cinéma

« Moi j’embrasse »

Dans "J'embrasse pas" de Téchiné, sorti en 1991, Manuel Blanc interprétait un jeune prostitué qui refusait d'embrasser ses "clients". Sauvage n'est-il qu'un énième film sur la prostitution masculine ? Celles et ceux  qui s'y rendraient pour cette unique raison auraient tout faux. Car si du début à la fin du long-métrage de Camille Vidal Nacquet, (qui par certains côtés a les contours d'un reportage), le spectateur se perd dans les situations les plus glauques auxquelles sont confrontées les prostitués de rues, ce qu'on retient comme une évidence, c'est la rencontre sans fard avec un garçon hors du commun, c'est l'humanité totale de ce jeune type, qui efface toute la crasse qui l'entoure. Alors ce qui pourra dérouter certains spectateurs, c'est la capacité d'endurance et d'acceptation de Léo, qui ne revendique rien, qui accepte tout… D'écueils en épreuves toujours plus dégradantes, Léo résiste, mû par une capacité de résilience sans fin. Mais par quoi est-il  réellement animé ce jeune paumé… c'est la question a laquelle chacun trouvera sa...

Collision avec une étoile filante

Dans Tu t'appelais Maria Schneider, Vanessa qui est la cousine de l'actrice aujourd'hui partiellement oubliée, donne enfin vie au projet formulé avec cette dernière avant sa disparition : écrire le livre de sa vie. On connait le visage radieux de Vanessa Schneider, journaliste au Monde, pour ses participations à ces émissions télévisées où les prises de parole des invités sont formatées et souvent insipides. Elle écrit une biographie (si le terme convient à ce livre) très personnelle, emprunte de l'amour, de la fascination et de la bienveillance qu'elle garde intacte, comme un précieux trésor,  qu'elle nous livre ici. Le tu est le mode sur lequel la journaliste a choisi de raconter ses souvenirs, peut-être pour recréer une proximité et aussi parce qu'on tutoie les étoiles… Elle y mêle des réminiscences de sa vie d'enfant, parce que Maria y était toujours étroitement associée. Premier film, premier scandale Maria, cette belle jeune femme devenue adulte trop vite, fille de l'acteur Daniel Gélin, élevée par une mère mal aimante, s'installe dans...

Footeux et LGBT : toujours un « carton rouge » !

Une histoire d'amour entre deux futurs professionnels du ballon rond, ça fait désordre et c'est interdit, au même titre que la drogue ou la pédophilie. Oui on en est encore là ! Les mœurs footballistiques ont du mal à évoluer et ce film audacieux nous alerte intelligemment sur une réalité qui fait mal ! Marcel Gisler, son réalisateur, explique dans cet interview tirée du dossier de presse la genèse de son film et les règles du jeu rétrogrades de l'univers du foot. Extraits publiés par Genres. Qu’est-ce qui vous a amené à vous interroger sur le milieu du football ? Quelles ont été vos influences ? C’est l’un des co-auteurs du film qui est venu vers moi avec cette idée en 2010. lui est un grand fan de foot, moi je l’étais moins. Quand il m’en a parlé, j’ai d’abord eu peur que le sujet soit trop commun : c’est une question traitée dans les médias depuis des années et j’étais persuadé qu’un film de ce genre...

Claudius Pan : l’art pour territoire

Peux tu tracer pour nos lecteurs en quelques phrases ton parcours atypique ? J'ai squatté assez tôt les scènes de théâtre, vers onze ans. J’ai suivi une formation à Lyon, avant de monter une compagnie avec trois autres ami(e)s « Les Représentantes », puis de tout quitter, pour des raisons personnelles, et partir vivre dans une communauté d’artistes, aux USA. Je suis resté là-bas deux ans, avant de suivre les Train Hoppers ( ceux qui vivent illégalement sur les trains marchands ) dans leurs aventures. J’ai alors vagabondé sur ces terres marginales pendant trois années de plus, passant par l’Inde, la Roumanie, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle Calédonie etc Je désirais une vie romanesque, je voulais insuffler ma voix et mon corps pour les rendre outils d’une parole d’artiste. Durant ces années j’ai écrit, composé de la musique, peiint, performé, réalisé des films… Chaque instant était prompt à se transformer en oeuvre, en partage collectif. Toujours dans le but de soigner, guider le monde, comme un rituel, un sortilège. Mon corps...

Hervé Joseph Lebrun : le porno gay seventies dans le coeur

Bonjour Hervé Joseph, tu es "conseiller historique" du film de Yann Gonzalez, « Un couteau dans le cœur », dont l'intrigue se passe dans le milieu du porno gay de la fin des années 70. Comment es-tu arrivé sur ce projet et comment cela s'est-il passé ? À l’occasion de la sortie du « Dictionnaire des films érotiques et pornographiques français en 16 et 35 mm », dictionnaire sous la direction de Christophe Bier pour lequel j'étais un des contributeurs et superviseur des films homos, une soirée spéciale, « La Nuit de la grande chaleur », a été organisée à La Cinémathèque française le 11 juin 2011. Trois films étaient programmés dont « Maléfices pornos » (Éric de Winter, 1978) produit par Anne-Marie Tensi (AMT). Yann Gonzalez était présent et, de cette soirée, est née l'idée de réaliser un film autour d'Anne-Marie Tensi. J'étais en train de réaliser le film documentaire « Mondo Homo: A Study of French Gay Porn in the '70s » (2014) où un...

