Jeune homme qui regarde le soleil levant

Je suis un survivant

Je suis un survivant. Des mots qu’il faut oser prononcer. Des mots qu’il faut être prêt à entendre. Car le viol ne connait pas les genres, mais la morale n’en reconnait trop souvent qu’un seul. C’est qu’une victime est souvent genrée au féminin et que l’agresseur est forcément un homme. Mais dans mon cas, tout se décline au masculin. Je n’aime pas trop le mot viol. Il est trop violent, trop abrupte. Il ravive des douleurs qui ne se taisent jamais. Il ressasse des souvenirs qu’on ne peut museler. Il est trop court, banalisé à outrance. Pour moi, il dit trop de chose et il ne dit plus rien. Je préfère utiliser le terme abusé. Il reflète assez bien toutes les dimensions qui se terrent derrière mon agression. Le pronom possessif est ambigu, il me place à la fois comme sujet et comme objet, comme agresseur et agressé. Et pourtant, je parle bien de mon agression, de celle perpétrée contre ma personne. Le verbe perpétrer fait très...

Mojito

  À Corbeau   ____   Cheveux courts, l’air androgyne, elle capture mon regard aussitôt que j’entre dans le bar. Elle s’assoit toute seule, dans un coin, avec un verre de mojito dans la main. Ses yeux brillent d’un vert frais, comme les feuilles de menthe. La flamme tremblante de la bougie projette une lumière tamisée sur son visage. Elle a l’air d’attendre quelqu’un, ou quelque chose. Toutes les autres filles se fondent dans le décor.     Je vais vers elle. On commence à papoter. Elle raconte ses relations avec des hommes et des femmes. Elle est actuellement en couple avec un homme bisexuel, qui a de temps en temps envie d’être pris par une femme en gode-ceinture. Ce jeu d’inversion de rôles lui plaît. « Mais, » ajoute-t-elle, « ça n’a rien à voir avec le plaisir entre femmes … une femme, c’est un corps de douceur absolue. Le corps d’une femme, c’est un corps plein de collines et de vallées. Tu caresses le corps d’une femme comme tu caresses du regard un paysage...
traces de pas dans le sable

Une rencontre, une révélation, une belle journée d’été

Je me doute bien que les gens que je croise s'éloignent de quelques pas pour me laisser passer. Merci à eux ! 'Merci à eux'. Je les entends qui me disent : « Excusez-moi » et je souris, heureuse de cela. Laissez-moi me présenter un peu plus. Je m'appelle Gabriella, j'ai 20 ans et suis mal voyante. Je suis venue ici avec ma famille à Bormes les Mimosas pour les vacances. Quelle joie ! Je suis d'un naturel calme mais dans un environnement de confiance, je suis tout autre et ce, malgré mon handicap visuel. J'aime faire la fête, du sport et passer du temps avec mes proches. Du haut de mes 20 ans, je n'ai jamais eu de relation amoureuse avec personne... même pas un béguin. Je sais que mes proches, notamment mes parents, s'en inquiètent mais moi je ne m'en préoccupe pas. Je profite de la vie et c'est très bien ainsi. Mes proches, due à ma très mauvaise vue, notamment, m'attribuent la capacité...

Le manuscrit

Nous étions en 1967. Il faisait beau et même chaud en cette fin avril. Le soleil n'était pas du luxe, après cet hiver long, humide qui semblait s'être endormi... Nous étions comme anesthésiés par ce manque cruel de lumière et les idées les plus sombres encombraient nos têtes lourdes. Alors ce soleil et le ciel d'un bleu limpide nous revigoraient et nous procuraient des frissons de plaisir. Encore dans mon lit dont j'avais repoussé les draps d'un blanc douteux sur le côté gauche, j'observai mon corps nu, éclairé arbitrairement par les raies de lumière diffusé par les volets fermés. Les moineaux installés dans les arbres bourgeonnant du jardin de curé sous mes fenêtres, chantaient une mélodie qui n'obtiendrait pas la première place du hit parade ; c'était pourtant celle qui m'était la plus familière et qui me donnait du tonus tous les matins. Ma peau pâle était parsemée de poils noirs et luisants surtout sur ma poitrine que je jugeais un peu creuse, et au dessus de...
motos

Silence, je revis

Apercevant Julian dans la cour, Mathieu court vers lui : « Attends ! Demain c’est mon jour de repos, je pourrais te faire visiter notre petite ville si ça te dit ? » « Avec plaisir ! Mais tu as peut-être mieux à faire que jouer les guides. » « Si je te le propose c’est que j’en ai envie. Alors tu acceptes ? … Parfait ! Je viens te chercher demain matin chez toi vers dix heures. » Voyage en moto pour une vraie partie de campagne. Ciel bleu, temps radieux et paysages verdoyants. Tout pour contribuer à une visite guidée des plus réussies. Mathieu montre au nouveau venu tout ce qu’il y a de plus beau à voir dans la région, à sa connaissance. Et plus particulièrement un endroit « secret » où il vient parfois se ressourcer afin d’évacuer un trop plein de stress. Il s’agit d’une petite crique au bord de la rivière, assez retirée de la ville. En tout cas suffisamment pour se...
yeux bleux foulard maghreb

