Récits

Faire rêver les lecteurs en leur racontant des histoires…

Anne-Claire Thevenot / Carnets temporels

Fantômes du genre

Ni homme ni femme, ni bien ni mal, ni tendu ni relâché, de quoi est fait ce rien. Etre une anguille c’est être absent, c’est être dissolu et pourtant on les voit, tous ces visages si présents si perdus.     Je me promène en fantôme et pense régulièrement à la fin de ma vie. Je ne la vois pas comme une fin, seulement un moment. C’est un moment imaginé, préparé, il possède son lieu et son heure. Aujourd’hui sur la côte de granit rose, où même le ciel a fini par rosir et où les rochers sont éclairés à l’horizon par les lumières d’un soleil devenu invisible, je pense à cet instant. L’abandon du sexe Etre en seul Sur ce rocher rose Au-dessus du vide, les pieds sur les rochers que des enfants ont appelé des montagnes, je perçois le froid du ressac et la dureté de la chute. Je n’ai aucune envie de mourir ici. L’abandon du visage Le regard ne se pose sur rien Quand le ciel est tout bleu Peut-être qu’une fois chez moi, dans ce...

Des paillettes à la révolution ! Entre chien et loup – épisode 6

Olivier a disparu ! Sa chambre est vide. Ses affaires ont disparu. Thierry est effondré, totalement vidé par la violence de ce qu'il vient de vivre. Les mots se bousculent dans sa bouche. Nous comprenons, Isabelle et moi,  que les parents d'Olivier sont venus tôt le matin pour emmener leur fils, comme des voleurs ! Le mot de kidnapping nous brûle les lèvres, même si bien sûr, ce n'en est pas un. Sans doute, ont-ils fomenté ce retour chez eux avec la Direction de l'Hôpital. Ils ont certainement fait intervenir leurs relations haut-placées et cette sortie a été programmée dans le plus grand secret, tout au moins dans notre dos ! Nous n'avons jamais entendu quoi que ce soit concernant son départ. Pourtant nous étions là, chacun à notre tour. Nous avions confiance dans le personnel soignant. On nous a trompé. Quand nous avons réclamé des explications concernant cette décision, on nous a bien fait comprendre que nous n'avions aucun droit sur Olivier. On ne voulait plus nous voir traîner dans les parages. Cela avait le mérite d'être clair ! En...
motos

Silence, je revis

Apercevant Julian dans la cour, Mathieu court vers lui : « Attends ! Demain c’est mon jour de repos, je pourrais te faire visiter notre petite ville si ça te dit ? » « Avec plaisir ! Mais tu as peut-être mieux à faire que jouer les guides. » « Si je te le propose c’est que j’en ai envie. Alors tu acceptes ? … Parfait ! Je viens te chercher demain matin chez toi vers dix heures. » Voyage en moto pour une vraie partie de campagne. Ciel bleu, temps radieux et paysages verdoyants. Tout pour contribuer à une visite guidée des plus réussies. Mathieu montre au nouveau venu tout ce qu’il y a de plus beau à voir dans la région, à sa connaissance. Et plus particulièrement un endroit « secret » où il vient parfois se ressourcer afin d’évacuer un trop plein de stress. Il s’agit d’une petite crique au bord de la rivière, assez retirée de la ville. En tout cas suffisamment pour se...

A la lumière des sexes

Sur la glissée du drap, on compte quelques amours. La lumière ne s’en souciant guère, ma main suspendue tenant la cigarette, le soir s’est transformé en une nuit paisible et claire. Que pouvait bien faire l’autre main ?     Posée comme endormie, si sage, elle s’est tenue là quelques temps sans se faire remarquer. Cette main de l’inconscient repos si profond. Mon téléphone a clignoté signifiant la réception d’un message. Je n’ai pas éteint la lampe de chevet et ne porte qu’un t-shirt. Quand j’ai dégagé le drap mon sexe fut exposé au milieu des poils pubiens, au centre du lit, dans un coin de la pièce. Mon regard s’est porté sur mon pénis dans une sensation d’image adoucie. J’ai aimé l’absence de détails désagréables. La musique sort d’une enceinte à la technologie bluetooth. Il n’y a pas eu de cigarette, j’ai menti. Il reste les mots si préservés qui se suivent ainsi : madame rêve au jour le jour Irène, Irène immortels Brest. Et plus loin, période bleue. Le barman plutôt...

