Récits

Faire rêver les lecteurs en leur racontant des histoires…

Esquisse d’un nouvel amour ? Entre chien et loup – Episode 13

Tata beach Je m'assoie au bord de l'eau et regarde passer les bateau-mouche sur la Seine. Les voix stridentes des guides, amplifiées par les haut-parleurs, dirigent le regard et l'extase des touristes au gré des lieux historiques éparpillés le long du fleuve. Un Paris de carte postale... qui réussit à me détendre un peu... C'est un endroit que je fréquente de temps en temps, durant les beaux jours, avec l'idée, si l'occasion se présente, de prendre un poisson dans mes maigres filets. On appelait alors entre nous ce spot "Tata beach". Les berges qui longent les quais des Tuileries, où le manège incessant des garçons qui draguent le nez au vent atteste de la vitalité de ce haut lieu de rencontres, sont colonisées dès qu'un rayon de soleil fait son apparition miraculeuse dans le ciel parisien, par des hommes de tous âges qui s'exposent à ses rayons, souvent avec ostentation, parfois en string... sous le regard gêné ou moqueur des promeneurs. Après une chasse en bonne et due forme...

Le chanteur

Quand il monte sur scène, à la première seconde je manque de souffle. La vue de ce Chanteur incroyablement talentueux charismatique et séduisant me rend fou d’amour et d’admiration. Je le connais et le suis depuis de nombreuses années. Nos chemins se croisent de temps en temps et à chaque fois ce sont de merveilleux moments fugaces intenses et inoubliables. Son beau visage s’illumine à la vie et à ses fans. Son sourire ravageur et tendre fait apparaître d’adorables fossettes sexy et mutines. Toujours le mot gentil et drôle pour attiser l’amitié ou l’amour de son public acquis. C’est un bourreau. Un tortionnaire. Conscient ou inconscient de son pouvoir de séduction, en jouant habilement, il sera éternellement pour moi l’Homme idéal. L’Artiste absolu. L’Ami que je n’aurai jamais. L’Amant impossible, il aime bien trop les femmes. Je ne suis pas une femme, juste un fan parmi tant d’autres qui rêve d’un regard, d’un sourire, d’un clin d’œil complice. Rêver c’est bien le terme approprié. Le merveilleux fantasme d’un...
Paris bouche de métro

Entre chien et loup : chroniques parisiennes – épisode 3

Une apparition Ce soir, après le service chez Bofinger, la grande brasserie de la place de la Bastille, où il travaille maintenant depuis presque six mois, Yann a le blues. Rentrer dans sa chambre où le Baron et ses bondissements frénétiques lui manquent déjà ne lui semble pas être la meilleure des perspectives. Tourner en rond en attendant que le sommeil ne l'absorbe enfin... Il pense à ses ambitions de monter sur une scène de théâtre et d'embrasser une carrière de comédien. Ça fait longtemps qu'il n'a plus de propositions... Pourtant ça avait bien démarré : un second rôle dans la pièce magnifique d'un dramaturge canadien, jouée à guichet fermé pendant un an... et puis plus rien, l'oubli. Il en a fait des castings, mais ça n'allait jamais... Il s'est peu à peu découragé et a perdu espoir. Pourtant, il avait le feu sacré. Alors, il se décide à aller vers les Grands Boulevards, là où nichent quelques uns des théâtres les plus célèbres et où des petites salles présentent des...

Pierre Guerot & I, entretien avec Frédéric L’Helgoualch et Pierre Guerot

Ni tout à fait narratif ou exclusivement descriptif, il y a quelque chose de semblable au manifeste, à la déclaration, comme la volonté de témoigner de son attachement, son abandon, décrire le règne sans partage, d’un être, d’un corps, au moins autant aimé, que désiré, adulé. Un récit, comme la trace d’une passion, comme pour graver dans le marbre, ce que l’on ne dit pas (il est à ce sens presque paradoxal, que ce livre ne soit disponible qu’au format numérique…) Où chaque geste, chaque instant du quotidien se vit avec la plus absolue des intensités, presque comme une chance d’être avec lui… L’objet de ces émois, et c’est là que cet objet littéraire se singularise, c’est le photographe, modèle et acteur Pierre Guerot, dont les autoportraits, comme autant de micro-fictions, prennent le relais des mots, mais sont aussi le moteur des divagations de l’auteur Frédéric L’Helgoualch… - On a autant l’impression à la lecture de ce texte, d’un dialogue, que d’une interaction évidente entre...

