Récits

Faire rêver les lecteurs en leur racontant des histoires…

yeux bleux foulard maghreb

Le Chaiwala d’Islamabad

Je ne l’avais jamais pris en photo. J’avais bien trop peur de le perdre. Dans le plus grand secret, je le gardais pour moi, mon garçon d’Islamabad. Loin d’un monde sourd à nos vies, à l’abri du regard des autres, j’avais pris la décision de l’aimer, quelques heures par nuits, en silence. Des secondes d’éternité qu’il m’offrait lorsqu’il rentrait tard le soir, après avoir embrassé sa famille, après avoir traversé la ville d’Est en Ouest et gravit discrètement les quelques marches qui le menait jusqu’à ma chambre. Il se déshabillait lentement dans l’entrée, abandonnant ses vêtements traditionnels pour le confort d’une peau nue, légèrement halée, qu’il s’empressait de blottir contre mon corps. Nous ne parlions pas. Aucun de nous ne comprenait l’autre. On se souriait, il m’embrassait, je lui caressais timidement le front et on finissait par s’endormir, lui dans mes bras, moi dans son cou. Au petit matin, il avait déjà disparu. Il partait toujours avant l’aube, sans laisser de trace, comme s’il n’était...

RAINBOW

« On ne dégrade pas l’arc-en-ciel, il s'effectue tout seul, naturellement. La maire a déclaré qu'on piétine les arcs-en-ciel de façon permanente. C'est une rengaine bien avenue. » On ne délave pas l'arc-en-ciel L'inhumain a-faune déflorant cataclysme Société périclite plie au ras des pâquerettes Hippie style Loin d'idylle L'utopie La peace & l’overdose d'pissenlits D'ores et dej' la pluie toxique Se prend pas en flacon Bon shoot bonsoir drag-tume au crâne Pollution des loques des homards Mafios zoo malabars Columbarium bastringue prudes hommes Olé olé Rainbow saoul la plume d’icelui Arc-en-slam volleyeuses Paraphé d'lauriers roses Fanes et femmes blâmées L'encolure chromatique Choc à pic Se reflète au trottoir Pâme pavé vannes violées etc. Gens cul rivé Genre délit flag' Dislocation des Farces cyniques Nus en scène boréale Mädchen t'pisse dessus L'hospital' en grève

Mojito

  À Corbeau   ____   Cheveux courts, l’air androgyne, elle capture mon regard aussitôt que j’entre dans le bar. Elle s’assoit toute seule, dans un coin, avec un verre de mojito dans la main. Ses yeux brillent d’un vert frais, comme les feuilles de menthe. La flamme tremblante de la bougie projette une lumière tamisée sur son visage. Elle a l’air d’attendre quelqu’un, ou quelque chose. Toutes les autres filles se fondent dans le décor.     Je vais vers elle. On commence à papoter. Elle raconte ses relations avec des hommes et des femmes. Elle est actuellement en couple avec un homme bisexuel, qui a de temps en temps envie d’être pris par une femme en gode-ceinture. Ce jeu d’inversion de rôles lui plaît. « Mais, » ajoute-t-elle, « ça n’a rien à voir avec le plaisir entre femmes … une femme, c’est un corps de douceur absolue. Le corps d’une femme, c’est un corps plein de collines et de vallées. Tu caresses le corps d’une femme comme tu caresses du regard un paysage...

Sexe et dépendance. Entre chien et loup – Episode 12

Sexe et dépendance Je me retrouvais en ce printemps 1982 en deuil de l'optimisme, de la bonté de Yann. Il avait éclairé ma vie d'un nouveau jour. Trouverai-je un autre astre pour réchauffer mes os ? Je tentais de m’enivrer dans un tourbillon de sorties et de nuits agitées, et découvrais ces lieux que je ne connaissais pas encore, et j'en devenais rapidement un habitué ! Le Broad, rue de la Ferronnerie dans les Halles, Haute Tension, le BH et ses mauvais garçons... Les dimanches avaient également leur soif d'illusoires ivresses et après les tea dances du Palace et ses nombreux adeptes, au torse nu et huilé, muscles exhibés sur rythmes endiablés, je préférais prendre mes habitudes au Rex Club, où les kikis dont les houppes et les grosses pompes militaires me faisaient tourner la tête. Vêtu d'un bombers bleu marine, d'un polo orné d'une couronne de laurier, d'un 501 et de mes paraboots, les cheveux rasés sur les côtés, j'étais paré pour me fondre dans la communauté...

