Entretiens

Echange entre deux personnes L, G, B, T ou ++ sur un sujet d’un commun intérêt…

Le roman choral de Félicie Dubois

Que sont nos campagnes devenues - est-il possible à deux femmes en couple, issues de la grande ville, de s’y transplanter ? La greffe entre « rurbains » (avides de qualité de vie) et locaux (dont « le passé survit encore au présent ») a-t-elle pris, à l’ère de la mondialisation et de l’addiction à Internet ? Bienvenue à Sainte-Barbe, « entre mer, marais et bocages », où se déroulent Les Joies simples que Félicie Dubois nous invite à partager. Un quotidien campagnard, parfois extrait ou tombé d’une autre réalité (planète ?), qui vient ici nous rappeler avec quelle brutalité la logique des puissants s’exerce sur les jugés  « rétrogrades ». C’est le roman « incarné et souriant » de la ruralité intime que Félicie nous offre, avec toute la pudeur à la fois tendre et distanciée, mais jamais angélique, du style inimitable qui est le sien, ciselé au quart de millimètre de mot près, visant juste à tous coups. « Au début du troisième millénaire après Jésus-Christ, le monde a considérablement rétréci » C’est le constat que dresse la narratrice. Densité humaine,...

GayKitschCamp, pour que vive le patrimoine LGBT

Créée en 1989, l'association culturelle GayKitschCamp a pour vocation de promouvoir le patrimoine LGBT. Après avoir organisé en parallèle le festival de films QuestionDeGenre à Lille de 1991 à 2005, elle s’est incarnée en centre de documentation/librairie de 2000 à 2005. Installée ensuite à Montpellier, elle se concentre aujourd’hui sur sa première activité : faire découvrir à des chercheurs, des étudiants et des amateurs, des textes constitutifs de l'histoire homosexuelle au sein de la maison d’édition QuestionDe­Genre/GKC. Cette maison d’édition a lancé puis accompagné les publications d’études homosexuelles en France. Entretien avec Patrick Cardon, responsable depuis sa création et immense figure de la culture LGBT. Hugues Demeusy : Patrick, pourquoi ce nom de GayKitschCamp? Patrick Cardon : A l’origine, une affiche entrevue pour une exposition à Anvers sur le kitsch (resignification de choses banales et surtout anachroniques) et sur le camp (humour gay). Nous ajoutâmes gay, pour affirmer une identité. Quels furent ses débuts ? Gay « sans commentaire » ; Kitsch « Le temps qui passe » ; Camp « Le temps qu’il fait » : C’est ainsi qu’en...

Matcha Phorn In, maman lesbienne thaïlandaise militante !

Avant d’arriver en Thaïlande, nous avons contacté différentes associations LGBTQ pour leur demander si elles pouvaient nous aider à identifier des familles homoparentales. Nous n’avons réussi à identifier que deux familles de lesbiennes avec des enfants mais malheureusement nous n’avons pas pu les rencontrer. Nous voulions tout de même avoir le témoignage d’une famille arc-en-ciel Thaïlandaise, c’est pourquoi nous avons décidé de faire une interview Skype avec Matcha Phorn In. Matcha se définit elle-même comme «faisant partie d’une minorité ethnique, lesbienne, mère et militante et éducatrice pour les droits humains». Elle est devenue militante sur les questions LGBT il y a environ 7 ans et depuis 3 ou 4 ans, elle se bat pour les droits des familles homoparentales. Matcha est directrice de Sangsan Anakot Yawachon (Projet Construire l’Avenir des Jeunes), un projet de développement pour la jeunesse en Thaïlande, permettant aux minorités ethniques, et souvent aux apatrides, d’acquérir une éducation et des compétences de vie, tout en leur permettant de défendre leurs droits et de...

Les Vestiges d’Alice, entretien avec Marc Kiska

Le photographe, mais aussi sculpteur et désormais auteur, Marc Kiska livre un récit des plus percutant, tant sur la forme que sur le fond. Il y a en effet dans ce roman, une volonté de manier et d’user de différents niveaux de langages, comme pour mieux faire tourbillonner son lecteur. Puis, il y a aussi, et surtout, cette galerie de personnages aux pulsions et passions souvent incontrôlables, et qui donne à ce texte tout son relief. Et pour aller un peu plus loin, nous avons pu nous entretenir, avec l’auteur. - Vous êtes photographe, et ce qui de prime abord semble singulariser votre travail, c’est, il me semble, cette trame hyper narrative, ainsi ce glissement de l’image aux mots apparaît quasiment évident. Avez-vous éprouvez, lors de l’écriture de votre roman, un processus similaire à celui de la fabrication d’une photographie ? Marc Kiska : Je me suis mis à photographier il y a une quinzaine d’années pour illustrer mes nouvelles. Ces textes étaient déjà très visuels...

Marco Han : « Je veux capturer les émotions intérieures de ces hommes, en utilisant...

