Récits

Faire rêver les lecteurs en leur racontant des histoires…

Petits Contes Lesbiens – 3

Martine Roffinella continue de nous présenter sa série des Petits Contes Lesbiens. Tel un patineur immobile sur le lac dur et souple de mon corps, tu t’es posée, ton sexe aux aguets, cherchant peut-être la direction où s’élancer, laissant entrevoir sa fierté de héros ; se tenant prêt aux glissades et au tournis de l’envol. Je me sentais immense et minuscule, petite île logée en plein cœur de l’Univers et en même temps l’Univers lui-même, qui allait t’englober tout en redevenant petite île. Je me sentais illimitée et restreinte, belle et hideuse, jeune et centenaire, femme et homme ; on eût dit que je me métamorphosais avec toi sur moi, qui commençais à glisser doucement sur mon pubis, ta chaleur inondant la mienne pour ne former qu’une seule atmosphère incandescente. Soudain je m’y enflammai. Mon lac devint eaux tropicales où la végétation luxuriante se mit à s’enrouler autour de tes hanches, tes jambes en mouvement, tes cuisses fermes. Mon ventre devint un port, ou peut-être...

Sexe et dépendance. Entre chien et loup – Episode 12

Sexe et dépendance Je me retrouvais en ce printemps 1982 en deuil de l'optimisme, de la bonté de Yann. Il avait éclairé ma vie d'un nouveau jour. Trouverai-je un autre astre pour réchauffer mes os ? Je tentais de m’enivrer dans un tourbillon de sorties et de nuits agitées, et découvrais ces lieux que je ne connaissais pas encore, et j'en devenais rapidement un habitué ! Le Broad, rue de la Ferronnerie dans les Halles, Haute Tension, le BH et ses mauvais garçons... Les dimanches avaient également leur soif d'illusoires ivresses et après les tea dances du Palace et ses nombreux adeptes, au torse nu et huilé, muscles exhibés sur rythmes endiablés, je préférais prendre mes habitudes au Rex Club, où les kikis dont les houppes et les grosses pompes militaires me faisaient tourner la tête. Vêtu d'un bombers bleu marine, d'un polo orné d'une couronne de laurier, d'un 501 et de mes paraboots, les cheveux rasés sur les côtés, j'étais paré pour me fondre dans la communauté...

L’Orgueil de Nankin

Mais, en toute logique, je n'aurais pas dû non plus connaître Lu le Perspicace, mon ami physicien. Alors pourquoi s'étonner d'entendre dire nos anciens : "Mille lis ne peuvent empêcher une rencontre prédestinée." L'Université de Nankin était une grande école, on arrivait tout de même à atteindre ses murs. Tant d'occasions permettaient aux étudiants de tisser des liens d'amitié : les soirées dansantes au réfectoire, les cours de beaux-arts et de musique classique dans la salle des fêtes, les rencontres sportives sur le grand stade et le hasard des allées qui les amenaient aux salles de classe, à la bibliothèque, à la salle de lecture. A l'école, je menais une vie sobre, en dehors de la zone sud dite de vie, de la zone nord d'enseignement, je sortais rarement dans la rue sauf parfois pour voir un film instructif ou acheter un pantalon à la mode, un veston d'hiver ou quelque chose de ce genre. La plupart du temps je restais "sur mon banc...
seringue drogue

Entre chien et loup : chroniques parisiennes – épisode 2

 Episode 2  Yann Yann est heureux. Il est joyeux, agité par un entrain peu habituel chez lui. Il rit tout seul, chantonne, sourit bêtement aux passants qui croisent sa route... C'est un moment de folie fugace, qu'il faut vivre jusqu'à le dernière seconde et surtout,  ne pas en chercher la raison, même si... Il rentre chez lui, salue la concierge, traverse la cour de l'immeuble, pénètre dans le deuxième bâtiment et grimpe les sept étages qui le mènent à sa petite chambre sous les toits. Il occupait les lieux avec Le Baron, son gros matou tigré, qu'il a dû confier à sa grand-mère. Elle vit dans un petit pavillon à Vitry, avec un jardin et des arbres fruitiers. Son énorme chat y trouvera vite ses marques et délimitera son territoire. A Paris, il devenait neurasthénique... Enfin seul, pense t-il en ouvrant le verrou de la porte. L'odeur forte du chat de gouttière emplit encore la pièce minuscule. Il ouvre en grand la fenêtre et contemple le Génie de la Bastille,...

