Récits

Faire rêver les lecteurs en leur racontant des histoires…

Avis de tempête : Entre chien et loup – Episode 14

Tea for three Thierry, le traître, se dirige vers ce qui doit être la salle de bains pour prendre une douche... il précise avec un clin d'œil qu'on ne le dérange pas pendant ses ablutions.... Nous demeurons donc seuls, Hervé et moi, et notre gêne s’accroît de minute en minute. Je sors mon paquet de blondes et en propose une à mon hôte, qui refuse. Brrrrrr. Il ne m'invite pas à m'asseoir, pendant qu'il pose ses affaires, et je suis planté comme un idiot que je suis ne sachant que faire ni que dire, tirant sur ma clope... Il me demande au bout d'un instant qui me parait un siècle, si je veux un thé. J'accepte benoîtement, et pour briser la glace, je fais mine de m'intéresser à son travail. Il revient de la mini-cuisine et extrait quelques grandes toiles posées à même le sol. Il allume l'halogène et je découvre des garçons musclés, peu vêtus, dans des poses de guerriers modernes. Le tout est réalisé...

Pour une absente (à Barbara)

Elle prend la voix S’achèvent les autres feux S’immolent les costumes La première danse chavire Isolée au centre des fauteuils Elle résonne noir Ils pensent blanc Elle prend la voix Isolée dans les tentures Détournée de sa migration Suppliant leur amour Répond le vide Sans terre Racines dures et formées Le grand escalier s’éloigne Les mots flottent comme des bouées Vous n’étiez pas au rendez-vous Mais elle attend Ici même Pas encore de voyage Elle déjà derrière Eux toujours devant L’illusion du mimosa Et des îles bétonnées Aux assassins blonds d’amour Pas tout de suite voûtée Devenue centaines Par milliers d’écume Elle s’envole contre les barreaux Jusqu’à l’arbre pigeon vole Et s’envole Elle a avalé nos violences Pour les changer en berlingots Nous tendions nos paniers d’osier Elle posait tout dedans Novembre veillait Avions-nous compris cette méchante lueur Le temps d’y réfléchir Elle s’est évanouie Même pas à Marienbad Ses plus belles insomnies Le temps qui joue au démonteur Que de fruits comestibles Croqués près des pépins Nous Nos bouches désespérées Repues dès qu’elle chantait Nous étions vénéneux Avec nos airs de piller ses Lunes Elle s’est effrayée Nous étions enfin là Nos respirations sentaient l’ivresse La joie s’est installée Tremblante dans son jardin Elle parlait d’amour Comme à chaque fois L’aigle buvait la pluie Elle s’est couchée entre ses griffes Il...

Le manuscrit

Nous étions en 1967. Il faisait beau et même chaud en cette fin avril. Le soleil n'était pas du luxe, après cet hiver long, humide qui semblait s'être endormi... Nous étions comme anesthésiés par ce manque cruel de lumière et les idées les plus sombres encombraient nos têtes lourdes. Alors ce soleil et le ciel d'un bleu limpide nous revigoraient et nous procuraient des frissons de plaisir. Encore dans mon lit dont j'avais repoussé les draps d'un blanc douteux sur le côté gauche, j'observai mon corps nu, éclairé arbitrairement par les raies de lumière diffusé par les volets fermés. Les moineaux installés dans les arbres bourgeonnant du jardin de curé sous mes fenêtres, chantaient une mélodie qui n'obtiendrait pas la première place du hit parade ; c'était pourtant celle qui m'était la plus familière et qui me donnait du tonus tous les matins. Ma peau pâle était parsemée de poils noirs et luisants surtout sur ma poitrine que je jugeais un peu creuse, et au dessus de...

A la lumière des sexes

Sur la glissée du drap, on compte quelques amours. La lumière ne s’en souciant guère, ma main suspendue tenant la cigarette, le soir s’est transformé en une nuit paisible et claire. Que pouvait bien faire l’autre main ?     Posée comme endormie, si sage, elle s’est tenue là quelques temps sans se faire remarquer. Cette main de l’inconscient repos si profond. Mon téléphone a clignoté signifiant la réception d’un message. Je n’ai pas éteint la lampe de chevet et ne porte qu’un t-shirt. Quand j’ai dégagé le drap mon sexe fut exposé au milieu des poils pubiens, au centre du lit, dans un coin de la pièce. Mon regard s’est porté sur mon pénis dans une sensation d’image adoucie. J’ai aimé l’absence de détails désagréables. La musique sort d’une enceinte à la technologie bluetooth. Il n’y a pas eu de cigarette, j’ai menti. Il reste les mots si préservés qui se suivent ainsi : madame rêve au jour le jour Irène, Irène immortels Brest. Et plus loin, période bleue. Le barman plutôt...