Tu es originaire de Mandchourie au nord de la Chine en 1983. Quel est ton parcours artistique ? Marco Han : Le dessin et la peinture ont toujours été ma passion, je les ai appris dès mon plus jeune âge, et je les pratique toujours régulièrement. J’ai également été tatoueur. Je suis venu à la photographie naturellement, comme prolongement à la peinture. Puis mon activité de photographe s’est développée au cours de mes nombreux voyages dans le monde, et au fil de mes rencontres. Je suis un photographe libre, qui me déplace souvent. Ton exposition de photos aura lieu du 25 janvier au 15 février 2017 à la librairie Les Mots à la bouche dans le cadre de la 3e Semaine LGBT chinoise. Peux-tu nous en parler ? La rue m’inspire beaucoup, ainsi que le monde de la nuit. Les hommes que je rencontre m’inspirent aussi. Je veux capturer les émotions intérieures de ces hommes, en utilisant le noir et blanc, afin d'exprimer leurs blessures et leurs forces...
deux femmes s'embrassent sur un litvideo

Chéries-Chéris : « la qualité des films cette année est exceptionnelle »

Kevin Reynaud : Pouvez-vous nous présenter le festival en quelques mots ? Cyril Legann : Le festival Chéries-Chéris existe depuis 22 ans et a pour but de promouvoir la culture LGBT au cinéma. Il répond au départ à un besoin de visibilité des films qui n’étaient que peu distribués en France. Aujourd’hui la problématique a changé, avec internet et l’avènement des supports domestiques (DVD, BluRay…) les films sont plus faciles à voir. Nous avons donc créé une compétition depuis 2010, et notre but, plus que jamais est d’apporter une plus-value au spectateur en créant un espace de convivialité et d’échange. Pour cela nous nous attelons à faire venir des équipes de films, cette année nous avons des réalisateurs qui viennent de pays très divers : USA, Canada, Israël, Lituanie, Portugal… c’est exceptionnel ! Et puis il y a tous les courts-métrages, des rendez-vous toujours appréciés par le public car ces films-là, souvent très riches, ne sont pas visibles ailleurs. Et on ressent également l’enthousiasme des équipes qui ont parfois...

Emmanuel Barrouyer, c’est quoi un artiste queer ?

Rencontre avec un défricheur que rien n'arrête. On peut s'égarer dans les nombreuses formes artistiques que tu proposes, alors dis-nous quelle est ta démarche ? Il est vrai qu’en France j’ai l’impression qu’on a toujours besoin d’entrer dans une case précise, au risque de perdre les gens. Moi, j’ai un besoin de créativité permanent, besoin qui n’est pas satisfait par mon métier de comédien. Je dirais que c’est une créativité en mouvement : je ne me pose pas de question, je ne me mets pas de limite, pas de cadre, j’essaye simplement d’exprimer quelque chose de sincère et les différents thèmes de mon travail sont les facettes d’une seule et même œuvre mais qui se multiplie, qui est transgenre, parce que justement je n’aime pas être dans une case. J’ai besoin de liberté. Je me sens bien dans cette créativité sans freins, sans censure (excepté sur les réseaux sociaux), en allant exactement à l’endroit où j’ai envie d’aller. Et si les gens se perdent tant mieux, cela veut dire...

Hervé Joseph Lebrun : le porno gay seventies dans le coeur

Bonjour Hervé Joseph, tu es "conseiller historique" du film de Yann Gonzalez, « Un couteau dans le cœur », dont l'intrigue se passe dans le milieu du porno gay de la fin des années 70. Comment es-tu arrivé sur ce projet et comment cela s'est-il passé ? À l’occasion de la sortie du « Dictionnaire des films érotiques et pornographiques français en 16 et 35 mm », dictionnaire sous la direction de Christophe Bier pour lequel j'étais un des contributeurs et superviseur des films homos, une soirée spéciale, « La Nuit de la grande chaleur », a été organisée à La Cinémathèque française le 11 juin 2011. Trois films étaient programmés dont « Maléfices pornos » (Éric de Winter, 1978) produit par Anne-Marie Tensi (AMT). Yann Gonzalez était présent et, de cette soirée, est née l'idée de réaliser un film autour d'Anne-Marie Tensi. J'étais en train de réaliser le film documentaire « Mondo Homo: A Study of French Gay Porn in the '70s » (2014) où un...

Arthur Dreyfuss : l’enfant qui est en chacun de nous

Il écrit avec des images dans la tête On vous connaît d’abord comme écrivain... C’est vrai, mais j’ai toujours écrit avec des images dans la tête. Quand on me demande « quels auteurs » m’ont inspiré, je réponds que certaines œuvres musicales ou visuelles m’ont davantage inspiré que des livres. Si je ferme les yeux, je pense autant à un chapitre du Grand Cahier d’Agota Kristof qu’à un poème de Maurice Scève, autant à Arcangelo Corelli qu’à une photo de Bernard Faucon ou de Nan Goldin. Comment est né votre travail photographique ? L’idée de la trace m’obsède depuis longtemps. Enfant, avec des caméscopes, des Kodak jetables, j’ai beaucoup photographié et filmé mes parents, mes grands-parents. Le cadre m’est apparu comme une chose naturelle : tracer quatre bords dans la réalité revenait à s’inventer une liberté. À vingt ans, un ami m’a offert un vieil argentique, que j’ai emporté partout. J’ai entrepris de cerner mes obsessions – tout en les limitant, à cause de la pellicule. Ensuite, comme...