essai

Décryptage réussi d’une légende du cinéma américain

Hugues Demeusy : Tu nous présentes aujourd'hui un essai sur la grande légende américaine Montgomery Clift, tu précises que ce n'est pas une biographie ? Sébastien Monod : En effet, ce n’en est pas une. Montgomery Clift – L’enfer du décor est un travail d’analyse des choix de carrière de l’acteur, complétée de l’étude des films eux-mêmes. Et je démontre tout au long de mon livre que ces choix ne sont ni innocents ni anodins ; ils sont, certes, réfléchis, car celui qu’on appelle communément Monty était un perfectionniste, mais ils procèdent surtout d’un facteur tout à fait subjectif, inéluctable : lui. Lui en tant qu’homme. Et c’est pourquoi mon travail est néanmoins proche de la biographie, car je m’appuie sur de nombreux éléments privés pour montrer combien sa vie d’homme – et précisément son homosexualité – a influé sur sa carrière. Ce n’est pas par hasard qu’il a choisi des rôles de personnes rejetées ou rebelles, pas un hasard si une grande partie de ces rôles...

Jean Claude Bologne : vivre en couple, toute une histoire !

Au printemps 2013, la loi dite « Taubira » consacre le « mariage pour tous ». Une définition est intégrée au Code civil, dans un nouvel article 143 : « Le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe". Est-ce à dire que cette union officielle symbolise à elle seule l’idée du couple, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel ? C’est à cette passionnante question que Jean Claude Bologne, philologue formé à l’université de Liège, historien et romancier, s’est attelé, dans une très complète et impressionnante Histoire du couple, de l’Antiquité à nos jours. La polygamie : prédisposition « testiculaire » ? L’ouvrage se lit comme un roman, et pourtant il nous enseigne formidablement – voire fait ou refait notre éducation en matière de ce que nous pensons bien connaître pour l’avoir (presque) toutes et tous vécu : le couple ! N’allons pas imaginer que vivre à deux se résume à une bague passée au doigt pour le meilleur et pour le...

Emmanuel Pierrat, héraut du poil : l’interview

Emmanuel Pierrat et Jean Feixas n’en sont pas à leur coup d’essai question toison et autres « cressons » humains, puisqu’ils ont publié ensemble en 2015 un ouvrage remarqué sur les Barbes et Moustaches (Hoëbeke). Avec Les Petits Cheveux – Histoire non convenue de la pilosité féminine, qui paraît cet automne aux éditions de La Musardine, nos deux passionnés d’arts singuliers et d’esthétismes rebiquants (si l’on m’autorise ce néologisme) s’intéressent au cheminement ébouriffant du poil féminin au travers des siècles et de situations souvent ignorées ou oubliées. Une passionnante traversée pour les curieux de tous poils ! Détails historiques échevelants, ballades et balades en bouclettes pubiennes dont l’abondance peut constituer une authentique « végétation capillaire » (jusqu’à 1,80 mètre de long pour une Lithuanienne contrainte « d’enrouler » ses poils pubiens « autour de sa cuisse » pour « les empêcher de traîner par terre »), anecdotes contemporaines désop(o)ilantes : tout dans cet ouvrage ravit le lecteur curieux – et un brin concupiscent comme il se doi(g)t...
Jeune homme qui regarde le soleil levant

Je suis un survivant

Je suis un survivant. Des mots qu’il faut oser prononcer. Des mots qu’il faut être prêt à entendre. Car le viol ne connait pas les genres, mais la morale n’en reconnait trop souvent qu’un seul. C’est qu’une victime est souvent genrée au féminin et que l’agresseur est forcément un homme. Mais dans mon cas, tout se décline au masculin. Je n’aime pas trop le mot viol. Il est trop violent, trop abrupte. Il ravive des douleurs qui ne se taisent jamais. Il ressasse des souvenirs qu’on ne peut museler. Il est trop court, banalisé à outrance. Pour moi, il dit trop de chose et il ne dit plus rien. Je préfère utiliser le terme abusé. Il reflète assez bien toutes les dimensions qui se terrent derrière mon agression. Le pronom possessif est ambigu, il me place à la fois comme sujet et comme objet, comme agresseur et agressé. Et pourtant, je parle bien de mon agression, de celle perpétrée contre ma personne. Le verbe perpétrer fait très...