arbre et racines

L’arbre de vie

Il saute, court, tombe, se relève, retombe et court encore. C’est un enfant heureux et innocent qui joue dans le grand jardin de sa maison. Autour de lui il y a des petits arbres fraîchement plantés, dont un le jour de sa naissance. Son arbre de « chance », comme l’ont baptisé ses parents. Dix ans plus tard, l’arbrisseau a grandi pour laisser place à un jeune arbre au tronc robuste et volontaire. De timides fleurs roses commencent à bourgeonner sur des branches solides, en ce début de printemps. L’adolescent le regarde en pensant que si la chance ne dépendait que de cet arbre stupide il serait un chêne majestueux et lui un amoureux comblé. Seulement la vie a décidé d’être cruelle et injuste avec lui. On l’empêche d’aimer qui il veut et de plus, on le culpabilise d’être différent de ses frères. Foot, rugby, bagarre et surtout draguer les minettes. Lui préfère la solitude contemplative et la culture artistique. Il est intelligent, doué pour les études...
motos

Silence, je revis

Apercevant Julian dans la cour, Mathieu court vers lui : « Attends ! Demain c’est mon jour de repos, je pourrais te faire visiter notre petite ville si ça te dit ? » « Avec plaisir ! Mais tu as peut-être mieux à faire que jouer les guides. » « Si je te le propose c’est que j’en ai envie. Alors tu acceptes ? … Parfait ! Je viens te chercher demain matin chez toi vers dix heures. » Voyage en moto pour une vraie partie de campagne. Ciel bleu, temps radieux et paysages verdoyants. Tout pour contribuer à une visite guidée des plus réussies. Mathieu montre au nouveau venu tout ce qu’il y a de plus beau à voir dans la région, à sa connaissance. Et plus particulièrement un endroit « secret » où il vient parfois se ressourcer afin d’évacuer un trop plein de stress. Il s’agit d’une petite crique au bord de la rivière, assez retirée de la ville. En tout cas suffisamment pour se...

Mojito

  À Corbeau   ____   Cheveux courts, l’air androgyne, elle capture mon regard aussitôt que j’entre dans le bar. Elle s’assoit toute seule, dans un coin, avec un verre de mojito dans la main. Ses yeux brillent d’un vert frais, comme les feuilles de menthe. La flamme tremblante de la bougie projette une lumière tamisée sur son visage. Elle a l’air d’attendre quelqu’un, ou quelque chose. Toutes les autres filles se fondent dans le décor.     Je vais vers elle. On commence à papoter. Elle raconte ses relations avec des hommes et des femmes. Elle est actuellement en couple avec un homme bisexuel, qui a de temps en temps envie d’être pris par une femme en gode-ceinture. Ce jeu d’inversion de rôles lui plaît. « Mais, » ajoute-t-elle, « ça n’a rien à voir avec le plaisir entre femmes … une femme, c’est un corps de douceur absolue. Le corps d’une femme, c’est un corps plein de collines et de vallées. Tu caresses le corps d’une femme comme tu caresses du regard un paysage...

Bonne résolution de nouvelle année

Comme tous les 1er janvier, dans le monde entier, des millions de femmes, et quelques milliers d’hommes, se promettent de faire attention à leur ligne par un régime et du sport. Surtout du sport. Mais combien honnêtement respectent cette promesse au-delà d’un mois, voire deux pour les plus courageux. N’étant pas différente du commun des mortels, je me suis aussi faite cette vaine promesse. Donc, bravement et sérieusement, je me suis inscrite pour une séance de découverte dans un club sportif parisien. Me voilà dans mon plus beau survêtement noir, bien sûr pour cacher les rondeurs honteuses, à tester mes limites très limitées. Je souffre, j’en bave mais je continue. Deux heures de supplice qui au final m’ont convaincu de rempiler. Mais c’est moins pour l’amour du sport que pour la coach. Une splendeur. Une perfection. Tout semble si facile pour elle. Si fluide, alors que pour nous… Prochaine séance la semaine prochaine, avec le même entrain. Facile quand la jeune femme la plus...

La rencontre

Un jour d'attente Il y a huit ans déjà que j’ai terminé le lycée. Une profonde solitude m'envahit. Un autre de ces moments horribles qui, de part en part de mon être, me fait découvrir à quel point l'humain est le plus pitoyable des terriens. Mon corps continue d'avancer dans ce chemin de ruelles qui ne sait pas changer de paysage. Toujours gris ; terne et sans vie pour la saison. Nous sommes à Paris au mois d'avril et il est treize heures. Il commence à pleuvoir. L'eau se constitue en de petites flaques éparpillées sur toute la route. En regardant mes chaussures prendre l'eau, j'avance encore. En pleine déréliction, je pense à mon amie. En tout cas c'est comme ça que je la considérais. Le souvenir de notre conversation me revient. Nous sommes en fin d'après-midi, a mon retour des toilettes, je vois Camille conclure un discours. Juste le temps de m’asseoir qu’elle finit. Elle retourne à sa place en me souriant. Ses dents et la forme...

