biographie

Paris Algérie

Les mots de Nina Bouraoui "Tous les hommes désirent naturellement savoir est l’histoire des nuits de ma jeunesse, de ses errances, de ses alliances et de ses déchirements. C’est l’histoire de mon désir qui est devenu une identité et un combat. J’avais dix-huit ans. J’étais une flèche lancée vers sa cible, que nul ne pouvait faire dévier de sa trajectoire. J’avais la fièvre. Quatre fois par semaine, je me rendais au Kat, un club réservé aux femmes, rue du Vieux-Colombier. Deux cœurs battaient alors, le mien et celui des années quatre-vingt. Je cherchais l’amour. J’y ai appris la violence et la soumission. Cette violence me reliait au pays de mon enfance et de mon adolescence, l’Algérie, ainsi qu’à sa poésie, à sa nature, sauvage, vierge, brutale." Nina Bouraoui présente en ces termes son dernier roman autobiographique. Entre l'Algérie et Paris, l'enfant devient femme et lesbienne Une écriture qui tranche dans le vif, grave, brute, sans enjolivures… Nina Bouraoui fait s'entrechoquer ses souvenirs de l'enfance Algérienne et les errances nocturnes parisiennes avec une bande...

Yves Saint Laurent 10 ans après

Ouvrons tout d'abord la biographie "officielle" du Grand-Couturier, la version définitive de celle qui, peut se targuer du titre de biographe en chef du Maître : Laurence Bénaïm. Déjà édité à plusieurs reprises, ce pavé de presque 700 pages est la référence ultime pour découvrir Saint Laurent, suivre sa carrière... ses amours, ses amitiés... bref pour être incollable sur tout l'univers Saint-Laurent. C'est aussi le portrait d'une époque qui couvrent plusieurs décennies, marquées par de profonds bouleversements économiques, sociologiques et dans les mœurs, qu'accompagne voir anticipe les collections haute-couture, le prêt à porter, les parfums, les produits dérivés Yves Saint Laurent. Souvent précurseur, souvent copié, le style Saint Laurent se conjugue à une existence douloureuse, à une personnalité complexe, autodestructrice, qui est largement évoquée par l'auteur. Laurence Benaïm compose une biographie exhaustive, abordable, pointue certes mais pas du tout réservée aux modeux, qui pourrait se dévorer comme un polar, même si son poids est parfois un handicap pour la lecture dans le métro ! (c'est...

Le roman choral de Félicie Dubois

Que sont nos campagnes devenues - est-il possible à deux femmes en couple, issues de la grande ville, de s’y transplanter ? La greffe entre « rurbains » (avides de qualité de vie) et locaux (dont « le passé survit encore au présent ») a-t-elle pris, à l’ère de la mondialisation et de l’addiction à Internet ? Bienvenue à Sainte-Barbe, « entre mer, marais et bocages », où se déroulent Les Joies simples que Félicie Dubois nous invite à partager. Un quotidien campagnard, parfois extrait ou tombé d’une autre réalité (planète ?), qui vient ici nous rappeler avec quelle brutalité la logique des puissants s’exerce sur les jugés  « rétrogrades ». C’est le roman « incarné et souriant » de la ruralité intime que Félicie nous offre, avec toute la pudeur à la fois tendre et distanciée, mais jamais angélique, du style inimitable qui est le sien, ciselé au quart de millimètre de mot près, visant juste à tous coups. « Au début du troisième millénaire après Jésus-Christ, le monde a considérablement rétréci » C’est le constat que dresse la narratrice. Densité humaine,...

Décryptage réussi d’une légende du cinéma américain

Hugues Demeusy : Tu nous présentes aujourd'hui un essai sur la grande légende américaine Montgomery Clift, tu précises que ce n'est pas une biographie ? Sébastien Monod : En effet, ce n’en est pas une. Montgomery Clift – L’enfer du décor est un travail d’analyse des choix de carrière de l’acteur, complétée de l’étude des films eux-mêmes. Et je démontre tout au long de mon livre que ces choix ne sont ni innocents ni anodins ; ils sont, certes, réfléchis, car celui qu’on appelle communément Monty était un perfectionniste, mais ils procèdent surtout d’un facteur tout à fait subjectif, inéluctable : lui. Lui en tant qu’homme. Et c’est pourquoi mon travail est néanmoins proche de la biographie, car je m’appuie sur de nombreux éléments privés pour montrer combien sa vie d’homme – et précisément son homosexualité – a influé sur sa carrière. Ce n’est pas par hasard qu’il a choisi des rôles de personnes rejetées ou rebelles, pas un hasard si une grande partie de ces rôles...

