Décryptage réussi d’une légende du cinéma américain

Hugues Demeusy : Tu nous présentes aujourd'hui un essai sur la grande légende américaine Montgomery Clift, tu précises que ce n'est pas une biographie ? Sébastien Monod : En effet, ce n’en est pas une. Montgomery Clift – L’enfer du décor est un travail d’analyse des choix de carrière de l’acteur, complétée de l’étude des films eux-mêmes. Et je démontre tout au long de mon livre que ces choix ne sont ni innocents ni anodins ; ils sont, certes, réfléchis, car celui qu’on appelle communément Monty était un perfectionniste, mais ils procèdent surtout d’un facteur tout à fait subjectif, inéluctable : lui. Lui en tant qu’homme. Et c’est pourquoi mon travail est néanmoins proche de la biographie, car je m’appuie sur de nombreux éléments privés pour montrer combien sa vie d’homme – et précisément son homosexualité – a influé sur sa carrière. Ce n’est pas par hasard qu’il a choisi des rôles de personnes rejetées ou rebelles, pas un hasard si une grande partie de ces rôles...

Brahim Metiba, au cœur de la différence

Les mots de Brahim Metiba tintent comme un désespoir de cristal. On passe le doigt dessus et ça sonne juste, c’est pur, chaque phrase fait mouche, offerte là sans fioritures. Subtilement évidente sans être simple pourtant. Car c’est l’inextricable équation de la – ou plutôt des différences qui est posée ici, avec son cortège douloureux de non-réponses synonymes d’exclusion. Récit d’une solitude de sang aux résonances plurielles. « Nous », « eux », « les autres » Brahim Metiba – ou du moins son « double », comme il nous le précise dans l’entretien ci-dessous, s’agissant d’un récit « auto-fictionnel » – a « du mal » avec le « nous » lorsque ce dernier fait référence aux musulmans. « C’est pourtant simple », explique la mère, « il y a “nous”, puis il y a “eux”, les autres, les non-musulmans, les juifs par exemple ». L’assertion est monolithique, surgie d’une vérité elle-même inébranlable. Le « je » qui s’exprime cherche tout de même une faille...

Peintre et modèle : une psychanalyse picturale par Jean-Philippe Blondel

Dans la mise à nu, son dernier roman, Jean-Philippe Blondel dont on avait adoré Une saison à Paris, raconte les retrouvailles entre un professeur d'anglais en fin de carrière et un des ses élèves devenu peintre. Jean-Philippe Blondel explore dans ses livres les relations intimes qui se créent entre des personnages ayant des parcours très éloignés, et qui bouleversent leur vie. Et même s'il s'en défend dans l'interview qui suit, il crée des caractères d'homosexuels qui ont un rôle important voire crucial dans la suite de l'intrigue. Rencontre avec un auteur secret peu bavard mais dont les romans sont des joyaux... Hugues Demeusy : Dans la mise à nu, un vieux professeur d'anglais retrouve un de ses anciens élèves devenu peintre à succès. Ils vont vivre une expérience extraordinaire ? Jean-Philippe Blondel : Oui, ils vont entreprendre une expérience peu commune - le professeur va devenir le modèle de son ancien élève et poser pour lui. Ce tête à tête va les obliger à se regarder, à se considérer,...

La septième fonction du langage c’est de mourir de rire

Barthes et la camionnette ! Roland Barthes se fait renverser par une camionnette, ce 25 févier 1980. Il sortait d'un déjeuner avec le candidat François Mitterrand... A partir d'un fait historique, l'auteur échafaude une hypothétique enquête où se mêlent tous les grands philosophes, les politiques et autres figures de l'époque pour élucider cette énigme diablement intrigante jamais résolue ! Une enquête échevelée Quelle imagination possède ce Laurent Binet ! Il nous emmène dans un univers particulièrement pointu et élitiste (celui de la sémantique et des fonctions du langage, auquel Barthes a apporté sa pierre), en le transformant en terrain de jeux pour philosophes frappadingues (Michel Foucault en fétichiste SM...) en mal de reconnaissance, pour politiques aux dents acérées prêts à toutes les bassesses... et cela avec un entrain décapant et réjouissant ! L'enquête menée par un policier pas très intègre secondé par un prof de la fac alternative de Vincennes, à la fois éclaireur et souffre-douleur du commissaire de police, est des plus farfelues et multiplie les rebondissements les plus improbables... L'auteur crée...

