années 80

Avant internet, la drague sur le 3615

Au milieu des années 80, la France découvre peu à peu les joies de la télématique. Alors que ni Internet ni les mails n’existent encore, les PTT proposent aux foyers français une petite boîte cubique qui leur permet de se connecter à un réseau public, le Minitel. Le 16 janvier 1986, les gais à leur tout ont leur propre service, et vont pouvoir se lancer à corps perdu dans des discussions nocturnes interminables. Le journal Gai Pied Hebdo lance son tout nouveau réseau télématique ; le 3615 GPH est lancé. Le journal n’en est pas à sa première tentative. En décembre 84, il avait déjà lancé le 614.91.66 CLIPP et son service GRAFFITI, qui proposait déjà peu ou prou le même contenu. Mais ce premier service minitel était entre les mains d’une association qui touchait tous les bénéfices et n’en reversait qu’une petite part à Gai Pied. Au bout de quelques mois, Gérard Vappereau, directeur du journal, a donc dénoncé ce contrat initial (non sans...

Mai 89, les homos font Salon

En 1989, Gai Pied Hebdo fête ses 10 ans. A cette occasion, le journal lance un événement fédérateur d’un monde militant très morcelé à la fin des années 80. Un événement appelé à se répéter et qui deviendra l’un des plus vivants meetings gais européens, le Salon de l’Homosocialité. Pendant deux jours, le samedi 27 et le dimanche 28 mai 1989, les homos vont investir le Cirque d’Hiver à Paris, pour débattre, danser, draguer… Cinéma et fête au cœur du projet Le programme commence dès le mercredi 24, avec la diffusion, pendant toute une semaine, d’un film gai chaque jour, au cinéma L’Entrepôt. Y sont proposés My Beautiful Laundrette, Once More, Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça, L’homme blessé… C’est même toute une nuit gaie qui y est organisée du vendredi soir au samedi matin. Le samedi, le public se retrouve l’après-midi rue Amelot pour débattre avec Yves Charfe, rédacteur en chef du journal, et découvrir le Club des lecteurs de GPH. Mais le moment le...

Retour de l’amant prodigue… Entre chien et loup – Episode 15

Si la photo est bonne... J'étais convaincu que Paris me réservait tant de découvertes, d'aventures, de voyages intérieurs... Pour l'instant, j'occupais mon temps libre à crapahuter dans Paris, avec un appareil photo acheté d'occasion, que j'utilisais pour immortaliser les belles gueules croisées lors de mes pérégrinations. Je photographiais aussi des lieux, des situations que je jugeais intéressantes et originales. L'illusion d'être le témoin de mon époque ou plutôt de capturer à tout jamais des instants éphémères, de retenir le temps qui passe... Quête peut-être naïve qui en tout cas m'entraînait dans des quartiers inconnus ou déjà bien balisés sur lesquels j'avais la prétention d'avoir un regard neuf... Solitaire, je parcourais les rues le nez au vent, l'œil aux aguets. Je me tenais prêt à saisir l'image rare, celle qui ferait la différence. Je ne possédais aucune connaissance techniques de la prise de vue et comptais sur mon intuition pour révéler un talent insoupçonné... Les rouleaux de pellicules s'accumulaient dans un tiroir d'un meuble encastré dans la petite pièce du 52...

Avis de tempête : Entre chien et loup – Episode 14

Tea for three Thierry, le traître, se dirige vers ce qui doit être la salle de bains pour prendre une douche... il précise avec un clin d'œil qu'on ne le dérange pas pendant ses ablutions.... Nous demeurons donc seuls, Hervé et moi, et notre gêne s’accroît de minute en minute. Je sors mon paquet de blondes et en propose une à mon hôte, qui refuse. Brrrrrr. Il ne m'invite pas à m'asseoir, pendant qu'il pose ses affaires, et je suis planté comme un idiot que je suis ne sachant que faire ni que dire, tirant sur ma clope... Il me demande au bout d'un instant qui me parait un siècle, si je veux un thé. J'accepte benoîtement, et pour briser la glace, je fais mine de m'intéresser à son travail. Il revient de la mini-cuisine et extrait quelques grandes toiles posées à même le sol. Il allume l'halogène et je découvre des garçons musclés, peu vêtus, dans des poses de guerriers modernes. Le tout est réalisé...

Esquisse d’un nouvel amour ? Entre chien et loup – Episode 13

Tata beach Je m'assoie au bord de l'eau et regarde passer les bateau-mouche sur la Seine. Les voix stridentes des guides, amplifiées par les haut-parleurs, dirigent le regard et l'extase des touristes au gré des lieux historiques éparpillés le long du fleuve. Un Paris de carte postale... qui réussit à me détendre un peu... C'est un endroit que je fréquente de temps en temps, durant les beaux jours, avec l'idée, si l'occasion se présente, de prendre un poisson dans mes maigres filets. On appelait alors entre nous ce spot "Tata beach". Les berges qui longent les quais des Tuileries, où le manège incessant des garçons qui draguent le nez au vent atteste de la vitalité de ce haut lieu de rencontres, sont colonisées dès qu'un rayon de soleil fait son apparition miraculeuse dans le ciel parisien, par des hommes de tous âges qui s'exposent à ses rayons, souvent avec ostentation, parfois en string... sous le regard gêné ou moqueur des promeneurs. Après une chasse en bonne et due forme...

