Richie : de l’ENA à Sciences Po, un haut fonctionnaire peut cacher un garçon...

Grand bourgeois, militant et fêtard Fils d'une famille bourgeoise, rien ne semblait prédestiner ce bon élève à une trajectoire singulière, entre ombre et lumière. Tout d'abord, un parcours militant au sein de l'association Aides dans les années 80, lors de sa création. Richie y côtoiera le gratin homo qui fréquente le Palace et les Bains-Douches la nuit et occupent les fonctions les plus honorifiques de l'administration le jour. Le social à Sciences-Po Parce qu'il est ambitieux et doué, Richard Decoing, surnommé Richie, devient le Directeur de Sciences Po, la célèbre école de la rue Saint-Guillaume. Son fait d'armes, qui semblerait attester de son sens des réalités, d'une fibre sociale et humaniste, sera de mettre en place les fameuses équivalences destinées à ouvrir les portes de l'Ecole aux jeunes des banlieues défavorisées... Il se battra pour cette véritable révolution. On apprend aussi sa relation avec Guillaume Pépy, le patron de la SNCF qui du coup, est « outé ». L'ombre, c'est ce mal-être profond lié à son orientation sexuelle ? (l'explication semble facile) qui...

Tout ce qui est à toi… de Sandra Scoppettone

L’autrice Sandra Scoppettone est née dans le New Jersey en 1936. Elle publie ses premiers romans policiers sous le pseudonyme de Jack Early, mais révèle finalement sa véritable identité lorsque sa série de romans policiers ayant pour héroïne Lauren Laurano, une détective privée lesbienne vivant à New York, rencontre le succès. Elle fait son coming out en 1970 et vit à Long Island avec sa compagne. Le roman Tout ce qui est à toi est construit comme un roman policier. Le travail de détective de Lauren y est décrit avec soin, tout comme la progression de son enquête. Les morts, les fausses pistes (parfois un peu trop nombreuses) et les révélations se succèdent avec un bon rythme qui permet au suspense de se maintenir, sans pour autant tomber dans l’exagération. Dès les premières pages de l’histoire, nous nous retrouvons plongé-e-s dans le début des années 1990, avec des cabines téléphoniques à chaque coin de rue et le démarrage d’Internet et de ses dangers. Pour autant, les violences...

Finding Phong : changer de sexe au Vietnam

Phong s’est toujours considéré comme une fille prise au piège dans un corps de garçon. c’est en entrant à l’université à Hanoi qu’il découvre qu’il n’est pas le seul à souffrir d’une telle situation. caméra au poing, Phong décide de changer de vie et amorce une métamorphose. Ce documentaire vietnamien, sorti sur les écrans cette semaine, est un journal filmé qui témoigne au plus près du parcours intime d'un jeune homme qui va accomplir le chemin difficile du changement de sexe. Les deux réalisateurs Tran Phuong Thao et Swann Dubus Mallet expliquent leur démarche. Extraits de l'interview à retrouver dans son intégralité ici : Comment est né le projet ? Swann Dubus Mallet : Phong est une amie de notre producteur. elle a partagé avec lui ses peines et ses espoirs. il nous a contactés pour faire un film sur son histoire. comme j’étais à Paris où je terminais la post-production de notre film précédent, thao a rencontré Phong seule. elle m’a appelée pour me dire qu’on ne pouvait...

C’est un beau roman, c’est une belle histoire !

Call me by your name, le meilleur film de l'année Dans quelques jours, vous risquez d'être assailli par les promos, infos, photos, et vidéos, dédiés à la sortie du film Call me by your name, réalisé par Luca Guadagnino, dont la bande annonce envahit déjà les réseaux sociaux. Cette super production présentée au Festival de Sundance, à Berlin a remporte le Grand Prix du Festival Chéries-Chéris 2017. C'est pour le journal anglais The Guardian le meilleur film de l'année 2017 ! Rien que ca ! Il faut dire que les deux acteurs principaux sont craquants... https://youtu.be/HKLbnoPdTyg Un roman inoubliable paru en 2007 Mais bien avant que le film fasse le buzz, il y eut un roman américain de André Aciman, édité en 2007 par les éditions de l'Olivier sous le titre Plus tard ou jamais ! Ça a été pour moi comme pour beaucoup de lecteurs, un vrai coup de cœur. L'histoire se déroule en Italie, au bord de la mer dans une époque indéfinie (mais qui n'est pas la...

Une saison en enfer

Intégrer une Grande Ecole Roman d'initiation magnifique et néanmoins récit autobiographique bouleversant, Un hiver à Paris dénonce le système scolaire spécifique des Grandes Ecoles, dont la pression et l'ambition sont les règles cruelles. Pas de pitié pour les faibles (et les différences !). Jeune provincial, le narrateur débarque à Paris pour intégrer une classe préparatoire à une grande école. Il découvre ce véritable microcosme et ses lois ; il comprend très vite qu'il n'est pas à sa place. Issu d'un milieu modeste, il est sensible, introverti, solitaire et il se cherche... Tout ce qu'il faut ne pas être pour se faire une place ici ! Le suicide d'un camarade... Le suicide inopiné d'un des camarades dont il a partagé quelques moments va le plonger dans une profonde remise en cause. Considéré ( à tort) comme le meilleur ami (et le confident) « du suicidé », il devient la cible de tous les fantasmes et de tous les intérêts, alors qu'il était invisible jusqu'alors. Sa vie est soudain dominée par l'empreinte du  jeune...