Avis de tempête : Entre chien et loup – Episode 14

Tea for three Thierry, le traître, se dirige vers ce qui doit être la salle de bains pour prendre une douche... il précise avec un clin d'œil qu'on ne le dérange pas pendant ses ablutions.... Nous demeurons donc seuls, Hervé et moi, et notre gêne s’accroît de minute en minute. Je sors mon paquet de blondes et en propose une à mon hôte, qui refuse. Brrrrrr. Il ne m'invite pas à m'asseoir, pendant qu'il pose ses affaires, et je suis planté comme un idiot que je suis ne sachant que faire ni que dire, tirant sur ma clope... Il me demande au bout d'un instant qui me parait un siècle, si je veux un thé. J'accepte benoîtement, et pour briser la glace, je fais mine de m'intéresser à son travail. Il revient de la mini-cuisine et extrait quelques grandes toiles posées à même le sol. Il allume l'halogène et je découvre des garçons musclés, peu vêtus, dans des poses de guerriers modernes. Le tout est réalisé...

Entre chien et loup : chroniques parisiennes – épisode 1

 Episode 1  J'ai débarqué à la Gare de Lyon avec ma grosse valise marron. Après quelques hésitations, j'ai enfin trouvé la ligne de métro qui me mènera chez Cousine Marcelle, rue de la Clé, dans le 5ème arrondissement. Tout mon passé pèse lourd au bout de mon bras. Pourtant cette grande valise ne contient que quelques vêtements et un nécessaire de toilette... Ça se résume donc à ça, quelque vingt ans d'existence : une enfance choyée mais solitaire, une adolescence difficile, esseulée, interminable... C'est sans aucun doute la dernière épreuve que je dois vaincre pour me débarrasser à tout jamais de cette vie pitoyable, cette vie d'avant sur laquelle je ne compte pas me retourner. Jamais ! Alors, franchement, ça en vaut la peine ! Cousine Marcelle loge au troisième étage dans un bel immeuble en pierre de taille, dans cette rue étroite et calme à cette heure de la journée. Je commence à gravir l'escalier éclairé par des grandes fenêtres en verre dépoli, en traînant ma valise...

Des paillettes à la révolution ! Entre chien et loup – épisode 6

Olivier a disparu ! Sa chambre est vide. Ses affaires ont disparu. Thierry est effondré, totalement vidé par la violence de ce qu'il vient de vivre. Les mots se bousculent dans sa bouche. Nous comprenons, Isabelle et moi,  que les parents d'Olivier sont venus tôt le matin pour emmener leur fils, comme des voleurs ! Le mot de kidnapping nous brûle les lèvres, même si bien sûr, ce n'en est pas un. Sans doute, ont-ils fomenté ce retour chez eux avec la Direction de l'Hôpital. Ils ont certainement fait intervenir leurs relations haut-placées et cette sortie a été programmée dans le plus grand secret, tout au moins dans notre dos ! Nous n'avons jamais entendu quoi que ce soit concernant son départ. Pourtant nous étions là, chacun à notre tour. Nous avions confiance dans le personnel soignant. On nous a trompé. Quand nous avons réclamé des explications concernant cette décision, on nous a bien fait comprendre que nous n'avions aucun droit sur Olivier. On ne voulait plus nous voir traîner dans les parages. Cela avait le mérite d'être clair ! En...

Petits Contes Lesbiens – 1

Ton sein dans ma bouche je vole. Le bout est ma capsule tendre et dure à la fois, un logis malléable où ma langue se faufile, roule et ondule. Ton sein dans ma bouche je vole. Je l’absorbe et me le prends entier comme moisson délicieuse du désir de ton corps en attente. Je suis la saison qui fait mûrir ton sein, et voilà je le cueille, je le mords, le croque et m’en délecte, sa chair gorgée de soleil me régénère, je m’en emplis jusqu’à l’ivresse. Je vole. Mes bras t’enserrent, ma bouche mange ton sein et je vole. J’ai percé la voûte du ciel et là tu as gémi, tu as senti que je franchissais la sphère humaine, tu t’es accouplée à mon décollage, voilà nous sommes deux dans la capsule de ton sein, nous sommes soudées et presque réduites à un corps. Mais non, ton sein s’arrondit, se durcit entre mes lèvres, il me pénètre et me remplit, je sais que tu...
clé

Entre chien et loup : chroniques parisiennes – épisode 4

Game is over ! Oui mais...penser à Olivier me renvoie illico à mes contradictions les plus palpables. J'ai beau jouer au héros à qui on ne la fait plus (moi-même je n'y crois pas !) et avoir rencontré avec Yann un être positif et lumineux, je ne peux m'extraire aussi radicalement de cette pulsion morbide : résister au charme vénéneux d'Olivier, je ne sais pas encore faire... Alors c'est tellement facile pour se donner bonne conscience et foncer dans la gueule du loup de se camoufler derrière ce qui constituerait une trahison si ne je ne l'attendait pas chez lui... Et donc me voilà tel un bon petit soldat devant la porte de l'immeuble d'Olivier,  que j'ouvre discrètement. J'allume la minuterie et le vois immédiatement, affalé devant la porte vitrée. Il s'est effondré ici à bout de force. Sa joue s'est éraflée sur le mur et saigne. Il me supplie du regard de l'aider. Il me demande sur un ton plaintif pourquoi je n'étais pas la. Pris de cours, je mens et...