Tazzio Paris : esquisse d’un photographe en mutation

Hugues DEMEUSY : Bonjour Tazzio, comment es-tu venu à la photo ? Tazzio Paris : Par le biais du dessin, à travers mon goût pour les visages. J'ai commencé à utiliser une caméra pour étudier les expressions et la mobilité des traits. Je voulais réaliser une série d'animation dont j'avais écrit le scénario et m'inspirer de vrais visages. Le projet n'a pas abouti et je suis passé à la photo, moins onéreuse à produire qu'un film. Les garçons et les filles dont tu captes la présence ont-ils quelque chose à part ? C'est leur capacité à provoquer chez moi le désir de vivre un moment de partage, hors du temps... qui me fascine. Pour le temps d'un shooting. Certains modèles sont créatifs, c'est stimulant. J'aime bien improviser et expérimenter. Parfois avec des matières, de la couleur ou des accessoires. Les raisons qui poussent les modèles à poser sont très diverses, aussi, je prends le temps d'échanger, ça conditionne la façon dont se déroule la prise de vue. Il arrive que la...

Les rencontres extérieures de Julien Diez

De Bordeaux à Londres... Bordelais de 34 ans, diplômé de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts, Julien Diez se confronte à Londres aux photographes Larry Clark et Willie Doherty qui vont influencer son engagement artistique futur. De retour en France, il est l'assistant de l'artiste Alberto Sorbelli, un performeur reconnu et provocateur. Quelque 18 ans après, ces trois artistes sont encore très présents dans le travail photographique de Julien, qui sera notamment choisi dans le cadre de la commémoration des attentats de Charlie Hebdo, dans plusieurs lieux bordelais. Éphéméride La série de photo Éphéméride que nous vous présentons a été réalisée entre l'été 2016 et l'hiver 2017. Elle représente une créature hybride au corps musclé dont les prises de vues cartographient les esplanades Mériadeck de Bordeaux. Ce lieu a cela de particulier qu'il est fréquenté par différentes communautés : des groupes de sportifs s'exerçant au "parcours" ou au "cross fit", le jour et la nuit venue, les esplanades servent de terrain de chasse aux gays locaux. . Julien Diez a...

Le beau livre #10, Androgyne, Une image de mode et sa mémoire, Patrick Mauriès

« Jadis notre nature n’était pas ce qu’elle est actuellement. D’abord il y avait trois espèces d’hommes, et non deux comme aujourd’hui : le mâle, la femelle, et en plus de ces deux-là, une troisième composée des deux autres ; le nom seul en reste aujourd’hui, l’espèce a disparu. C’était l’espèce androgyne qui avait la forme et le nom des deux autres, dont elle était formée. » Le Banquet, Discours d’Aristophane, Platon C’est sans aucun doute l’un des jeux préférés des créatifs, des artistes, auteurs, des grandes muses et autres personnages originaux, et ce depuis toujours, de Platon et de son mythe de l’Androgyne, des frasques de Philippe d’Orléans, dit « Monsieur » le frère de Louis XIV, du chevalier d’Éon hier, jusqu’aux femmes en smoking de Yves Saint Laurent pour l’automne-hiver 1966, peut-être la plus iconique des créations du couturier, mais aussi les hommes en jupe sur le podium de Jean-Paul Gaultier, les créatures ambiguës de Riccardo Tisci pour Givenchy, la campagne de publicité du prêt-à-porter féminin...

Emmanuel Barrouyer, c’est quoi un artiste queer ?

Rencontre avec un défricheur que rien n'arrête. On peut s'égarer dans les nombreuses formes artistiques que tu proposes, alors dis-nous quelle est ta démarche ? Il est vrai qu’en France j’ai l’impression qu’on a toujours besoin d’entrer dans une case précise, au risque de perdre les gens. Moi, j’ai un besoin de créativité permanent, besoin qui n’est pas satisfait par mon métier de comédien. Je dirais que c’est une créativité en mouvement : je ne me pose pas de question, je ne me mets pas de limite, pas de cadre, j’essaye simplement d’exprimer quelque chose de sincère et les différents thèmes de mon travail sont les facettes d’une seule et même œuvre mais qui se multiplie, qui est transgenre, parce que justement je n’aime pas être dans une case. J’ai besoin de liberté. Je me sens bien dans cette créativité sans freins, sans censure (excepté sur les réseaux sociaux), en allant exactement à l’endroit où j’ai envie d’aller. Et si les gens se perdent tant mieux, cela veut dire...