Le monde selon Jean. Entre chien et loup – Episode 7

Le choix de Yann Yann surgit des cuisines avec plusieurs plats en équilibre sur ses bras, comme un vrai pro. Il se dirige prestement vars la tablée à qui ces mets dressés avec le plus grand soin par le cuisinier sont destinés. Un sourire forcé sur les lèvres, il dépose les assiettes devant les convives bruyants qui accueillent ces plats avec des commentaires épicés. Ils  sont une dizaine, garçons et filles, jeunes et cools, avec cette innocence naturelle exaspérante de ceux qui sont beaux mais ne le font pas exprès. Ils s'interpellent dans un anglais approximatif et coloré d'accents divers. Qui sont ils ? Des gens de la mode, certainement, pense Yann avec effroi. Pourtant, ll doit faire bonne figure devant ce catalogue vivant pour une marque de sportwear américaine. Il a envie de hurler. Il sourit tel un automate, et distille quelques bribes de son vocabulaire anglais très limité. Il s'attire les sourires et l'attention des filles qui lui font les yeux doux, renforçant sa gêne. Il fait...
yeux bleux foulard maghreb

Le Chaiwala d’Islamabad

Je ne l’avais jamais pris en photo. J’avais bien trop peur de le perdre. Dans le plus grand secret, je le gardais pour moi, mon garçon d’Islamabad. Loin d’un monde sourd à nos vies, à l’abri du regard des autres, j’avais pris la décision de l’aimer, quelques heures par nuits, en silence. Des secondes d’éternité qu’il m’offrait lorsqu’il rentrait tard le soir, après avoir embrassé sa famille, après avoir traversé la ville d’Est en Ouest et gravit discrètement les quelques marches qui le menait jusqu’à ma chambre. Il se déshabillait lentement dans l’entrée, abandonnant ses vêtements traditionnels pour le confort d’une peau nue, légèrement halée, qu’il s’empressait de blottir contre mon corps. Nous ne parlions pas. Aucun de nous ne comprenait l’autre. On se souriait, il m’embrassait, je lui caressais timidement le front et on finissait par s’endormir, lui dans mes bras, moi dans son cou. Au petit matin, il avait déjà disparu. Il partait toujours avant l’aube, sans laisser de trace, comme s’il n’était...

Le sexe verni de mes ongles, haïku

  du haut de la tour de mon sexe emprisonné le saut d’une puce unique en mes genres les ongles peints de violet je sonne à sa porte une soumission entre deux pintes de Kro rouge à lèvres brut le regard en biais la musique assourdissante collants arrachés je la reconnais tatouée de rouge à lèvres ma tasse à café bistrot de motards empaquetés rose-bonbon mon pénis et moi un dessous de verre j’y dessine un clitoris pour changer la donne cheville fragile le soleil sur le ballon et sur mon vernis métro à l’aube - sous la barbe brune ma peau en métamorphose ticket validé enserré de doigts le cercle de mon demi ponctué de vernis laissant sur sa joue la marque du rouge à lèvres mon ami d’enfance  

Yann est au top ! Entre chien et loup – Episode 8

  Yann est au top ! Il dégringole l'escalier, traverse la cour, tire la lourde porte et jaillit dans la rue étroite. Il reprend son souffle en marchant, Tout à sa joie de se laisser porter par cette expérience totalement inédite, il sifflote, le nez au vent. Il se sent bien, vraiment bien. Puis il se jette littéralement dans les escaliers du métro. Il traverse les couloirs au pas de course, esquisse quelques entrechats, qui ne passent pas inaperçus : un bande de loubards le traitent de pédé ! Il leur envoie son plus beau sourire et leur adresse un baiser au risque de provoquer une émeute. Sûr que les usagers du métro le prennent pour un fou, puisqu'il est joyeux dans cet environnement sinistre, mais vraiment, il s'en fout. Il grimpe les marches quatre à quatre pour arriver sur le quai. Une rame entre dans la station, provoquant un frémissement perceptible chez les usagers qui ostensiblement, se parquent devant les portes pour empêcher la sortie de leurs congénères...
arbre et racines

L’arbre de vie

Il saute, court, tombe, se relève, retombe et court encore. C’est un enfant heureux et innocent qui joue dans le grand jardin de sa maison. Autour de lui il y a des petits arbres fraîchement plantés, dont un le jour de sa naissance. Son arbre de « chance », comme l’ont baptisé ses parents. Dix ans plus tard, l’arbrisseau a grandi pour laisser place à un jeune arbre au tronc robuste et volontaire. De timides fleurs roses commencent à bourgeonner sur des branches solides, en ce début de printemps. L’adolescent le regarde en pensant que si la chance ne dépendait que de cet arbre stupide il serait un chêne majestueux et lui un amoureux comblé. Seulement la vie a décidé d’être cruelle et injuste avec lui. On l’empêche d’aimer qui il veut et de plus, on le culpabilise d’être différent de ses frères. Foot, rugby, bagarre et surtout draguer les minettes. Lui préfère la solitude contemplative et la culture artistique. Il est intelligent, doué pour les études...