Sous la loi du Karma X de Sandrine Rotil-Tiefenbach

Sandrine Rotil-Tiefenbach publie Karma X aux éditions Sulliver, dans la collection Littératures actuelles. André Bonmort y est aux commandes (http://www.sulliver.com), capitaine courageux et véritable dénicheur d’écritures singulières « à l’écart des codes et des modes » (de moi il a publié État d’un lieu désert et Rien entre nous, à un moment où presque tout le monde m’avait oubliée !). Son catalogue foisonne de pépites et/ou de diamants purs – comme c’est ici le cas, avec cet étincelant Karma X. Au commencement, il y a Arthur. Un « chauve à lunettes ». Alors que la narratrice aime « les hommes qui ont des cheveux ». « Les chauves à lunettes », c’est tout ce qu’elle « déteste ». De plus, Arthur a les yeux bleus, « petits et rondelets ». Alors qu’elle, elle « aime les grands yeux noirs, les amandes fournies, veloutées, avec des miroirs magiques dedans, du magnétisme », qui « savent comment il faut faire pour envelopper ». Alors que s’est-il passé...

La biographie plombée d’un écrivain maudit

Si Guillaume Dustan fut un feu de paille dans l'univers littéraire, il s'imposa comme un sacré trublion qui parvint à force de coups d'éclat, de scandales, de provocations... à obtenir une reconnaissance médiatique qui ne reposait pas sur la dimension de son œuvre mais sur la noirceur du propos. Dans les années 90, Guillaume Dustan donc, écrivain séropositif - ou l'inverse - surfa sur la baise sans capote, communément appelée bareback. Ses prises de position déclenchèrent d'une part la concupiscence de Thierry Ardisson, de Technikart... tous ces médias et journalistes à la recherche du sensationnel qui l'adoubèrent, pendant que dans le même temps l'association de lutte contre le sida Act-Up en fit son ennemi juré. Pour incarner ce combat, on opposa Dustan et Didier Lestrade, président emblématique de l'association. Les écrits de Dustan (moins d'une dizaine de textes d'autofiction), un genre dont il promut la reconnaissance à travers la collection Le Rayon Gay qu'il dirigea au sein de la maison d'édition aujourd'hui défunte Balland, ne furent pas,...

Les garçons sauvages sont des filles pas comme les autres

C'est un premier film déroutant que nous propose Bertand Mandico. Le genre de ses héros (cinq garçons de bonne famille, brutaux, meurtriers, embarqués pour un voyage initiatique...) y est mis à mal, comme un facteur inhérent à la trame fantastique de cette aventure. C'est une œuvre franchement "queer", une épopée mythologique futuriste, qui sort totalement des sentiers cinématographiques battus. que nous vous conseillons vivement. Adossé à des références allant de Truffaut au gore, au film muet en noir et blanc, au fantastique avec effets spéciaux, aux films de pirates ou encore à Fassbinder, ce long métrage ne peut laisser indifférent d'un point de vue formel. A l'abordage pour une découverte d'un nouveau genre ! Nous reproduisons cet entretien qui vous aidera à y voir plus clair et vous donnera certainement envie de voir cet ovni cinématographique ! https://youtu.be/DseeL_hKhdI Dans votre film, le protagoniste central, un scientifique devenue femme plaide pour une féminisation du monde pour le pacifier mais vous allez dans une direction encore plus ambigüe… C’est une utopie naïve,...

Les rencontres extérieures de Julien Diez

De Bordeaux à Londres... Bordelais de 34 ans, diplômé de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts, Julien Diez se confronte à Londres aux photographes Larry Clark et Willie Doherty qui vont influencer son engagement artistique futur. De retour en France, il est l'assistant de l'artiste Alberto Sorbelli, un performeur reconnu et provocateur. Quelque 18 ans après, ces trois artistes sont encore très présents dans le travail photographique de Julien, qui sera notamment choisi dans le cadre de la commémoration des attentats de Charlie Hebdo, dans plusieurs lieux bordelais. Éphéméride La série de photo Éphéméride que nous vous présentons a été réalisée entre l'été 2016 et l'hiver 2017. Elle représente une créature hybride au corps musclé dont les prises de vues cartographient les esplanades Mériadeck de Bordeaux. Ce lieu a cela de particulier qu'il est fréquenté par différentes communautés : des groupes de sportifs s'exerçant au "parcours" ou au "cross fit", le jour et la nuit venue, les esplanades servent de terrain de chasse aux gays locaux. . Julien Diez a...

Jean Claude Bologne : vivre en couple, toute une histoire !

Au printemps 2013, la loi dite « Taubira » consacre le « mariage pour tous ». Une définition est intégrée au Code civil, dans un nouvel article 143 : « Le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe". Est-ce à dire que cette union officielle symbolise à elle seule l’idée du couple, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel ? C’est à cette passionnante question que Jean Claude Bologne, philologue formé à l’université de Liège, historien et romancier, s’est attelé, dans une très complète et impressionnante Histoire du couple, de l’Antiquité à nos jours. La polygamie : prédisposition « testiculaire » ? L’ouvrage se lit comme un roman, et pourtant il nous enseigne formidablement – voire fait ou refait notre éducation en matière de ce que nous pensons bien connaître pour l’avoir (presque) toutes et tous vécu : le couple ! N’allons pas imaginer que vivre à deux se résume à une bague passée au doigt pour le meilleur et pour le...