Mojito

  À Corbeau   ____   Cheveux courts, l’air androgyne, elle capture mon regard aussitôt que j’entre dans le bar. Elle s’assoit toute seule, dans un coin, avec un verre de mojito dans la main. Ses yeux brillent d’un vert frais, comme les feuilles de menthe. La flamme tremblante de la bougie projette une lumière tamisée sur son visage. Elle a l’air d’attendre quelqu’un, ou quelque chose. Toutes les autres filles se fondent dans le décor.     Je vais vers elle. On commence à papoter. Elle raconte ses relations avec des hommes et des femmes. Elle est actuellement en couple avec un homme bisexuel, qui a de temps en temps envie d’être pris par une femme en gode-ceinture. Ce jeu d’inversion de rôles lui plaît. « Mais, » ajoute-t-elle, « ça n’a rien à voir avec le plaisir entre femmes … une femme, c’est un corps de douceur absolue. Le corps d’une femme, c’est un corps plein de collines et de vallées. Tu caresses le corps d’une femme comme tu caresses du regard un paysage...

Esquisse d’un nouvel amour ? Entre chien et loup – Episode 13

Tata beach Je m'assoie au bord de l'eau et regarde passer les bateau-mouche sur la Seine. Les voix stridentes des guides, amplifiées par les haut-parleurs, dirigent le regard et l'extase des touristes au gré des lieux historiques éparpillés le long du fleuve. Un Paris de carte postale... qui réussit à me détendre un peu... C'est un endroit que je fréquente de temps en temps, durant les beaux jours, avec l'idée, si l'occasion se présente, de prendre un poisson dans mes maigres filets. On appelait alors entre nous ce spot "Tata beach". Les berges qui longent les quais des Tuileries, où le manège incessant des garçons qui draguent le nez au vent atteste de la vitalité de ce haut lieu de rencontres, sont colonisées dès qu'un rayon de soleil fait son apparition miraculeuse dans le ciel parisien, par des hommes de tous âges qui s'exposent à ses rayons, souvent avec ostentation, parfois en string... sous le regard gêné ou moqueur des promeneurs. Après une chasse en bonne et due forme...

Le chanteur

Quand il monte sur scène, à la première seconde je manque de souffle. La vue de ce Chanteur incroyablement talentueux charismatique et séduisant me rend fou d’amour et d’admiration. Je le connais et le suis depuis de nombreuses années. Nos chemins se croisent de temps en temps et à chaque fois ce sont de merveilleux moments fugaces intenses et inoubliables. Son beau visage s’illumine à la vie et à ses fans. Son sourire ravageur et tendre fait apparaître d’adorables fossettes sexy et mutines. Toujours le mot gentil et drôle pour attiser l’amitié ou l’amour de son public acquis. C’est un bourreau. Un tortionnaire. Conscient ou inconscient de son pouvoir de séduction, en jouant habilement, il sera éternellement pour moi l’Homme idéal. L’Artiste absolu. L’Ami que je n’aurai jamais. L’Amant impossible, il aime bien trop les femmes. Je ne suis pas une femme, juste un fan parmi tant d’autres qui rêve d’un regard, d’un sourire, d’un clin d’œil complice. Rêver c’est bien le terme approprié. Le merveilleux fantasme d’un...
Paris bouche de métro

Entre chien et loup : chroniques parisiennes – épisode 3

Une apparition Ce soir, après le service chez Bofinger, la grande brasserie de la place de la Bastille, où il travaille maintenant depuis presque six mois, Yann a le blues. Rentrer dans sa chambre où le Baron et ses bondissements frénétiques lui manquent déjà ne lui semble pas être la meilleure des perspectives. Tourner en rond en attendant que le sommeil ne l'absorbe enfin... Il pense à ses ambitions de monter sur une scène de théâtre et d'embrasser une carrière de comédien. Ça fait longtemps qu'il n'a plus de propositions... Pourtant ça avait bien démarré : un second rôle dans la pièce magnifique d'un dramaturge canadien, jouée à guichet fermé pendant un an... et puis plus rien, l'oubli. Il en a fait des castings, mais ça n'allait jamais... Il s'est peu à peu découragé et a perdu espoir. Pourtant, il avait le feu sacré. Alors, il se décide à aller vers les Grands Boulevards, là où nichent quelques uns des théâtres les plus célèbres et où des petites salles présentent des...

Pierre Guerot & I, entretien avec Frédéric L’Helgoualch et Pierre Guerot

Ni tout à fait narratif ou exclusivement descriptif, il y a quelque chose de semblable au manifeste, à la déclaration, comme la volonté de témoigner de son attachement, son abandon, décrire le règne sans partage, d’un être, d’un corps, au moins autant aimé, que désiré, adulé. Un récit, comme la trace d’une passion, comme pour graver dans le marbre, ce que l’on ne dit pas (il est à ce sens presque paradoxal, que ce livre ne soit disponible qu’au format numérique…) Où chaque geste, chaque instant du quotidien se vit avec la plus absolue des intensités, presque comme une chance d’être avec lui… L’objet de ces émois, et c’est là que cet objet littéraire se singularise, c’est le photographe, modèle et acteur Pierre Guerot, dont les autoportraits, comme autant de micro-fictions, prennent le relais des mots, mais sont aussi le moteur des divagations de l’auteur Frédéric L’Helgoualch… - On a autant l’impression à la lecture de ce texte, d’un dialogue, que d’une interaction évidente entre...