Le Chaiwala d’Islamabad

Je ne l’avais jamais pris en photo. J’avais bien trop peur de le perdre. Dans le plus grand secret, je le gardais pour moi, mon garçon d’Islamabad. Loin d’un monde sourd à nos vies, à l’abri du regard des autres, j’avais pris la décision de l’aimer, quelques heures par nuits, en silence. Des secondes d’éternité qu’il m’offrait lorsqu’il rentrait tard le soir, après avoir embrassé sa famille, après avoir traversé la ville d’Est en Ouest et gravit discrètement les quelques marches qui le menait jusqu’à ma chambre. Il se déshabillait lentement dans l’entrée, abandonnant ses vêtements traditionnels pour le confort d’une peau nue, légèrement halée, qu’il s’empressait de blottir contre mon corps. Nous ne parlions pas. Aucun de nous ne comprenait l’autre. On se souriait, il m’embrassait, je lui caressais timidement le front et on finissait par s’endormir, lui dans mes bras, moi dans son cou. Au petit matin, il avait déjà disparu. Il partait toujours avant l’aube, sans laisser de trace, comme s’il n’était...
arbre et racines

L’arbre de vie

Il saute, court, tombe, se relève, retombe et court encore. C’est un enfant heureux et innocent qui joue dans le grand jardin de sa maison. Autour de lui il y a des petits arbres fraîchement plantés, dont un le jour de sa naissance. Son arbre de « chance », comme l’ont baptisé ses parents. Dix ans plus tard, l’arbrisseau a grandi pour laisser place à un jeune arbre au tronc robuste et volontaire. De timides fleurs roses commencent à bourgeonner sur des branches solides, en ce début de printemps. L’adolescent le regarde en pensant que si la chance ne dépendait que de cet arbre stupide il serait un chêne majestueux et lui un amoureux comblé. Seulement la vie a décidé d’être cruelle et injuste avec lui. On l’empêche d’aimer qui il veut et de plus, on le culpabilise d’être différent de ses frères. Foot, rugby, bagarre et surtout draguer les minettes. Lui préfère la solitude contemplative et la culture artistique. Il est intelligent, doué pour les études...

Dessine-moi un clitoris

Autour du bar ils étaient nombreux mais nous étions en intimité. La conversation prenait son rythme aux couleurs des guirlandes électriques ; je portais le rouge à lèvres Tendre bordeau acheté avec Lison à Monoprix et le vernis à ongle violet que Mireille m’avait prêté. Nous parlions boucles d’oreilles. Celle de Raphaël, mon colocataire, brillait à côté de son sourire. Il posa son verre sur sa cuisse et attrapa le journal Le Monde de l’autre main. Il fêtera ses soixante ans durant son voyage au Mexique, Terra e Liberdade. - J’ai vu des boucles d’oreilles en forme de clitoris, sur internet ! Lançai-je en hurlant un brin. J’avais récemment connu la coupe de l’organe génital féminin dans un hors-série de Causette. Ça m’avait intrigué de voir ce dessin... J’avais récemment connu la coupe de l’organe génital féminin dans un hors-série de Causette. Ça m’avait intrigué de voir ce dessin, contemplé par Sandrine sur une grande table en bois, à Paimpol. J’ai cru y voir le pénis d’un homme, mais...

Bonne résolution de nouvelle année

Comme tous les 1er janvier, dans le monde entier, des millions de femmes, et quelques milliers d’hommes, se promettent de faire attention à leur ligne par un régime et du sport. Surtout du sport. Mais combien honnêtement respectent cette promesse au-delà d’un mois, voire deux pour les plus courageux. N’étant pas différente du commun des mortels, je me suis aussi faite cette vaine promesse. Donc, bravement et sérieusement, je me suis inscrite pour une séance de découverte dans un club sportif parisien. Me voilà dans mon plus beau survêtement noir, bien sûr pour cacher les rondeurs honteuses, à tester mes limites très limitées. Je souffre, j’en bave mais je continue. Deux heures de supplice qui au final m’ont convaincu de rempiler. Mais c’est moins pour l’amour du sport que pour la coach. Une splendeur. Une perfection. Tout semble si facile pour elle. Si fluide, alors que pour nous… Prochaine séance la semaine prochaine, avec le même entrain. Facile quand la jeune femme la plus...