Entretiens

Echange entre deux personnes L, G, B, T ou ++ sur un sujet d’un commun intérêt…

GayKitschCamp, pour que vive le patrimoine LGBT

Créée en 1989, l'association culturelle GayKitschCamp a pour vocation de promouvoir le patrimoine LGBT. Après avoir organisé en parallèle le festival de films QuestionDeGenre à Lille de 1991 à 2005, elle s’est incarnée en centre de documentation/librairie de 2000 à 2005. Installée ensuite à Montpellier, elle se concentre aujourd’hui sur sa première activité : faire découvrir à des chercheurs, des étudiants et des amateurs, des textes constitutifs de l'histoire homosexuelle au sein de la maison d’édition QuestionDe­Genre/GKC. Cette maison d’édition a lancé puis accompagné les publications d’études homosexuelles en France. Entretien avec Patrick Cardon, responsable depuis sa création et immense figure de la culture LGBT. Hugues Demeusy : Patrick, pourquoi ce nom de GayKitschCamp? Patrick Cardon : A l’origine, une affiche entrevue pour une exposition à Anvers sur le kitsch (resignification de choses banales et surtout anachroniques) et sur le camp (humour gay). Nous ajoutâmes gay, pour affirmer une identité. Quels furent ses débuts ? Gay « sans commentaire » ; Kitsch « Le temps qui passe » ; Camp « Le temps qu’il fait » : C’est ainsi qu’en...

Jean Claude Bologne : vivre en couple, toute une histoire !

Au printemps 2013, la loi dite « Taubira » consacre le « mariage pour tous ». Une définition est intégrée au Code civil, dans un nouvel article 143 : « Le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe". Est-ce à dire que cette union officielle symbolise à elle seule l’idée du couple, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel ? C’est à cette passionnante question que Jean Claude Bologne, philologue formé à l’université de Liège, historien et romancier, s’est attelé, dans une très complète et impressionnante Histoire du couple, de l’Antiquité à nos jours. La polygamie : prédisposition « testiculaire » ? L’ouvrage se lit comme un roman, et pourtant il nous enseigne formidablement – voire fait ou refait notre éducation en matière de ce que nous pensons bien connaître pour l’avoir (presque) toutes et tous vécu : le couple ! N’allons pas imaginer que vivre à deux se résume à une bague passée au doigt pour le meilleur et pour le...

Passion amoureuse ou amitié fraternelle ? La réponse de Stéphane Lambert

http://youtu.be/MIIrofQwfso Dans Fraternelle Mélancolie, Stéphane Lambert explore l'amitié qui unit deux grands écrivains américains, Herman Melville, et Nathaniel Hawthorne. Il décrit et imagine les  stigmates d'une passion tumultueuse... Cela se déroule au milieu du 19ème siècle... Alors "outing" ou pas ? Stéphane Lambert nous donne les clés ici ! Hugues Demeusy : Comment et quand as-tu rencontré Melville et Hawthorne et pourquoi leur relation t’a interpellé au point d’y consacrer un livre ? Stéphane Lambert : Quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai longtemps gardé sur ma table de chevet l’épais volume de Moby Dick, qui est devenu ce qu’on appelle un livre culte, sans réussir à m’y mettre. L’idée de la chasse à la baleine me rebutait. En réalité, Moby Dick est tout sauf un hymne à la chasse à la baleine, c’est un roman de dimension mythique, qui place l’homme face aux grandes questions de l’humanité. Or Moby Dick est dédié à Hawthorne, que je ne connaissais pas. Quand j’ai enfin lu le roman de Melville,...

Une famille homoparentale européenne à Hong-Kong

Avant notre arrivée à Hong Kong nous avions contacté le groupe Facebook Rainbow Families of Hong Kong. Cécile et Claire ont tout de suite répondu qu’elles étaient partantes pour nous rencontrer. Cécile est Française, Claire est britannique. Elles ont eu ensemble Elodie qui a aujourd’hui 5 ans. Elles vivent actuellement à Hong Kong où elles travaillent toutes les deux. Nous les avons rencontrées un après midi, dans un parc au milieu de la ville. Pendant que les enfants s’amusaient, nous avons l’occasion de les interviewer. Ce fut une fois de plus une très belle rencontre. Découvrez ici leur histoire, leur passion commune, leurs difficultés pour obtenir leur visa pour Hong Kong… Lien direct vers la vidéo https://www.youtube.com/watch?v=U1o1092vYcM&t=1s

Jay Alansky et ses multiples je(ux)

Musicien, auteur-compositeur (il a notamment travaillé avec Marie-France, Lio, Jil Caplan, Alain Chamfort, Les Innocents, Julien Clerc, etc.), producteur et interprète, Jay Alansky dispose d’une palette créative incroyablement diversifiée. Il est connu pour être le membre fondateur des Beautiful Losers et l’initiateur de nombreux projets électroniques (dont A Reminiscent Drive). Il exerce aussi ses talents dans le domaine des clips et de la photographie, où son travail est largement apprécié. Et, cerise sur le gâteau, il ne manque pas d’encre dans son stylo, comme il l’a déjà prouvé en 2015 avec un premier roman intitulé Hermine et le vieux jeune homme (L’Harmattan). Aujourd’hui, Jay nous revient avec un ouvrage d’une belle singularité : Le monde est un reproche. Il y relève un pari risqué – mais qu’il réussit impeccablement : entrer dans un « Je(u) » féminin et vivre une traversée de vie de femme, avec toute l’incroyable densité émotionnelle spécifique que cela implique. L’aventure romanesque est d’autant plus exaltante que ce « Je » de femme dans lequel Jay...