Dessine-moi un clitoris

Autour du bar ils étaient nombreux mais nous étions en intimité. La conversation prenait son rythme aux couleurs des guirlandes électriques ; je portais le rouge à lèvres Tendre bordeau acheté avec Lison à Monoprix et le vernis à ongle violet que Mireille m’avait prêté. Nous parlions boucles d’oreilles. Celle de Raphaël, mon colocataire, brillait à côté de son sourire. Il posa son verre sur sa cuisse et attrapa le journal Le Monde de l’autre main. Il fêtera ses soixante ans durant son voyage au Mexique, Terra e Liberdade. - J’ai vu des boucles d’oreilles en forme de clitoris, sur internet ! Lançai-je en hurlant un brin. J’avais récemment connu la coupe de l’organe génital féminin dans un hors-série de Causette. Ça m’avait intrigué de voir ce dessin... J’avais récemment connu la coupe de l’organe génital féminin dans un hors-série de Causette. Ça m’avait intrigué de voir ce dessin, contemplé par Sandrine sur une grande table en bois, à Paimpol. J’ai cru y voir le pénis d’un homme, mais...
traces de pas dans le sable

Une rencontre, une révélation, une belle journée d’été

Je me doute bien que les gens que je croise s'éloignent de quelques pas pour me laisser passer. Merci à eux ! 'Merci à eux'. Je les entends qui me disent : « Excusez-moi » et je souris, heureuse de cela. Laissez-moi me présenter un peu plus. Je m'appelle Gabriella, j'ai 20 ans et suis mal voyante. Je suis venue ici avec ma famille à Bormes les Mimosas pour les vacances. Quelle joie ! Je suis d'un naturel calme mais dans un environnement de confiance, je suis tout autre et ce, malgré mon handicap visuel. J'aime faire la fête, du sport et passer du temps avec mes proches. Du haut de mes 20 ans, je n'ai jamais eu de relation amoureuse avec personne... même pas un béguin. Je sais que mes proches, notamment mes parents, s'en inquiètent mais moi je ne m'en préoccupe pas. Je profite de la vie et c'est très bien ainsi. Mes proches, due à ma très mauvaise vue, notamment, m'attribuent la capacité...

Le manuscrit

Nous étions en 1967. Il faisait beau et même chaud en cette fin avril. Le soleil n'était pas du luxe, après cet hiver long, humide qui semblait s'être endormi... Nous étions comme anesthésiés par ce manque cruel de lumière et les idées les plus sombres encombraient nos têtes lourdes. Alors ce soleil et le ciel d'un bleu limpide nous revigoraient et nous procuraient des frissons de plaisir. Encore dans mon lit dont j'avais repoussé les draps d'un blanc douteux sur le côté gauche, j'observai mon corps nu, éclairé arbitrairement par les raies de lumière diffusé par les volets fermés. Les moineaux installés dans les arbres bourgeonnant du jardin de curé sous mes fenêtres, chantaient une mélodie qui n'obtiendrait pas la première place du hit parade ; c'était pourtant celle qui m'était la plus familière et qui me donnait du tonus tous les matins. Ma peau pâle était parsemée de poils noirs et luisants surtout sur ma poitrine que je jugeais un peu creuse, et au dessus de...

Le clown et l’acrobate

À travers la France, les départements plus ou moins obscurs et les villes pleines d’enfants désabusés, accro aux jeux vidéo en solitaires, et aux parents trop pressés et occupés, le petit cirque familial tente bravement de survivre. Composé d’une modeste ménagerie de trois singes capucins coquins, d’un couple de zèbres loin de chez eux et d’un unique cheval-star monté et dressé par sa belle cavalière. Monsieur Loyal, Aldo propriétaire et père de famille, entouré de sa fille aînée Alina la cavalière, de son gendre Peter vétérinaire responsable de la ménagerie et dresseur de zèbres, de son fils cadet Anton acrobate, et de sa fille cadette Anita maîtresse des singes capucins et également acrobate. Les deux clowns, les frères Marco et Enzo, sont des proches de la famille. Qu’il s’élève dans les airs ou qu’il subjugue le public par ses acrobaties sur le sol, le corps d’Adonis d’Anton est un ravissement pour les yeux... Tous ces gens dans l’abnégation dévoilent des trésors de courage et d’adresse pour faire...