Des paillettes à la révolution ! Entre chien et loup – épisode 6

Olivier a disparu ! Sa chambre est vide. Ses affaires ont disparu. Thierry est effondré, totalement vidé par la violence de ce qu'il vient de vivre. Les mots se bousculent dans sa bouche. Nous comprenons, Isabelle et moi,  que les parents d'Olivier sont venus tôt le matin pour emmener leur fils, comme des voleurs ! Le mot de kidnapping nous brûle les lèvres, même si bien sûr, ce n'en est pas un. Sans doute, ont-ils fomenté ce retour chez eux avec la Direction de l'Hôpital. Ils ont certainement fait intervenir leurs relations haut-placées et cette sortie a été programmée dans le plus grand secret, tout au moins dans notre dos ! Nous n'avons jamais entendu quoi que ce soit concernant son départ. Pourtant nous étions là, chacun à notre tour. Nous avions confiance dans le personnel soignant. On nous a trompé. Quand nous avons réclamé des explications concernant cette décision, on nous a bien fait comprendre que nous n'avions aucun droit sur Olivier. On ne voulait plus nous voir traîner dans les parages. Cela avait le mérite d'être clair ! En...

Esquisse d’un nouvel amour ? Entre chien et loup – Episode 13

Tata beach Je m'assoie au bord de l'eau et regarde passer les bateau-mouche sur la Seine. Les voix stridentes des guides, amplifiées par les haut-parleurs, dirigent le regard et l'extase des touristes au gré des lieux historiques éparpillés le long du fleuve. Un Paris de carte postale... qui réussit à me détendre un peu... C'est un endroit que je fréquente de temps en temps, durant les beaux jours, avec l'idée, si l'occasion se présente, de prendre un poisson dans mes maigres filets. On appelait alors entre nous ce spot "Tata beach". Les berges qui longent les quais des Tuileries, où le manège incessant des garçons qui draguent le nez au vent atteste de la vitalité de ce haut lieu de rencontres, sont colonisées dès qu'un rayon de soleil fait son apparition miraculeuse dans le ciel parisien, par des hommes de tous âges qui s'exposent à ses rayons, souvent avec ostentation, parfois en string... sous le regard gêné ou moqueur des promeneurs. Après une chasse en bonne et due forme...

Yann est au top ! Entre chien et loup – Episode 8

  Yann est au top ! Il dégringole l'escalier, traverse la cour, tire la lourde porte et jaillit dans la rue étroite. Il reprend son souffle en marchant, Tout à sa joie de se laisser porter par cette expérience totalement inédite, il sifflote, le nez au vent. Il se sent bien, vraiment bien. Puis il se jette littéralement dans les escaliers du métro. Il traverse les couloirs au pas de course, esquisse quelques entrechats, qui ne passent pas inaperçus : un bande de loubards le traitent de pédé ! Il leur envoie son plus beau sourire et leur adresse un baiser au risque de provoquer une émeute. Sûr que les usagers du métro le prennent pour un fou, puisqu'il est joyeux dans cet environnement sinistre, mais vraiment, il s'en fout. Il grimpe les marches quatre à quatre pour arriver sur le quai. Une rame entre dans la station, provoquant un frémissement perceptible chez les usagers qui ostensiblement, se parquent devant les portes pour empêcher la sortie de leurs congénères...

Sexe et dépendance. Entre chien et loup – Episode 12

Sexe et dépendance Je me retrouvais en ce printemps 1982 en deuil de l'optimisme, de la bonté de Yann. Il avait éclairé ma vie d'un nouveau jour. Trouverai-je un autre astre pour réchauffer mes os ? Je tentais de m’enivrer dans un tourbillon de sorties et de nuits agitées, et découvrais ces lieux que je ne connaissais pas encore, et j'en devenais rapidement un habitué ! Le Broad, rue de la Ferronnerie dans les Halles, Haute Tension, le BH et ses mauvais garçons... Les dimanches avaient également leur soif d'illusoires ivresses et après les tea dances du Palace et ses nombreux adeptes, au torse nu et huilé, muscles exhibés sur rythmes endiablés, je préférais prendre mes habitudes au Rex Club, où les kikis dont les houppes et les grosses pompes militaires me faisaient tourner la tête. Vêtu d'un bombers bleu marine, d'un polo orné d'une couronne de laurier, d'un 501 et de mes paraboots, les cheveux rasés sur les côtés, j'étais paré pour me fondre dans la communauté...

Dessine-moi un clitoris

Autour du bar ils étaient nombreux mais nous étions en intimité. La conversation prenait son rythme aux couleurs des guirlandes électriques ; je portais le rouge à lèvres Tendre bordeau acheté avec Lison à Monoprix et le vernis à ongle violet que Mireille m’avait prêté. Nous parlions boucles d’oreilles. Celle de Raphaël, mon colocataire, brillait à côté de son sourire. Il posa son verre sur sa cuisse et attrapa le journal Le Monde de l’autre main. Il fêtera ses soixante ans durant son voyage au Mexique, Terra e Liberdade. - J’ai vu des boucles d’oreilles en forme de clitoris, sur internet ! Lançai-je en hurlant un brin. J’avais récemment connu la coupe de l’organe génital féminin dans un hors-série de Causette. Ça m’avait intrigué de voir ce dessin... J’avais récemment connu la coupe de l’organe génital féminin dans un hors-série de Causette. Ça m’avait intrigué de voir ce dessin, contemplé par Sandrine sur une grande table en bois, à Paimpol. J’ai cru y voir le pénis d’un homme, mais...