Récits

Faire rêver les lecteurs en leur racontant des histoires…

yeux bleux foulard maghreb

Le Chaiwala d’Islamabad

Je ne l’avais jamais pris en photo. J’avais bien trop peur de le perdre. Dans le plus grand secret, je le gardais pour moi, mon garçon d’Islamabad. Loin d’un monde sourd à nos vies, à l’abri du regard des autres, j’avais pris la décision de l’aimer, quelques heures par nuits, en silence. Des secondes d’éternité qu’il m’offrait lorsqu’il rentrait tard le soir, après avoir embrassé sa famille, après avoir traversé la ville d’Est en Ouest et gravit discrètement les quelques marches qui le menait jusqu’à ma chambre. Il se déshabillait lentement dans l’entrée, abandonnant ses vêtements traditionnels pour le confort d’une peau nue, légèrement halée, qu’il s’empressait de blottir contre mon corps. Nous ne parlions pas. Aucun de nous ne comprenait l’autre. On se souriait, il m’embrassait, je lui caressais timidement le front et on finissait par s’endormir, lui dans mes bras, moi dans son cou. Au petit matin, il avait déjà disparu. Il partait toujours avant l’aube, sans laisser de trace, comme s’il n’était...

Le sexe verni de mes ongles, haïku

  du haut de la tour de mon sexe emprisonné le saut d’une puce unique en mes genres les ongles peints de violet je sonne à sa porte une soumission entre deux pintes de Kro rouge à lèvres brut le regard en biais la musique assourdissante collants arrachés je la reconnais tatouée de rouge à lèvres ma tasse à café bistrot de motards empaquetés rose-bonbon mon pénis et moi un dessous de verre j’y dessine un clitoris pour changer la donne cheville fragile le soleil sur le ballon et sur mon vernis métro à l’aube - sous la barbe brune ma peau en métamorphose ticket validé enserré de doigts le cercle de mon demi ponctué de vernis laissant sur sa joue la marque du rouge à lèvres mon ami d’enfance  

Yann est au top ! Entre chien et loup – Episode 8

  Yann est au top ! Il dégringole l'escalier, traverse la cour, tire la lourde porte et jaillit dans la rue étroite. Il reprend son souffle en marchant, Tout à sa joie de se laisser porter par cette expérience totalement inédite, il sifflote, le nez au vent. Il se sent bien, vraiment bien. Puis il se jette littéralement dans les escaliers du métro. Il traverse les couloirs au pas de course, esquisse quelques entrechats, qui ne passent pas inaperçus : un bande de loubards le traitent de pédé ! Il leur envoie son plus beau sourire et leur adresse un baiser au risque de provoquer une émeute. Sûr que les usagers du métro le prennent pour un fou, puisqu'il est joyeux dans cet environnement sinistre, mais vraiment, il s'en fout. Il grimpe les marches quatre à quatre pour arriver sur le quai. Une rame entre dans la station, provoquant un frémissement perceptible chez les usagers qui ostensiblement, se parquent devant les portes pour empêcher la sortie de leurs congénères...
arbre et racines

L’arbre de vie

Il saute, court, tombe, se relève, retombe et court encore. C’est un enfant heureux et innocent qui joue dans le grand jardin de sa maison. Autour de lui il y a des petits arbres fraîchement plantés, dont un le jour de sa naissance. Son arbre de « chance », comme l’ont baptisé ses parents. Dix ans plus tard, l’arbrisseau a grandi pour laisser place à un jeune arbre au tronc robuste et volontaire. De timides fleurs roses commencent à bourgeonner sur des branches solides, en ce début de printemps. L’adolescent le regarde en pensant que si la chance ne dépendait que de cet arbre stupide il serait un chêne majestueux et lui un amoureux comblé. Seulement la vie a décidé d’être cruelle et injuste avec lui. On l’empêche d’aimer qui il veut et de plus, on le culpabilise d’être différent de ses frères. Foot, rugby, bagarre et surtout draguer les minettes. Lui préfère la solitude contemplative et la culture artistique. Il est intelligent, doué pour les études...

Pour une absente (à Barbara)

Elle prend la voix S’achèvent les autres feux S’immolent les costumes La première danse chavire Isolée au centre des fauteuils Elle résonne noir Ils pensent blanc Elle prend la voix Isolée dans les tentures Détournée de sa migration Suppliant leur amour Répond le vide Sans terre Racines dures et formées Le grand escalier s’éloigne Les mots flottent comme des bouées Vous n’étiez pas au rendez-vous Mais elle attend Ici même Pas encore de voyage Elle déjà derrière Eux toujours devant L’illusion du mimosa Et des îles bétonnées Aux assassins blonds d’amour Pas tout de suite voûtée Devenue centaines Par milliers d’écume Elle s’envole contre les barreaux Jusqu’à l’arbre pigeon vole Et s’envole Elle a avalé nos violences Pour les changer en berlingots Nous tendions nos paniers d’osier Elle posait tout dedans Novembre veillait Avions-nous compris cette méchante lueur Le temps d’y réfléchir Elle s’est évanouie Même pas à Marienbad Ses plus belles insomnies Le temps qui joue au démonteur Que de fruits comestibles Croqués près des pépins Nous Nos bouches désespérées Repues dès qu’elle chantait Nous étions vénéneux Avec nos airs de piller ses Lunes Elle s’est effrayée Nous étions enfin là Nos respirations sentaient l’ivresse La joie s’est installée Tremblante dans son jardin Elle parlait d’amour Comme à chaque fois L’aigle buvait la pluie Elle s’est couchée entre ses griffes Il...