Avis de tempête : Entre chien et loup – Episode 14

Tea for three Thierry, le traître, se dirige vers ce qui doit être la salle de bains pour prendre une douche... il précise avec un clin d'œil qu'on ne le dérange pas pendant ses ablutions.... Nous demeurons donc seuls, Hervé et moi, et notre gêne s’accroît de minute en minute. Je sors mon paquet de blondes et en propose une à mon hôte, qui refuse. Brrrrrr. Il ne m'invite pas à m'asseoir, pendant qu'il pose ses affaires, et je suis planté comme un idiot que je suis ne sachant que faire ni que dire, tirant sur ma clope... Il me demande au bout d'un instant qui me parait un siècle, si je veux un thé. J'accepte benoîtement, et pour briser la glace, je fais mine de m'intéresser à son travail. Il revient de la mini-cuisine et extrait quelques grandes toiles posées à même le sol. Il allume l'halogène et je découvre des garçons musclés, peu vêtus, dans des poses de guerriers modernes. Le tout est réalisé...

La rencontre

Un jour d'attente Il y a huit ans déjà que j’ai terminé le lycée. Une profonde solitude m'envahit. Un autre de ces moments horribles qui, de part en part de mon être, me fait découvrir à quel point l'humain est le plus pitoyable des terriens. Mon corps continue d'avancer dans ce chemin de ruelles qui ne sait pas changer de paysage. Toujours gris ; terne et sans vie pour la saison. Nous sommes à Paris au mois d'avril et il est treize heures. Il commence à pleuvoir. L'eau se constitue en de petites flaques éparpillées sur toute la route. En regardant mes chaussures prendre l'eau, j'avance encore. En pleine déréliction, je pense à mon amie. En tout cas c'est comme ça que je la considérais. Le souvenir de notre conversation me revient. Nous sommes en fin d'après-midi, a mon retour des toilettes, je vois Camille conclure un discours. Juste le temps de m’asseoir qu’elle finit. Elle retourne à sa place en me souriant. Ses dents et la forme...
clé

Entre chien et loup : chroniques parisiennes – épisode 4

Game is over ! Oui mais...penser à Olivier me renvoie illico à mes contradictions les plus palpables. J'ai beau jouer au héros à qui on ne la fait plus (moi-même je n'y crois pas !) et avoir rencontré avec Yann un être positif et lumineux, je ne peux m'extraire aussi radicalement de cette pulsion morbide : résister au charme vénéneux d'Olivier, je ne sais pas encore faire... Alors c'est tellement facile pour se donner bonne conscience et foncer dans la gueule du loup de se camoufler derrière ce qui constituerait une trahison si ne je ne l'attendait pas chez lui... Et donc me voilà tel un bon petit soldat devant la porte de l'immeuble d'Olivier,  que j'ouvre discrètement. J'allume la minuterie et le vois immédiatement, affalé devant la porte vitrée. Il s'est effondré ici à bout de force. Sa joue s'est éraflée sur le mur et saigne. Il me supplie du regard de l'aider. Il me demande sur un ton plaintif pourquoi je n'étais pas la. Pris de cours, je mens et...
Jeune homme qui regarde le soleil levant

Je suis un survivant

Je suis un survivant. Des mots qu’il faut oser prononcer. Des mots qu’il faut être prêt à entendre. Car le viol ne connait pas les genres, mais la morale n’en reconnait trop souvent qu’un seul. C’est qu’une victime est souvent genrée au féminin et que l’agresseur est forcément un homme. Mais dans mon cas, tout se décline au masculin. Je n’aime pas trop le mot viol. Il est trop violent, trop abrupte. Il ravive des douleurs qui ne se taisent jamais. Il ressasse des souvenirs qu’on ne peut museler. Il est trop court, banalisé à outrance. Pour moi, il dit trop de chose et il ne dit plus rien. Je préfère utiliser le terme abusé. Il reflète assez bien toutes les dimensions qui se terrent derrière mon agression. Le pronom possessif est ambigu, il me place à la fois comme sujet et comme objet, comme agresseur et agressé. Et pourtant, je parle bien de mon agression, de celle perpétrée contre ma personne. Le verbe perpétrer fait très...

Retour de l’amant prodigue… Entre chien et loup – Episode 15

Si la photo est bonne... J'étais convaincu que Paris me réservait tant de découvertes, d'aventures, de voyages intérieurs... Pour l'instant, j'occupais mon temps libre à crapahuter dans Paris, avec un appareil photo acheté d'occasion, que j'utilisais pour immortaliser les belles gueules croisées lors de mes pérégrinations. Je photographiais aussi des lieux, des situations que je jugeais intéressantes et originales. L'illusion d'être le témoin de mon époque ou plutôt de capturer à tout jamais des instants éphémères, de retenir le temps qui passe... Quête peut-être naïve qui en tout cas m'entraînait dans des quartiers inconnus ou déjà bien balisés sur lesquels j'avais la prétention d'avoir un regard neuf... Solitaire, je parcourais les rues le nez au vent, l'œil aux aguets. Je me tenais prêt à saisir l'image rare, celle qui ferait la différence. Je ne possédais aucune connaissance techniques de la prise de vue et comptais sur mon intuition pour révéler un talent insoupçonné... Les rouleaux de pellicules s'accumulaient dans un tiroir d'un meuble encastré dans la petite pièce du 52...