le Beau Livre

Le beau livre #12, Outlandish /Room/ par Marc Kiska

David Lachapelle, Anthony Gayton, Justin Monroe, Simen Johan… autant de références et d’évocations qui si elles semblent évidentes de prime abord sont à évacuer assez vite, tant « l’écriture » photographique de Marc Kiska est singulière et personnelle. Dans son ouvrage « Outlandish /Room/ » le photographe semble vouloir se frayer un chemin, ce sera tortueux, boueux et brumeux, escarpé… au cœur de la ville ou dans des bois sombres, dans l’intimité d’une chambre exiguë ou bien perdus dans de vastes forêts oniriques, ses photographies sont comme des balises d’un parcours initiatiques au milieu des méandres et troubles adolescents. Dans des mises en scènes soignées, de réelles compositions plastiques, que l’on devine parfois empruntées aux grand maîtres de la Renaissance, les corps et les objets de Marc Kiska, naviguent entre ombres et illuminations, sont comme des offrandes déposées sur un autel. Des offrandes et même des sacrifices, que l’on imagine dans ces temples païens, des toits d’immeubles de villes anonymes, des maisons hitchcockiennes ou encore des lieux abandonnés...

Le beau livre #11, Garçons de joie, Nicole Canet

Il est dans les villes des endroits rares et précieux, des endroits que l’on ne voudrait n’avoir que pour soi, et dont on rechigne à donner l’adresse : la galerie de Nicole Canet, « Au bonheur du jour » est de ceux-là. Là où s’épanchent sur papier les désirs, là où sursaute d’un trait d’encre, d’inavouées passions, de curieux chromos et des obsessions derrière les crayons… dans sa nouvelle exposition « Garçons de joie » qu’accompagne la parution d’un ouvrage au titre éponyme, la promesse est tenue. Et c’est Frédéric Mitterrand, ancien ministre de la Culture, mais aussi l’auteur de « La mauvaise vie » qui signe la préface de cet ouvrage dans un texte tout en suggestion, il y écrit notamment « L’un des grands mérites de Nicole Canet (…) est de nous rapporter des images insolites de ces temps envolés, de ces lieux qu’on ne trouve plus, de tous ceux qui ont écrit sans le savoir une histoire qu’on ne raconte guère. » Pousser les portes de ce bar un peu...

Le beau livre #10, Androgyne, Une image de mode et sa mémoire, Patrick Mauriès

« Jadis notre nature n’était pas ce qu’elle est actuellement. D’abord il y avait trois espèces d’hommes, et non deux comme aujourd’hui : le mâle, la femelle, et en plus de ces deux-là, une troisième composée des deux autres ; le nom seul en reste aujourd’hui, l’espèce a disparu. C’était l’espèce androgyne qui avait la forme et le nom des deux autres, dont elle était formée. » Le Banquet, Discours d’Aristophane, Platon C’est sans aucun doute l’un des jeux préférés des créatifs, des artistes, auteurs, des grandes muses et autres personnages originaux, et ce depuis toujours, de Platon et de son mythe de l’Androgyne, des frasques de Philippe d’Orléans, dit « Monsieur » le frère de Louis XIV, du chevalier d’Éon hier, jusqu’aux femmes en smoking de Yves Saint Laurent pour l’automne-hiver 1966, peut-être la plus iconique des créations du couturier, mais aussi les hommes en jupe sur le podium de Jean-Paul Gaultier, les créatures ambiguës de Riccardo Tisci pour Givenchy, la campagne de publicité du prêt-à-porter féminin...

Le beau livre #9, The Beard Pictures, Gilbert & George

Dupont et Dupond, Laurel et Hardy… et Gilbert et George qui font indubitablement partie de ces couples, fictionnels ou pas, la frontière avec ces derniers étant sur ce point parfois floue, et qui de par leurs extravagances ou leurs œuvres sont devenus aussi identifiables qu’incontournables. Sur la scène de l’art contemporain les deux artistes britanniques, ils travaillent ensemble depuis leur rencontre en 1967, n’ont eu de cesse de se mettre en scène dans leurs productions, ils se définissent eux-mêmes comme des Living sculptures, c’est par la performance qu’ils ont commencé. Contrebalançant leur apparence de bourgeois, le couple apparaissant en public immanquablement en costumes et cravates quasi identiques, le propos de leurs œuvres aux dimensions souvent grandiloquentes, peut se faire parfois cru, souvent dérangeant, flirtant avec le mauvais goût et l’irrévérence, explorant des thématiques parfois underground. La série d’œuvres qu’expose la galerie Thaddaeus Ropac dans son espace de Pantin, n’échappe pas aux codes et façon de faire des deux artistes, des formats gigantesques (l’une des...

