Récits

Faire rêver les lecteurs en leur racontant des histoires…

Mojito

  À Corbeau   ____   Cheveux courts, l’air androgyne, elle capture mon regard aussitôt que j’entre dans le bar. Elle s’assoit toute seule, dans un coin, avec un verre de mojito dans la main. Ses yeux brillent d’un vert frais, comme les feuilles de menthe. La flamme tremblante de la bougie projette une lumière tamisée sur son visage. Elle a l’air d’attendre quelqu’un, ou quelque chose. Toutes les autres filles se fondent dans le décor.     Je vais vers elle. On commence à papoter. Elle raconte ses relations avec des hommes et des femmes. Elle est actuellement en couple avec un homme bisexuel, qui a de temps en temps envie d’être pris par une femme en gode-ceinture. Ce jeu d’inversion de rôles lui plaît. « Mais, » ajoute-t-elle, « ça n’a rien à voir avec le plaisir entre femmes … une femme, c’est un corps de douceur absolue. Le corps d’une femme, c’est un corps plein de collines et de vallées. Tu caresses le corps d’une femme comme tu caresses du regard un paysage...

Entre chien et loup : chroniques parisiennes – épisode 1

 Episode 1  J'ai débarqué à la Gare de Lyon avec ma grosse valise marron. Après quelques hésitations, j'ai enfin trouvé la ligne de métro qui me mènera chez Cousine Marcelle, rue de la Clé, dans le 5ème arrondissement. Tout mon passé pèse lourd au bout de mon bras. Pourtant cette grande valise ne contient que quelques vêtements et un nécessaire de toilette... Ça se résume donc à ça, quelque vingt ans d'existence : une enfance choyée mais solitaire, une adolescence difficile, esseulée, interminable... C'est sans aucun doute la dernière épreuve que je dois vaincre pour me débarrasser à tout jamais de cette vie pitoyable, cette vie d'avant sur laquelle je ne compte pas me retourner. Jamais ! Alors, franchement, ça en vaut la peine ! Cousine Marcelle loge au troisième étage dans un bel immeuble en pierre de taille, dans cette rue étroite et calme à cette heure de la journée. Je commence à gravir l'escalier éclairé par des grandes fenêtres en verre dépoli, en traînant ma valise...
couloir hopital

Entre chien et loup : chroniques parisiennes – épisode 5

Parents je vous hais... Olivier a eu chaud. Il est passé tout près de l'overdose. Il est hospitalisé à Saint-Antoine et Thierry a cette fois-ci été dans l'obligation de prévenir ses parents. Ils ont déboulé à Paris, vexés de ne rien avoir vu venir. Comment auraient-ils pu comprendre, ces grands bourgeois emmurés dans leur certitudes. Les parents ont débarqué dans la chambre, tels des grands seigneurs à qui tout est dû. Leur affectation malsaine pour leur fils unique et le dédain avec lequel ils nous ont presque ignoré m'a immédiatement stupéfait... J'ai compris qui était Olivier en découvrant incrédule ses parents si distants, incapables du moindre témoignage d'affection : des juges, des bourreaux ! Combien j'ai ressenti soudain la souffrance accumulée depuis l'enfance, certainement accrue durant l'adolescence... mais j'eusse préféré qu'Olivier choisisse le camp de la fuite et de l'oubli, plutôt que celui de l'autodestruction, qui leurs donne raison ! J'étais avec Isabelle et Thierry, quand ils ont débarqué dans la chambre, tels des grands seigneurs à qui tout est dû. Leur affectation malsaine pour leur...
motos

Silence, je revis

Apercevant Julian dans la cour, Mathieu court vers lui : « Attends ! Demain c’est mon jour de repos, je pourrais te faire visiter notre petite ville si ça te dit ? » « Avec plaisir ! Mais tu as peut-être mieux à faire que jouer les guides. » « Si je te le propose c’est que j’en ai envie. Alors tu acceptes ? … Parfait ! Je viens te chercher demain matin chez toi vers dix heures. » Voyage en moto pour une vraie partie de campagne. Ciel bleu, temps radieux et paysages verdoyants. Tout pour contribuer à une visite guidée des plus réussies. Mathieu montre au nouveau venu tout ce qu’il y a de plus beau à voir dans la région, à sa connaissance. Et plus particulièrement un endroit « secret » où il vient parfois se ressourcer afin d’évacuer un trop plein de stress. Il s’agit d’une petite crique au bord de la rivière, assez retirée de la ville. En tout cas suffisamment pour se...

