haïku

Le sexe verni de mes ongles, haïku

  du haut de la tour de mon sexe emprisonné le saut d’une puce unique en mes genres les ongles peints de violet je sonne à sa porte une soumission entre deux pintes de Kro rouge à lèvres brut le regard en biais la musique assourdissante collants arrachés je la reconnais tatouée de rouge à lèvres ma tasse à café bistrot de motards empaquetés rose-bonbon mon pénis et moi un dessous de verre j’y dessine un clitoris pour changer la donne cheville fragile le soleil sur le ballon et sur mon vernis métro à l’aube - sous la barbe brune ma peau en métamorphose ticket validé enserré de doigts le cercle de mon demi ponctué de vernis laissant sur sa joue la marque du rouge à lèvres mon ami d’enfance  
Anne-Claire Thevenot / Carnets temporels

Fantômes du genre

Ni homme ni femme, ni bien ni mal, ni tendu ni relâché, de quoi est fait ce rien. Etre une anguille c’est être absent, c’est être dissolu et pourtant on les voit, tous ces visages si présents si perdus.     Je me promène en fantôme et pense régulièrement à la fin de ma vie. Je ne la vois pas comme une fin, seulement un moment. C’est un moment imaginé, préparé, il possède son lieu et son heure. Aujourd’hui sur la côte de granit rose, où même le ciel a fini par rosir et où les rochers sont éclairés à l’horizon par les lumières d’un soleil devenu invisible, je pense à cet instant. L’abandon du sexe Etre en seul Sur ce rocher rose Au-dessus du vide, les pieds sur les rochers que des enfants ont appelé des montagnes, je perçois le froid du ressac et la dureté de la chute. Je n’ai aucune envie de mourir ici. L’abandon du visage Le regard ne se pose sur rien Quand le ciel est tout bleu Peut-être qu’une fois chez moi, dans ce...