Coby : journal filmé d’une métamorphose

À l’origine de ce film, il y a l’histoire de votre demi-frère, de sa transition, de ses opérations. Et pourtant le film déjoue tous les pièges redoutés du documentaire… Le documentaire n’est pas mon genre de prédilection. J’en produis mais, en tant que réalisateur, j’ai besoin de passer par la fiction qui est pour moi une métaphore du réel et une digestion de la réalité. C’est une manière de regarder en arrière. Quand Coby, mon demi-frère, a amorcé sa transition en 2010, il m’a demandé de faire un film sur cette période de sa vie. À l’époque il avait déjà posté ses vidéos sur Youtube et je savais qu’il y aurait cette matière première et pourtant, j'’hésitais. Je ne savais vraiment pas quoi faire de tout cela. Je redoutais ce cinéma du réel qui consistait à suivre quelqu’un, à filmer toutes ces étapes plus ou moins dramatiques. Donc j’ai décliné la proposition. et puis cinq ans plus tard, après avoir suivi de loin son évolution...

Décryptage réussi d’une légende du cinéma américain

Hugues Demeusy : Tu nous présentes aujourd'hui un essai sur la grande légende américaine Montgomery Clift, tu précises que ce n'est pas une biographie ? Sébastien Monod : En effet, ce n’en est pas une. Montgomery Clift – L’enfer du décor est un travail d’analyse des choix de carrière de l’acteur, complétée de l’étude des films eux-mêmes. Et je démontre tout au long de mon livre que ces choix ne sont ni innocents ni anodins ; ils sont, certes, réfléchis, car celui qu’on appelle communément Monty était un perfectionniste, mais ils procèdent surtout d’un facteur tout à fait subjectif, inéluctable : lui. Lui en tant qu’homme. Et c’est pourquoi mon travail est néanmoins proche de la biographie, car je m’appuie sur de nombreux éléments privés pour montrer combien sa vie d’homme – et précisément son homosexualité – a influé sur sa carrière. Ce n’est pas par hasard qu’il a choisi des rôles de personnes rejetées ou rebelles, pas un hasard si une grande partie de ces rôles...

Les garçons sauvages sont des filles pas comme les autres

C'est un premier film déroutant que nous propose Bertand Mandico. Le genre de ses héros (cinq garçons de bonne famille, brutaux, meurtriers, embarqués pour un voyage initiatique...) y est mis à mal, comme un facteur inhérent à la trame fantastique de cette aventure. C'est une œuvre franchement "queer", une épopée mythologique futuriste, qui sort totalement des sentiers cinématographiques battus. que nous vous conseillons vivement. Adossé à des références allant de Truffaut au gore, au film muet en noir et blanc, au fantastique avec effets spéciaux, aux films de pirates ou encore à Fassbinder, ce long métrage ne peut laisser indifférent d'un point de vue formel. A l'abordage pour une découverte d'un nouveau genre ! Nous reproduisons cet entretien qui vous aidera à y voir plus clair et vous donnera certainement envie de voir cet ovni cinématographique ! https://youtu.be/DseeL_hKhdI Dans votre film, le protagoniste central, un scientifique devenue femme plaide pour une féminisation du monde pour le pacifier mais vous allez dans une direction encore plus ambigüe… C’est une utopie naïve,...

Manuel Blanc : je suis Elle !

Pour son nouveau roman, (quatre ans après Carnaval, le premier), Manuel Blanc se glisse dans la peau d'une trentenaire, Virginie, danseuse de "pole dance". Son héroïne, femme indépendante, blessée, à la recherche de son identité... est indéniablement très attachante. On suit les péripéties de sa vie tumultueuse avec délectation et bienveillance. Il était grand temps pour Genres de rencontrer ce garçon révélé au cinéma grâce à André Téchiné, dans J'embrasse pas, (en 1991) et qui depuis, s'éloigne irrésistiblement des sentiers battus ! Hugues Demeusy : Dans ce nouveau roman, tu as pris le parti périlleux de dire "je" en "usurpant" le sexe de ton héroïne, Virginie. Pourquoi ce choix et quelles sont les barrières que tu as du franchir pour y parvenir ? Manuel Blanc : C’est mystérieux ce choix en un sens, et l’écriture est toujours pour moi une quête, c'était un vrai challenge et cela m’a pris trois ans avant de plonger dans l’intimité de cette femme. J'ai commencé à écrire un premier texte où je...