontrer immédiatement les bonnes personnes. Car c'est sur ce point que l'on peut étayer une critique : le milieu très aisé dans lequel vit Camille (c'est un garçon !) constitue un atout non négligeable dans son entrée dans la séropositivité (nous l'avons dit, ses proches...

Une saison en enfer

Intégrer une Grande Ecole Roman d'initiation magnifique et néanmoins récit autobiographique bouleversant, Un hiver à Paris dénonce le système scolaire spécifique des Grandes Ecoles, dont la pression et l'ambition sont les règles cruelles. Pas de pitié pour les faibles (et les différences !). Jeune provincial, le narrateur débarque à Paris pour intégrer une classe préparatoire à une grande école. Il découvre ce véritable microcosme et ses lois ; il comprend très vite qu'il n'est pas à sa place. Issu d'un milieu modeste, il est sensible, introverti, solitaire et il se cherche... Tout ce qu'il faut ne pas être pour se faire une place ici ! Le suicide d'un camarade... Le suicide inopiné d'un des camarades dont il a partagé quelques moments va le plonger dans une profonde remise en cause. Considéré ( à tort) comme le meilleur ami (et le confident) « du suicidé », il devient la cible de tous les fantasmes et de tous les intérêts, alors qu'il était invisible jusqu'alors. Sa vie est soudain dominée par l'empreinte du  jeune...