Le beau livre #8, Fenster zum Klo, Toilettes publiques, affaires privées

Lorsqu’un jour l’on voudra dresser l’état des lieux du bon et du mauvais goût, du propre et du sale, du bien et du mal, et tout comme l’on s'attardera évidemment aux multiples interprétations de Fontaine de Marcel Duchamp, le ready-made urinoir qui cette année a 100 ans, il ne faudra surtout pas oublier de passer aussi par le petit coin, de visiter le petit cabinet des obsessions de Marc Martin… toujours prompt à tordre les regards, à faire dévier les idées vers d’inexplorés territoires. Dans cette approche qui souvent oscille entre caresse et audace, dans des images qui toujours nous tentent autant qu’elles nous forcent, le photographe pour ce nouveau projet, un ouvrage qui accompagne une exposition à Berlin au Schwules Museum, s’intéresse aux toilettes publiques, lieu de fantasmes et de réalité, public et privé, là où se confond le besoin et l’interdit, sur des murs où s’inscrit l’obscène et le désir à coup de marqueur maladroit. Là où s’est joué et noué, un...

Le beau livre #7, David LaChapelle, Lost + Found & Good News

Après les tout aussi monumentaux Artists & Prostitutes, LaChapelle Land, Hotel LaChapelle, Heaven to Hell parus entre 1996 et 2006, Lost + Found et Good News sont les deux derniers ouvrages présentant les plus récents travaux du photographe américain, aussi réalisateur et à l’origine de nombreuses campagnes de publicité loin d’être passées inaperçues comme ces images engagées pour la marque Diesel. Dans un univers onirique, pop, un monde ou le vrai a l’air faux, un monde luxuriant mais grinçant David LaChapelle (né en 1963) se joue des normes et des conventions, dans ces images, hyper-précises et composées comme des toiles de maîtres, c’est dans un univers identifiable entre mille, là où se tutoie le kitsch et l’antique, l’onirique et le trash, le sexy et le sacré, qu’il nous balade. De décadences en étrangetés, c’est toutes les icônes de la planète pop, superstars ou célébrités underground qui ont défilé sous son objectif, Pamela Anderson, David Beckham, Amanda Lepore, Madonna, Lady Gaga, Paris Hilton, David Bowie,...

Le beau livre #6, Les musées Yves Saint Laurent : Paris, Marrakech

« J'aimerais que dans cent ans on étudie mes robes, mes dessins. » Yves Saint Laurent, 1992. En 1961 le couple Yves Saint Laurent - Pierre Bergé ouvre leur maison de couture, d’abord rue Spontini, puis en 1974 ils déménagent et s’installent au 5 avenue Marceau, cette adresse que ne quitteront plus les ateliers, le studio et les salons de la maison, dès sa création, il est décidé d’archiver l’intégralité du travail du couturier, les modèles des défilés, mais aussi, tous les croquis, fiches d’ateliers, photographies, coupures et dossiers de presse, accessoires... c’est cet ensemble qui constitue aujourd’hui une trace unique de l’activité d’une maison de Haute couture au vingtième siècle. En 2002, le 7 janvier, Yves Saint Laurent, annonce son retrait, la maison de Haute couture ferme ses portes aprés un dernier défilé rétrospective au Centre Georges Pompidou, puis le 5 avenue Marceau devient la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent, le couturier disparaît en 2008, et c’est en ce début du mois...

Le beau livre #5, David Hockney

« Je préfère vivre en couleur » David Hockney Voici une phrase dont il ne faudrait surtout pas faire l’erreur d’ignorer les multiples significations qu’elle peut avoir lorsque l’on entreprend d’évoquer l’œuvre et la vie de l’artiste né en 1937 au Royaume-Uni. Après la Tate Modern de Londres, c’est le centre Pompidou, qui accueille, pour encore quelques jours, l’exposition David Hockney, un peintre, un figuratif, a priori bien loin des tendances actuelles de l’art contemporain, un grand connaisseur de l’histoire de l’art, il signe en 2001 un impressionnant ouvrage sur les techniques et secrets des peintures des grands maîtres tel que Vermeer, Le Caravage, Ingres… ce qui ne l’empêche pas d’exposer fin 2010, à la fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent, ses peintures sur IPad et IPod, dans l’exposition « Fleurs fraîches ». Un artiste donc, à 80 ans, résolument de son temps. Artiste devenu quasiment personnage, son allure inspire encore nombre de créateurs de mode, c’est à ce jour la plus importante rétrospective de son travail...

Le beau livre #4, Undressed, Mario Testino

Dernier projet éditorial de l’éditeur Taschen et du photographe de mode Mario Testino, Undressed, invite à l’effeuillage, cet ouvrage se propose de dresser un panorama des photos de nus les plus marquantes du photographe Mario Testino, adepte d’une esthétique léchée et sensuelle ou juste là lorsqu’il s’agit de capturer ces moments aussi torrides qu’éphémères. les photos de Testino font se côtoyer les mannequins les plus en vues, et des anonymes, des filles parfaites et des garçons androgynes, ou peut-être est-ce l’inverse… Réunissant une cinquantaine de photographies, certains clichés issus des archives du studio du photographe sont ici publiés pour la première fois. Figure incontournable des années porno chic, période Tom Ford chez Gucci, il est régulièrement plébiscité pour les séries mode de magazines prestigieux, ou de sulfureuses et luxueuses campagnes de publicité. Un entretien accordé à l’ancienne et emblématique rédactrice du Vogue Paris et créatrice du CR Fashion Book, Carine Roitfeld, éclaire sur les volontés esthétiques du travail du photographe. Images au luxe décomplexé,...