yeux bleux foulard maghreb

Le Chaiwala d’Islamabad

Je ne l’avais jamais pris en photo. J’avais bien trop peur de le perdre. Dans le plus grand secret, je le gardais pour moi, mon garçon d’Islamabad. Loin d’un monde sourd à nos vies, à l’abri du regard des autres, j’avais pris la décision de l’aimer, quelques heures par nuits, en silence. Des secondes d’éternité qu’il m’offrait lorsqu’il rentrait tard le soir, après avoir embrassé sa famille, après avoir traversé la ville d’Est en Ouest et gravit discrètement les quelques marches qui le menait jusqu’à ma chambre. Il se déshabillait lentement dans l’entrée, abandonnant ses vêtements traditionnels pour le confort d’une peau nue, légèrement halée, qu’il s’empressait de blottir contre mon corps. Nous ne parlions pas. Aucun de nous ne comprenait l’autre. On se souriait, il m’embrassait, je lui caressais timidement le front et on finissait par s’endormir, lui dans mes bras, moi dans son cou. Au petit matin, il avait déjà disparu. Il partait toujours avant l’aube, sans laisser de trace, comme s’il n’était...
Jeune homme qui regarde le soleil levant

Je suis un survivant

Je suis un survivant. Des mots qu’il faut oser prononcer. Des mots qu’il faut être prêt à entendre. Car le viol ne connait pas les genres, mais la morale n’en reconnait trop souvent qu’un seul. C’est qu’une victime est souvent genrée au féminin et que l’agresseur est forcément un homme. Mais dans mon cas, tout se décline au masculin. Je n’aime pas trop le mot viol. Il est trop violent, trop abrupte. Il ravive des douleurs qui ne se taisent jamais. Il ressasse des souvenirs qu’on ne peut museler. Il est trop court, banalisé à outrance. Pour moi, il dit trop de chose et il ne dit plus rien. Je préfère utiliser le terme abusé. Il reflète assez bien toutes les dimensions qui se terrent derrière mon agression. Le pronom possessif est ambigu, il me place à la fois comme sujet et comme objet, comme agresseur et agressé. Et pourtant, je parle bien de mon agression, de celle perpétrée contre ma personne. Le verbe perpétrer fait très...

Le clown et l’acrobate

À travers la France, les départements plus ou moins obscurs et les villes pleines d’enfants désabusés, accro aux jeux vidéo en solitaires, et aux parents trop pressés et occupés, le petit cirque familial tente bravement de survivre. Composé d’une modeste ménagerie de trois singes capucins coquins, d’un couple de zèbres loin de chez eux et d’un unique cheval-star monté et dressé par sa belle cavalière. Monsieur Loyal, Aldo propriétaire et père de famille, entouré de sa fille aînée Alina la cavalière, de son gendre Peter vétérinaire responsable de la ménagerie et dresseur de zèbres, de son fils cadet Anton acrobate, et de sa fille cadette Anita maîtresse des singes capucins et également acrobate. Les deux clowns, les frères Marco et Enzo, sont des proches de la famille. Qu’il s’élève dans les airs ou qu’il subjugue le public par ses acrobaties sur le sol, le corps d’Adonis d’Anton est un ravissement pour les yeux... Tous ces gens dans l’abnégation dévoilent des trésors de courage et d’adresse pour faire...

Le manuscrit

Nous étions en 1967. Il faisait beau et même chaud en cette fin avril. Le soleil n'était pas du luxe, après cet hiver long, humide qui semblait s'être endormi... Nous étions comme anesthésiés par ce manque cruel de lumière et les idées les plus sombres encombraient nos têtes lourdes. Alors ce soleil et le ciel d'un bleu limpide nous revigoraient et nous procuraient des frissons de plaisir. Encore dans mon lit dont j'avais repoussé les draps d'un blanc douteux sur le côté gauche, j'observai mon corps nu, éclairé arbitrairement par les raies de lumière diffusé par les volets fermés. Les moineaux installés dans les arbres bourgeonnant du jardin de curé sous mes fenêtres, chantaient une mélodie qui n'obtiendrait pas la première place du hit parade ; c'était pourtant celle qui m'était la plus familière et qui me donnait du tonus tous les matins. Ma peau pâle était parsemée de poils noirs et luisants surtout sur ma poitrine que je jugeais un peu creuse, et au dessus de...

