années 90

La biographie plombée d’un écrivain maudit

Si Guillaume Dustan fut un feu de paille dans l'univers littéraire, il s'imposa comme un sacré trublion qui parvint à force de coups d'éclat, de scandales, de provocations... à obtenir une reconnaissance médiatique qui ne reposait pas sur la dimension de son œuvre mais sur la noirceur du propos. Dans les années 90, Guillaume Dustan donc, écrivain séropositif - ou l'inverse - surfa sur la baise sans capote, communément appelée bareback. Ses prises de position déclenchèrent d'une part la concupiscence de Thierry Ardisson, de Technikart... tous ces médias et journalistes à la recherche du sensationnel qui l'adoubèrent, pendant que dans le même temps l'association de lutte contre le sida Act-Up en fit son ennemi juré. Pour incarner ce combat, on opposa Dustan et Didier Lestrade, président emblématique de l'association. Les écrits de Dustan (moins d'une dizaine de textes d'autofiction), un genre dont il promut la reconnaissance à travers la collection Le Rayon Gay qu'il dirigea au sein de la maison d'édition aujourd'hui défunte Balland, ne furent pas,...

Jay Alansky et ses multiples je(ux)

Musicien, auteur-compositeur (il a notamment travaillé avec Marie-France, Lio, Jil Caplan, Alain Chamfort, Les Innocents, Julien Clerc, etc.), producteur et interprète, Jay Alansky dispose d’une palette créative incroyablement diversifiée. Il est connu pour être le membre fondateur des Beautiful Losers et l’initiateur de nombreux projets électroniques (dont A Reminiscent Drive). Il exerce aussi ses talents dans le domaine des clips et de la photographie, où son travail est largement apprécié. Et, cerise sur le gâteau, il ne manque pas d’encre dans son stylo, comme il l’a déjà prouvé en 2015 avec un premier roman intitulé Hermine et le vieux jeune homme (L’Harmattan). Aujourd’hui, Jay nous revient avec un ouvrage d’une belle singularité : Le monde est un reproche. Il y relève un pari risqué – mais qu’il réussit impeccablement : entrer dans un « Je(u) » féminin et vivre une traversée de vie de femme, avec toute l’incroyable densité émotionnelle spécifique que cela implique. L’aventure romanesque est d’autant plus exaltante que ce « Je » de femme dans lequel Jay...

En 1994, naissance du Centre LGBT, bienvenue chez vous !

Jusqu’à présent, l’association, née un an plus tôt pour prendre la suite de la Maison des Homosexualités, était confinée dans un petit appartement de la rue Michel Le Comte, local certes « historique » (il avait déjà abrité les premiers pas de l’association AIDES dix ans plus tôt), mais par vraiment conçu pour accueillir le public. Le nouveau bureau élu en février 1994, présidé par Philippe Labbey, s’était fixé comme priorité d’offrir enfin un vaste espace communautaire, comme on pouvait déjà en trouver à New York, Amsterdam, Londres ou Berlin… Les nouveaux locaux trouvés (une ancienne galerie d’art) et loués (Pierre Bergé se portera caution personnelle auprès du bailleur), la petite équipe de bénévoles (appelés « volontaires ») se met à l’action, avec les moyens du bord, pour ouvrir le lieu au plus vite. Il s’agit de pouvoir recevoir les homos des deux sexes, « de tous âges, toutes sensibilités, toutes tendances politiques et confessionnelles ». Les permanences d’accueil physique sont doublées d’écoutes téléphoniques et...

Les secrets de la forêt de Rambouillet

Né en 1945, fils de cultivateurs flamands, naturalisé français en 1982, pasteur, psychologue et sexologue, l’homme était une figure marquante de la communauté gaie. Dans sa jeunesse, il avait quitté le séminaire catholique pour embrasser le culte baptiste. Pasteur à Lens et à Béthune, il était ensuite parti aux Pays-Bas pour y suivre des cours de psychopathologie à l’Université protestante d’Amsterdam, et des stages de sexologie consacrés à l’étude des minorités sexuelles défavorisées. De retour en France, il avait commencé ses activités pastorales dans un ancien théâtre porno de Pigalle, qui lui avait rapidement valu les surnoms de « pasteur porno » ou de « pasteur déchu ». Il n’hésitait pas non plus à revêtir sa tenue ecclésiastique pour se rendre dans les saunas et autres lieux de drague, à la rencontre des gais. En 1976, il avait fondé le Centre du Christ Libérateur (CCL), qui lui permettait de réunir régulièrement des groupes de parole divers : pour les transsexuels, les travestis, les gais sourds...