Le beau livre #11, Garçons de joie, Nicole Canet

Il est dans les villes des endroits rares et précieux, des endroits que l’on ne voudrait n’avoir que pour soi, et dont on rechigne à donner l’adresse : la galerie de Nicole Canet, « Au bonheur du jour » est de ceux-là. Là où s’épanchent sur papier les désirs, là où sursaute d’un trait d’encre, d’inavouées passions, de curieux chromos et des obsessions derrière les crayons… dans sa nouvelle exposition « Garçons de joie » qu’accompagne la parution d’un ouvrage au titre éponyme, la promesse est tenue. Et c’est Frédéric Mitterrand, ancien ministre de la Culture, mais aussi l’auteur de « La mauvaise vie » qui signe la préface de cet ouvrage dans un texte tout en suggestion, il y écrit notamment « L’un des grands mérites de Nicole Canet (…) est de nous rapporter des images insolites de ces temps envolés, de ces lieux qu’on ne trouve plus, de tous ceux qui ont écrit sans le savoir une histoire qu’on ne raconte guère. » Pousser les portes de ce bar un peu...

Quartiers gays, espaces de liberté ou « gayttos » ?

Nous aimons tous et toutes nous retrouver avec nos pairs dans des lieux conviviaux et rassurants où nous pouvons ressentir que nous ne sommes pas seuls sur terre et partager des moments de complicité et d’amitié. Pour les personnes en cours d’acceptation et de recherche personnelle ils sont aussi essentiels afin de sortir de leur milieu d’origine souvent peu tolérant. Or ces endroits ne sont-ils pas aussi des lieux d’entre soi, d’exclusion, de repli, fermés à ceux qui ne partagent pas forcément les mêmes goûts, les mêmes orientations ? Les quartiers gays évoluent et de manières différentes. Ils peuvent s’embourgeoiser, devenir trop commerciaux et trop touristiques. Ils peuvent devenir aussi exclusivement gays et trop peu ouverts aux autres cultures. Comment et pourquoi naissent les quartiers gays ? Toutes les raisons, convivialité, sociabilité, opportunités économiques sont parfaitement analysées par le sociologue Colin Giraud dans l’entretien à lire ci-dessous. Source : Les Inrocks https://www.lesinrocks.com/2014/10/12/actualite/marais-devenu-sorte-disneyland-gay-11527955/ S’approprier un espace géographique déterminé pour être soi Mais plutôt que des bars gays dans un quartier, pourquoi ne pas rêver à un...

Passion amoureuse ou amitié fraternelle ? La réponse de Stéphane Lambert

http://youtu.be/MIIrofQwfso Dans Fraternelle Mélancolie, Stéphane Lambert explore l'amitié qui unit deux grands écrivains américains, Herman Melville, et Nathaniel Hawthorne. Il décrit et imagine les  stigmates d'une passion tumultueuse... Cela se déroule au milieu du 19ème siècle... Alors "outing" ou pas ? Stéphane Lambert nous donne les clés ici ! Hugues Demeusy : Comment et quand as-tu rencontré Melville et Hawthorne et pourquoi leur relation t’a interpellé au point d’y consacrer un livre ? Stéphane Lambert : Quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai longtemps gardé sur ma table de chevet l’épais volume de Moby Dick, qui est devenu ce qu’on appelle un livre culte, sans réussir à m’y mettre. L’idée de la chasse à la baleine me rebutait. En réalité, Moby Dick est tout sauf un hymne à la chasse à la baleine, c’est un roman de dimension mythique, qui place l’homme face aux grandes questions de l’humanité. Or Moby Dick est dédié à Hawthorne, que je ne connaissais pas. Quand j’ai enfin lu le roman de Melville,...

I am not a witch, de Rungano Nyoni

Rungano Nyoni est une réalisatrice zambienne, exilée au Pays de Galles à l’âge de neuf ans. Depuis, son court-métrage Listen a été nommé aux Oscars, et son premier long-métrage de fiction I am Not A Witch, sélectionné pour la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2017. Shula, le personnage principal, zambienne, est âgée de neuf ans elle aussi. Comme une métaphore du propre parcours de la réalisatrice, Shula est accusée de sorcellerie car une jeune femme tombe avec son pot à eau, pendant que la petite fille la fixe du regard. Les yeux comme la caméra, dans un pays où les femmes réalisatrices doivent peiner à exister, dans un monde où le machisme persiste encore comme ailleurs. Shula est orpheline et taciturne. Elle se retrouve jugée par le village, tribunal présidé par une sorte de policière, puis enfermée dans un camp… de sorcières. Mais le film, s’il dénonce bien évidemment en filigrane ce traitement inhumain, ressemble plus à une fable subtile qu’à une...