Peur sur la ville. Entre chien et loup – Episode 9

Encore les Urgences ! Me revoici aux Urgences. Yann gît sur un brancard.  Son genou est bandé. Son jean ensanglanté traîne par terre sans que j'ai le courage de le ramasser. Le petit univers des urgences est égal à lui-même : des familles apeurées, unis pour faire front, des gens qui hurlent, d'autres qui râlent parce que l'attente est longue... Le médecin de garde a demandé une radio de la jambe droite de Yann. Nous attendons le résultat. Mon beau Yann est assommé par les anti-douleurs. Il somnole et sa bouche entrouverte est déformée par un rictus. Le petit univers des urgences est égal à lui-même : des familles apeurées, unis pour faire front, des gens qui hurlent, d'autres qui râlent parce que l'attente est longue... je fais des aller-retour à l'entrée des Urgences, pour fumer, ce qui a pour effet de me calmer dans un premier temps puis de me culpabiliser ensuite. A ce rythme là, je vais être très vite en panne de clopes, d'autant plus...

Dessine-moi un clitoris

Autour du bar ils étaient nombreux mais nous étions en intimité. La conversation prenait son rythme aux couleurs des guirlandes électriques ; je portais le rouge à lèvres Tendre bordeau acheté avec Lison à Monoprix et le vernis à ongle violet que Mireille m’avait prêté. Nous parlions boucles d’oreilles. Celle de Raphaël, mon colocataire, brillait à côté de son sourire. Il posa son verre sur sa cuisse et attrapa le journal Le Monde de l’autre main. Il fêtera ses soixante ans durant son voyage au Mexique, Terra e Liberdade. - J’ai vu des boucles d’oreilles en forme de clitoris, sur internet ! Lançai-je en hurlant un brin. J’avais récemment connu la coupe de l’organe génital féminin dans un hors-série de Causette. Ça m’avait intrigué de voir ce dessin... J’avais récemment connu la coupe de l’organe génital féminin dans un hors-série de Causette. Ça m’avait intrigué de voir ce dessin, contemplé par Sandrine sur une grande table en bois, à Paimpol. J’ai cru y voir le pénis d’un homme, mais...

Un parcours souvent difficile, mais pas que

Arrêter ou continuer son chemin ? Une passade ou le résultat d’un brin ? De folie dirais-tu ? Pourtant je suis bien, un être qui va vers son destin d’amphibien. Parcours souvent très difficile, je suis brave. Sans doute moins facile que nos amis les trav. Sans cesse mis en question, sans cesse détourner, de notre identité, notre souveraineté. D’une personne à une autre discussion on est tous sujet pour notre association, d’échanges pantagruesques mis au Centre. Hey ! Non ! Ça ne se passe pas sous le bas-ventre. Entendre les commérages, ils sont très forts. Je suis vaillant sans faire le moindre effort, il suffit de laisser faire, ou bien une claque pédagogique bien sûr, je n’ai pas le trac. Viens à moi ! Discutons, nous verrons bien. Le temps est au beau fixe, revenons au « brin ». Alors ? j’ai le cul entre deux chaises, debout ? Bon allez ! Les Bi, dans la nature, un tout. Il y en a partout ! Des chèvres aux insectes. Je transpose juste parfois mon bon affect, d’une personne à l’autre, d’un genre vers un autre. Mais t’inquiète, je ne suis pas du tout apôtre. J’ai pourtant une foi, mais...

Petits Contes Lesbiens – 1

Ton sein dans ma bouche je vole. Le bout est ma capsule tendre et dure à la fois, un logis malléable où ma langue se faufile, roule et ondule. Ton sein dans ma bouche je vole. Je l’absorbe et me le prends entier comme moisson délicieuse du désir de ton corps en attente. Je suis la saison qui fait mûrir ton sein, et voilà je le cueille, je le mords, le croque et m’en délecte, sa chair gorgée de soleil me régénère, je m’en emplis jusqu’à l’ivresse. Je vole. Mes bras t’enserrent, ma bouche mange ton sein et je vole. J’ai percé la voûte du ciel et là tu as gémi, tu as senti que je franchissais la sphère humaine, tu t’es accouplée à mon décollage, voilà nous sommes deux dans la capsule de ton sein, nous sommes soudées et presque réduites à un corps. Mais non, ton sein s’arrondit, se durcit entre mes lèvres, il me pénètre et me remplit, je sais que tu...