Pour une absente (à Barbara)

Elle prend la voix S’achèvent les autres feux S’immolent les costumes La première danse chavire Isolée au centre des fauteuils Elle résonne noir Ils pensent blanc Elle prend la voix Isolée dans les tentures Détournée de sa migration Suppliant leur amour Répond le vide Sans terre Racines dures et formées Le grand escalier s’éloigne Les mots flottent comme des bouées Vous n’étiez pas au rendez-vous Mais elle attend Ici même Pas encore de voyage Elle déjà derrière Eux toujours devant L’illusion du mimosa Et des îles bétonnées Aux assassins blonds d’amour Pas tout de suite voûtée Devenue centaines Par milliers d’écume Elle s’envole contre les barreaux Jusqu’à l’arbre pigeon vole Et s’envole Elle a avalé nos violences Pour les changer en berlingots Nous tendions nos paniers d’osier Elle posait tout dedans Novembre veillait Avions-nous compris cette méchante lueur Le temps d’y réfléchir Elle s’est évanouie Même pas à Marienbad Ses plus belles insomnies Le temps qui joue au démonteur Que de fruits comestibles Croqués près des pépins Nous Nos bouches désespérées Repues dès qu’elle chantait Nous étions vénéneux Avec nos airs de piller ses Lunes Elle s’est effrayée Nous étions enfin là Nos respirations sentaient l’ivresse La joie s’est installée Tremblante dans son jardin Elle parlait d’amour Comme à chaque fois L’aigle buvait la pluie Elle s’est couchée entre ses griffes Il...

La rencontre

Un jour d'attente Il y a huit ans déjà que j’ai terminé le lycée. Une profonde solitude m'envahit. Un autre de ces moments horribles qui, de part en part de mon être, me fait découvrir à quel point l'humain est le plus pitoyable des terriens. Mon corps continue d'avancer dans ce chemin de ruelles qui ne sait pas changer de paysage. Toujours gris ; terne et sans vie pour la saison. Nous sommes à Paris au mois d'avril et il est treize heures. Il commence à pleuvoir. L'eau se constitue en de petites flaques éparpillées sur toute la route. En regardant mes chaussures prendre l'eau, j'avance encore. En pleine déréliction, je pense à mon amie. En tout cas c'est comme ça que je la considérais. Le souvenir de notre conversation me revient. Nous sommes en fin d'après-midi, a mon retour des toilettes, je vois Camille conclure un discours. Juste le temps de m’asseoir qu’elle finit. Elle retourne à sa place en me souriant. Ses dents et la forme...

Yann est au top ! Entre chien et loup – Episode 8

  Yann est au top ! Il dégringole l'escalier, traverse la cour, tire la lourde porte et jaillit dans la rue étroite. Il reprend son souffle en marchant, Tout à sa joie de se laisser porter par cette expérience totalement inédite, il sifflote, le nez au vent. Il se sent bien, vraiment bien. Puis il se jette littéralement dans les escaliers du métro. Il traverse les couloirs au pas de course, esquisse quelques entrechats, qui ne passent pas inaperçus : un bande de loubards le traitent de pédé ! Il leur envoie son plus beau sourire et leur adresse un baiser au risque de provoquer une émeute. Sûr que les usagers du métro le prennent pour un fou, puisqu'il est joyeux dans cet environnement sinistre, mais vraiment, il s'en fout. Il grimpe les marches quatre à quatre pour arriver sur le quai. Une rame entre dans la station, provoquant un frémissement perceptible chez les usagers qui ostensiblement, se parquent devant les portes pour empêcher la sortie de leurs congénères...

Petits Contes Lesbiens – 2

Je me suis avancée entre tes cuisses, d’abord un peu timide, puis aventurière de tes désirs. Une sorte d’arche s’est ouverte à la naissance de ton ventre, je me suis approchée car elle semblait solide. Mais chaque fois que je m’approchais l’arche disparaissait, s’évanouissant au-dessus de l’oreiller où la houle de tes cheveux ondulait. Mes lèvres se sont alors promenées sur ton mont de Vénus, si chaud qu’il me sembla gorgé de soleil nocturne, comme si l’astre avait éteint la lumière mais gardé toute son incandescence. L’arche réapparut ; je vis des couleurs s’y dessiner, cependant je ne pus mettre un nom sur ces teintes-là, car je sentais bien qu’elles n’existaient pas en réalité, et que c’était ton plaisir qui les créait au fur et à mesure de ses vagues. Ton clitoris m’apparut tel le centre d’un coeur - la petite zone ultra-sensible où tout se résume, tout se joue dans un si minuscule espace pourtant - tout se construit et se déconstruit au rythme de pulsations...

Petits Contes Lesbiens – 1

Ton sein dans ma bouche je vole. Le bout est ma capsule tendre et dure à la fois, un logis malléable où ma langue se faufile, roule et ondule. Ton sein dans ma bouche je vole. Je l’absorbe et me le prends entier comme moisson délicieuse du désir de ton corps en attente. Je suis la saison qui fait mûrir ton sein, et voilà je le cueille, je le mords, le croque et m’en délecte, sa chair gorgée de soleil me régénère, je m’en emplis jusqu’à l’ivresse. Je vole. Mes bras t’enserrent, ma bouche mange ton sein et je vole. J’ai percé la voûte du ciel et là tu as gémi, tu as senti que je franchissais la sphère humaine, tu t’es accouplée à mon décollage, voilà nous sommes deux dans la capsule de ton sein, nous sommes soudées et presque réduites à un corps. Mais non, ton sein s’arrondit, se durcit entre mes lèvres, il me pénètre et me remplit, je sais que tu...