Jacques de Bascher, dandy de l’ombre

Vénéneux, hypnotique, addictif, stupéfiant, empoisonnant, dandy morbide… c’est presque immanquablement que s’impose le champ lexical des drogues et du ravage lorsque l’on évoque Jacques de Bascher. Ange ou démon ? Ses aléas et turpitudes, valaient bien une biographie, riche de documents et de témoignages, la journaliste Marie Ottavi, livre le récit d’une vie, que nombre de romanciers auraient aimé imaginer, dans les paroles de ceux qui l’ont aimé ou détesté, c’est aussi le portrait de toute cette période à part, du Paris nocturne et sans limite des années 80. D’ascensions fulgurantes, en chute vertigineuse, croiser Jacques de Bascher, même sur le papier, c’est frôler l’insolence et la décadence, c’est tutoyer les plus grands, c’est brosser le portrait de toute une époque, des bas fonds et de ce que brille, de toute une nuée de célébrités, héritières, fils et filles de, noblesse désargentée, artistes et bien sûr les deux légendes que sont Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld, c’est d’ailleurs autour de ce dernier que s’articulera...

Sexe et dépendance. Entre chien et loup – Episode 12

Sexe et dépendance Je me retrouvais en ce printemps 1982 en deuil de l'optimisme, de la bonté de Yann. Il avait éclairé ma vie d'un nouveau jour. Trouverai-je un autre astre pour réchauffer mes os ? Je tentais de m’enivrer dans un tourbillon de sorties et de nuits agitées, et découvrais ces lieux que je ne connaissais pas encore, et j'en devenais rapidement un habitué ! Le Broad, rue de la Ferronnerie dans les Halles, Haute Tension, le BH et ses mauvais garçons... Les dimanches avaient également leur soif d'illusoires ivresses et après les tea dances du Palace et ses nombreux adeptes, au torse nu et huilé, muscles exhibés sur rythmes endiablés, je préférais prendre mes habitudes au Rex Club, où les kikis dont les houppes et les grosses pompes militaires me faisaient tourner la tête. Vêtu d'un bombers bleu marine, d'un polo orné d'une couronne de laurier, d'un 501 et de mes paraboots, les cheveux rasés sur les côtés, j'étais paré pour me fondre dans la communauté...

Portrait en clair obscur d’une étoile filante

Comment se font les rencontres les plus importantes ? Souvent par le plus grand des hasards. Lisa Vignoli jeune journaliste va faire sa première chronique littéraire. Elle a choisi le livre de Pierre Grillet, parolier et auteur du Madame rêve de Bashung. Ce dernier évoque son ami Jean-Michel Gravier, journaliste, chroniqueur, critique cinématographique au Matin de Paris dans les années 80. Son collègue Bruce Toussaint (oui le Bruce de Canal puis de France 5), lui confie qu'il a débuté avec Gravier et que ce dernier fut son mentor. Alors, la jeune femme poussée par une force irrésistible presque surnaturelle, va enquêter sur le cinéphile mort du sida en 1994. De son adolescence à Grenoble, à sa venue à Paris en 1978 où il connait des débuts professionnels difficiles, mais va rencontrer les bonnes personnes. Il écrira régulièrement une chronique sur les nuits parisiennes où il égratigne les beautiful people qu'il croise lors de ses virées dans les endroits parisiens les plus branchés. Mais sa passion du cinéma est la...

New-York New-York – Entre chien et loup Episode 11

Résumé des épisodes précédents Hugues, la vingtaine, débarque à Paris afin de suivre une formation en Communication. Très vite, il intègre une bande de fêtards et hante les lieux nocturnes. Nous sommes à la fin des années 70... le Palace, les Bains Douches sont les aimants de sa nouvelle vie, et Olivier son compagnon de débauche. Mais la drogue rôde et fait d'Olivier sa victime. Une overdose alerte les parents de ce dernier, qui l'enferme dans un centre de désintoxication en Province. Hugues a rencontré Yann, un jeune comédien au chômage, qui devient, outre son partenaire sexuel, son ange-gardien. Pendant que Yann entame à contre cœur une carrière de mannequin, Hugues rencontre Jean, un grand militant qui porte le projet de créer une revue homosexuelle. Mais Hugues et Yann sont poursuivis par les dealers d'Olivier. Ils tentent de leur échapper avec l'aide éclairée de Jean. Nous sommes maintenant au début des années 80. Une nouvelle décennie débute, la gauche arrive au pouvoir avec son cortège...