Une famille homoparentale Chinoise qui fait bouger les choses !

https://youtu.be/Sr9Og70zs8Q Lors de notre passage à Pékin nous avons pu rencontrer Rui et sa partenaire Chen ainsi que leurs jumeaux Helen et Harry. Rui était mon contact principal en Chine et c’est grâce à elle et au réseau LGBT qu’elle a pu tisser en Chine que nous avons pu vivre cette incroyable expérience humaine en Chine. Rui et Chen se sont rencontrées au travail alors qu’elles étaient toutes les deux employées d’une Organisation Non Gouvernementale chinoise. En 2014, elles ont vécu en Grande Bretagne pendant quelques mois pour faire un master. La Grande Bretagne autorisant l’accès à la procréation médicalement assisté pour les couples de lesbiennes, Rui et Chen ont tenté deux fécondations in vitro mais qui n’ont malheureusement pas fonctionné. En 2015, elles sont de retour en Chine et ont toujours pour souhait de devenir mamans. Elles décident donc de faire une fécondation in vitro (FIV) dans une clinique de Portland aux Etats-Unis.C’est Rui qui a porté les jumeaux mais ce sont les ovules de Chen qui ont...

Emmanuel Barrouyer, c’est quoi un artiste queer ?

Rencontre avec un défricheur que rien n'arrête. On peut s'égarer dans les nombreuses formes artistiques que tu proposes, alors dis-nous quelle est ta démarche ? Il est vrai qu’en France j’ai l’impression qu’on a toujours besoin d’entrer dans une case précise, au risque de perdre les gens. Moi, j’ai un besoin de créativité permanent, besoin qui n’est pas satisfait par mon métier de comédien. Je dirais que c’est une créativité en mouvement : je ne me pose pas de question, je ne me mets pas de limite, pas de cadre, j’essaye simplement d’exprimer quelque chose de sincère et les différents thèmes de mon travail sont les facettes d’une seule et même œuvre mais qui se multiplie, qui est transgenre, parce que justement je n’aime pas être dans une case. J’ai besoin de liberté. Je me sens bien dans cette créativité sans freins, sans censure (excepté sur les réseaux sociaux), en allant exactement à l’endroit où j’ai envie d’aller. Et si les gens se perdent tant mieux, cela veut dire...

Une women story devenue success story grâce aux réseaux sociaux

Dans ses « remerciements » qui précèdent le texte de son roman, Stéphanie Vidonne indique : « Merci… à vous lecteurs, sans qui ce projet littéraire n’existerait pas ». D’abord parue en feuilleton sur son site Internet (http://www.mavieenlila.com), l’histoire a très vite capté bon nombre de personnes, pour atteindre les 2000, ce qui a évidemment encouragé Stéphanie à prévoir une édition « papier » de son livre. Alors de quoi s’agit-il ? De deux femmes qui se cherchent – c’est le cas de le dire puisque l’une d’elles est aveugle, mais l’on constatera que le livre fait voler en éclats tous nos a priori de « voyants » sur ce sujet ! –, l’une étant bisexuelle et l’autre pas. Celle qui « voit » le mieux sur le plan des pétillements du désir n’est bien sûr pas celle que l’on croit, et même si le « je » qui s’exprime ne revendique aucune homosexualité, la révélation vécue, à la fois psychologique et physique, prête à...

Arthur Dreyfuss : l’enfant qui est en chacun de nous

Il écrit avec des images dans la tête On vous connaît d’abord comme écrivain... C’est vrai, mais j’ai toujours écrit avec des images dans la tête. Quand on me demande « quels auteurs » m’ont inspiré, je réponds que certaines œuvres musicales ou visuelles m’ont davantage inspiré que des livres. Si je ferme les yeux, je pense autant à un chapitre du Grand Cahier d’Agota Kristof qu’à un poème de Maurice Scève, autant à Arcangelo Corelli qu’à une photo de Bernard Faucon ou de Nan Goldin. Comment est né votre travail photographique ? L’idée de la trace m’obsède depuis longtemps. Enfant, avec des caméscopes, des Kodak jetables, j’ai beaucoup photographié et filmé mes parents, mes grands-parents. Le cadre m’est apparu comme une chose naturelle : tracer quatre bords dans la réalité revenait à s’inventer une liberté. À vingt ans, un ami m’a offert un vieil argentique, que j’ai emporté partout. J’ai entrepris de cerner mes obsessions – tout en les limitant, à cause de la pellicule. Ensuite, comme...