La rencontre

Un jour d'attente Il y a huit ans déjà que j’ai terminé le lycée. Une profonde solitude m'envahit. Un autre de ces moments horribles qui, de part en part de mon être, me fait découvrir à quel point l'humain est le plus pitoyable des terriens. Mon corps continue d'avancer dans ce chemin de ruelles qui ne sait pas changer de paysage. Toujours gris ; terne et sans vie pour la saison. Nous sommes à Paris au mois d'avril et il est treize heures. Il commence à pleuvoir. L'eau se constitue en de petites flaques éparpillées sur toute la route. En regardant mes chaussures prendre l'eau, j'avance encore. En pleine déréliction, je pense à mon amie. En tout cas c'est comme ça que je la considérais. Le souvenir de notre conversation me revient. Nous sommes en fin d'après-midi, a mon retour des toilettes, je vois Camille conclure un discours. Juste le temps de m’asseoir qu’elle finit. Elle retourne à sa place en me souriant. Ses dents et la forme...
traces de pas dans le sable

Une rencontre, une révélation, une belle journée d’été

Je me doute bien que les gens que je croise s'éloignent de quelques pas pour me laisser passer. Merci à eux ! 'Merci à eux'. Je les entends qui me disent : « Excusez-moi » et je souris, heureuse de cela. Laissez-moi me présenter un peu plus. Je m'appelle Gabriella, j'ai 20 ans et suis mal voyante. Je suis venue ici avec ma famille à Bormes les Mimosas pour les vacances. Quelle joie ! Je suis d'un naturel calme mais dans un environnement de confiance, je suis tout autre et ce, malgré mon handicap visuel. J'aime faire la fête, du sport et passer du temps avec mes proches. Du haut de mes 20 ans, je n'ai jamais eu de relation amoureuse avec personne... même pas un béguin. Je sais que mes proches, notamment mes parents, s'en inquiètent mais moi je ne m'en préoccupe pas. Je profite de la vie et c'est très bien ainsi. Mes proches, due à ma très mauvaise vue, notamment, m'attribuent la capacité...

Dessine-moi un clitoris

Autour du bar ils étaient nombreux mais nous étions en intimité. La conversation prenait son rythme aux couleurs des guirlandes électriques ; je portais le rouge à lèvres Tendre bordeau acheté avec Lison à Monoprix et le vernis à ongle violet que Mireille m’avait prêté. Nous parlions boucles d’oreilles. Celle de Raphaël, mon colocataire, brillait à côté de son sourire. Il posa son verre sur sa cuisse et attrapa le journal Le Monde de l’autre main. Il fêtera ses soixante ans durant son voyage au Mexique, Terra e Liberdade. - J’ai vu des boucles d’oreilles en forme de clitoris, sur internet ! Lançai-je en hurlant un brin. J’avais récemment connu la coupe de l’organe génital féminin dans un hors-série de Causette. Ça m’avait intrigué de voir ce dessin... J’avais récemment connu la coupe de l’organe génital féminin dans un hors-série de Causette. Ça m’avait intrigué de voir ce dessin, contemplé par Sandrine sur une grande table en bois, à Paimpol. J’ai cru y voir le pénis d’un homme, mais...

Bonne résolution de nouvelle année

Comme tous les 1er janvier, dans le monde entier, des millions de femmes, et quelques milliers d’hommes, se promettent de faire attention à leur ligne par un régime et du sport. Surtout du sport. Mais combien honnêtement respectent cette promesse au-delà d’un mois, voire deux pour les plus courageux. N’étant pas différente du commun des mortels, je me suis aussi faite cette vaine promesse. Donc, bravement et sérieusement, je me suis inscrite pour une séance de découverte dans un club sportif parisien. Me voilà dans mon plus beau survêtement noir, bien sûr pour cacher les rondeurs honteuses, à tester mes limites très limitées. Je souffre, j’en bave mais je continue. Deux heures de supplice qui au final m’ont convaincu de rempiler. Mais c’est moins pour l’amour du sport que pour la coach. Une splendeur. Une perfection. Tout semble si facile pour elle. Si fluide, alors que pour nous… Prochaine séance la semaine prochaine, avec le même entrain. Facile quand la jeune femme la plus...

Le chanteur

Quand il monte sur scène, à la première seconde je manque de souffle. La vue de ce Chanteur incroyablement talentueux charismatique et séduisant me rend fou d’amour et d’admiration. Je le connais et le suis depuis de nombreuses années. Nos chemins se croisent de temps en temps et à chaque fois ce sont de merveilleux moments fugaces intenses et inoubliables. Son beau visage s’illumine à la vie et à ses fans. Son sourire ravageur et tendre fait apparaître d’adorables fossettes sexy et mutines. Toujours le mot gentil et drôle pour attiser l’amitié ou l’amour de son public acquis. C’est un bourreau. Un tortionnaire. Conscient ou inconscient de son pouvoir de séduction, en jouant habilement, il sera éternellement pour moi l’Homme idéal. L’Artiste absolu. L’Ami que je n’aurai jamais. L’Amant impossible, il aime bien trop les femmes. Je ne suis pas une femme, juste un fan parmi tant d’autres qui rêve d’un regard, d’un sourire, d’un clin d’œil complice. Rêver c’est bien le terme approprié. Le merveilleux fantasme d’un...