Arthur Dreyfuss : l’enfant qui est en chacun de nous

Il écrit avec des images dans la tête On vous connaît d’abord comme écrivain... C’est vrai, mais j’ai toujours écrit avec des images dans la tête. Quand on me demande « quels auteurs » m’ont inspiré, je réponds que certaines œuvres musicales ou visuelles m’ont davantage inspiré que des livres. Si je ferme les yeux, je pense autant à un chapitre du Grand Cahier d’Agota Kristof qu’à un poème de Maurice Scève, autant à Arcangelo Corelli qu’à une photo de Bernard Faucon ou de Nan Goldin. Comment est né votre travail photographique ? L’idée de la trace m’obsède depuis longtemps. Enfant, avec des caméscopes, des Kodak jetables, j’ai beaucoup photographié et filmé mes parents, mes grands-parents. Le cadre m’est apparu comme une chose naturelle : tracer quatre bords dans la réalité revenait à s’inventer une liberté. À vingt ans, un ami m’a offert un vieil argentique, que j’ai emporté partout. J’ai entrepris de cerner mes obsessions – tout en les limitant, à cause de la pellicule. Ensuite, comme...

Les 12 voyages amoureux de Jean-Baptiste Huong

Les éléments et les hommes sont en harmonie Les photos de Jean-Baptiste Huong sont belles, pures, d'une simplicité extrême... Elles évoquent quiétude et harmonie. Les éléments (Terre, Eau, Air) sont présents dans ce qu'ils apportent de plaisir, de sensualité... Le regard "amoureux" du photographe Si tous ses modèles sont poilus, barbus, très mâles... il émane de leur attitude une vraie douceur... ils se sentent aimés par le regard du photographe. Ce n'est pas un hasard. Jean-Baptiste cultive une relation quasi amoureuse avec ces garçons qui, du coup, lui donne ce qu'ils n'offriraient pas forcement à un autre. C'est sans doute un des secrets qui fait le prix du travail de Jean-Baptiste Huong, dont nous vous présentons régulièrement les photos. Sweet Fantaisies Diary calendar 2018 Son calendrier, où chaque mois est illustré de la plus belle manière par une composition qu'on pourrait imaginer née du hasard, est à n'en pas douter le fruit de son regard amoureux...  Il ravira votre année 2018, sous les auspices de la beauté et de la générosité. En vente en exclusivité...

Le beau livre #7, David LaChapelle, Lost + Found & Good News

Après les tout aussi monumentaux Artists & Prostitutes, LaChapelle Land, Hotel LaChapelle, Heaven to Hell parus entre 1996 et 2006, Lost + Found et Good News sont les deux derniers ouvrages présentant les plus récents travaux du photographe américain, aussi réalisateur et à l’origine de nombreuses campagnes de publicité loin d’être passées inaperçues comme ces images engagées pour la marque Diesel. Dans un univers onirique, pop, un monde ou le vrai a l’air faux, un monde luxuriant mais grinçant David LaChapelle (né en 1963) se joue des normes et des conventions, dans ces images, hyper-précises et composées comme des toiles de maîtres, c’est dans un univers identifiable entre mille, là où se tutoie le kitsch et l’antique, l’onirique et le trash, le sexy et le sacré, qu’il nous balade. De décadences en étrangetés, c’est toutes les icônes de la planète pop, superstars ou célébrités underground qui ont défilé sous son objectif, Pamela Anderson, David Beckham, Amanda Lepore, Madonna, Lady Gaga, Paris Hilton, David Bowie,...

Rendez-vous avec Jean-Baptiste Huong et ses modèles sexys

A partir de ce mois d'octobre, Genres publiera régulièrement le travail de Jean-Baptiste Huong, un jeune photographe très prometteur, dont nous soutenons à 100 % le travail. Pas racoleuses, jamais agressives, ses photos nous touchent parce qu'elles présentent un univers doux, tendre et harmonieux. Nous espérons que vous partagerez notre enthousiasme. http://jeanbaptistehuong.com/

Simon Bocanegra capte la lumière intérieure de l’underground

Simon Bocanegra : photographe clandestin... Orphelin né à la fin de la guerre à Lyon, il est baptisé du nom de ce célèbre opéra de Verdi ! Une entrée en matière en fanfare ! Simon Bocanegra cultive tout d'abord son corps, avant de s'occuper de son esprit ! Il est strip-teaser à New-York. C’est à l’âge de 20 ans qu’il réalise ses premiers portraits en s’appropriant un appareil photo dans un vestiaire à Hawaii. ...devenu portraitiste des nuits Parisiennes les plus folles De retour en France en 1978, l’année de l’ouverture du Palace, il est très vite adopté par Fabrice Emaer. Cet hôte nous rappelle que « le Palace, c’est d’abord un théâtre. C’est aux gens d’assumer leur théâtralité. À la fois acteurs et spectateurs d’eux-mêmes. » À travers l'univers flamboyant de ce lieu unique, il devient accro au glamour de la mode. Désertant les podiums des défilés, il leur préfère l’effervescence des backstages où règne un climat d’impériosité propice à la montée en puissance de son désir. Il a besoin de cette proximité pour créer un contact...