La biographie plombée d’un écrivain maudit

Si Guillaume Dustan fut un feu de paille dans l'univers littéraire, il s'imposa comme un sacré trublion qui parvint à force de coups d'éclat, de scandales, de provocations... à obtenir une reconnaissance médiatique qui ne reposait pas sur la dimension de son œuvre mais sur la noirceur du propos. Dans les années 90, Guillaume Dustan donc, écrivain séropositif - ou l'inverse - surfa sur la baise sans capote, communément appelée bareback. Ses prises de position déclenchèrent d'une part la concupiscence de Thierry Ardisson, de Technikart... tous ces médias et journalistes à la recherche du sensationnel qui l'adoubèrent, pendant que dans le même temps l'association de lutte contre le sida Act-Up en fit son ennemi juré. Pour incarner ce combat, on opposa Dustan et Didier Lestrade, président emblématique de l'association. Les écrits de Dustan (moins d'une dizaine de textes d'autofiction), un genre dont il promut la reconnaissance à travers la collection Le Rayon Gay qu'il dirigea au sein de la maison d'édition aujourd'hui défunte Balland, ne furent pas,...

Daho décodé ?

Une bible sur Daho Fruit d'une collaboration étroite de pas moins de dix ans entre les deux garçons, c'est une véritable bible que nous propose Flammarion sur Daho, déjà éditée une première fois en 2008 et enrichie pour cette nouvelle version. Vie professionnelle, vie intime et au delà, portrait d'une époque de plusieurs décennies, le tout étroitement imbriqué dans un parcours exceptionnel qu'on apprécie ici dans le moindre détail. Car l'érudition d'un grand documentaliste, d'un passionné de musique et d'un amoureux de Daho est réunie pour composer cette biographie qui entre dans notre tête comme une mélodie élaborée par les meilleurs musiciens. Si Daho possède ce don singulier de flairer les sons les plus novateurs, il cultive une exigence acharnée, de celle qui abattent les montagnes à une discrétion légendaire. La musique : point barre. On en saura donc pas d'avantage sur l'orientation sexuelle de celui qui prétend qu'il est transparent et que les paroles de ses chansons révèlent tout. Il suffit d'écouter... La bisexualité affirmée On se reportera (entre autres)...

Jacques de Bascher, dandy de l’ombre

Vénéneux, hypnotique, addictif, stupéfiant, empoisonnant, dandy morbide… c’est presque immanquablement que s’impose le champ lexical des drogues et du ravage lorsque l’on évoque Jacques de Bascher. Ange ou démon ? Ses aléas et turpitudes, valaient bien une biographie, riche de documents et de témoignages, la journaliste Marie Ottavi, livre le récit d’une vie, que nombre de romanciers auraient aimé imaginer, dans les paroles de ceux qui l’ont aimé ou détesté, c’est aussi le portrait de toute cette période à part, du Paris nocturne et sans limite des années 80. D’ascensions fulgurantes, en chute vertigineuse, croiser Jacques de Bascher, même sur le papier, c’est frôler l’insolence et la décadence, c’est tutoyer les plus grands, c’est brosser le portrait de toute une époque, des bas fonds et de ce que brille, de toute une nuée de célébrités, héritières, fils et filles de, noblesse désargentée, artistes et bien sûr les deux légendes que sont Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld, c’est d’ailleurs autour de ce dernier que s’articulera...

Portrait en clair obscur d’une étoile filante

Comment se font les rencontres les plus importantes ? Souvent par le plus grand des hasards. Lisa Vignoli jeune journaliste va faire sa première chronique littéraire. Elle a choisi le livre de Pierre Grillet, parolier et auteur du Madame rêve de Bashung. Ce dernier évoque son ami Jean-Michel Gravier, journaliste, chroniqueur, critique cinématographique au Matin de Paris dans les années 80. Son collègue Bruce Toussaint (oui le Bruce de Canal puis de France 5), lui confie qu'il a débuté avec Gravier et que ce dernier fut son mentor. Alors, la jeune femme poussée par une force irrésistible presque surnaturelle, va enquêter sur le cinéphile mort du sida en 1994. De son adolescence à Grenoble, à sa venue à Paris en 1978 où il connait des débuts professionnels difficiles, mais va rencontrer les bonnes personnes. Il écrira régulièrement une chronique sur les nuits parisiennes où il égratigne les beautiful people qu'il croise lors de ses virées dans les endroits parisiens les plus branchés. Mais sa passion du cinéma est la...