littérature

Mademoiselle Belle, Truman Capote

« Melle Carter expliquait la notion d’excentricité en algèbre depuis maintenant presque vingt minutes. Sally leva la tête d’un air dégoûté, l’aiguille de la salle de classe avançait à la vitesse d’un escargot, encore vingt-cinq minutes, et ensuite la liberté » Au commencement du monde in Mademoiselle Belle, Truman Capote. Il est des ouvrages dont l’existence même constitue en soi déjà un récit, le petit livre réunissant quatorze nouvelles de Truman Streckfus Persons, celui qui ne signe pas encore Truman Capote, fait partie de ceux-là. Cet ensemble de textes inédit a été retrouvé dans les archives de la New-York Public Library en 2013, et publié en 2015 sous le titre de The Early Stories of Truman Capote, elles ont été écrites lorsque l’auteur n’avait qu’entre 15 et 19 ans, et sont comme le témoignage de la précocité de son talent, comme les prémices d’une œuvre à la sagacité et à la férocité cynique de celui qui fut un personnage emblématique de la littérature américaine et incontournable...

Les Vestiges d’Alice, entretien avec Marc Kiska

Le photographe, mais aussi sculpteur et désormais auteur, Marc Kiska livre un récit des plus percutant, tant sur la forme que sur le fond. Il y a en effet dans ce roman, une volonté de manier et d’user de différents niveaux de langages, comme pour mieux faire tourbillonner son lecteur. Puis, il y a aussi, et surtout, cette galerie de personnages aux pulsions et passions souvent incontrôlables, et qui donne à ce texte tout son relief. Et pour aller un peu plus loin, nous avons pu nous entretenir, avec l’auteur. - Vous êtes photographe, et ce qui de prime abord semble singulariser votre travail, c’est, il me semble, cette trame hyper narrative, ainsi ce glissement de l’image aux mots apparaît quasiment évident. Avez-vous éprouvez, lors de l’écriture de votre roman, un processus similaire à celui de la fabrication d’une photographie ? Marc Kiska : Je me suis mis à photographier il y a une quinzaine d’années pour illustrer mes nouvelles. Ces textes étaient déjà très visuels...

Pierre Guerot & I, entretien avec Frédéric L’Helgoualch et Pierre Guerot

Ni tout à fait narratif ou exclusivement descriptif, il y a quelque chose de semblable au manifeste, à la déclaration, comme la volonté de témoigner de son attachement, son abandon, décrire le règne sans partage, d’un être, d’un corps, au moins autant aimé, que désiré, adulé. Un récit, comme la trace d’une passion, comme pour graver dans le marbre, ce que l’on ne dit pas (il est à ce sens presque paradoxal, que ce livre ne soit disponible qu’au format numérique…) Où chaque geste, chaque instant du quotidien se vit avec la plus absolue des intensités, presque comme une chance d’être avec lui… L’objet de ces émois, et c’est là que cet objet littéraire se singularise, c’est le photographe, modèle et acteur Pierre Guerot, dont les autoportraits, comme autant de micro-fictions, prennent le relais des mots, mais sont aussi le moteur des divagations de l’auteur Frédéric L’Helgoualch… - On a autant l’impression à la lecture de ce texte, d’un dialogue, que d’une interaction évidente entre...

Le roman choral de Félicie Dubois

Que sont nos campagnes devenues - est-il possible à deux femmes en couple, issues de la grande ville, de s’y transplanter ? La greffe entre « rurbains » (avides de qualité de vie) et locaux (dont « le passé survit encore au présent ») a-t-elle pris, à l’ère de la mondialisation et de l’addiction à Internet ? Bienvenue à Sainte-Barbe, « entre mer, marais et bocages », où se déroulent Les Joies simples que Félicie Dubois nous invite à partager. Un quotidien campagnard, parfois extrait ou tombé d’une autre réalité (planète ?), qui vient ici nous rappeler avec quelle brutalité la logique des puissants s’exerce sur les jugés  « rétrogrades ». C’est le roman « incarné et souriant » de la ruralité intime que Félicie nous offre, avec toute la pudeur à la fois tendre et distanciée, mais jamais angélique, du style inimitable qui est le sien, ciselé au quart de millimètre de mot près, visant juste à tous coups. « Au début du troisième millénaire après Jésus-Christ, le monde a considérablement rétréci » C’est le constat que dresse la narratrice. Densité humaine,...

Les vacances du petit Renard, interview d’Arthur Cahn

C’est un ouvrage singulier, même s’il est difficile de mettre précisément le doigt sur ce qui le place à part, qu’a publié en ce début d’année, le réalisateur, acteur et donc désormais auteur, Arthur Cahn. C’est un court texte, comme un concentré, cette histoire, celle qui prétexte un récit de vacances, mais qui est aussi celle d’une rencontre, celle d’un amour contrarié, d’une machination, de regrets, d’énergie et d’oisiveté, de sexe et de retenue, du passage d'un âge à un autre… Quelques impressions de lecture,  croisées aux remarques et réflexions de l'auteur, qui a bien voulu prendre le temps de répondre à ces questions, qu'il en soit ici remercié. - « Les vacances du petit Renard », et d’abord ce titre, qui sonne comme une fable, comme le titre d’un récit pour enfants, et qui cache, un texte, bien évidemment, assez éloigné de ces évocations d’âges tendres, puisque d’innocence ou de naïveté, il n’en est plus question. Le personnage principal, même s’il se trouve lui à la...

Sous la loi du Karma X de Sandrine Rotil-Tiefenbach

Sandrine Rotil-Tiefenbach publie Karma X aux éditions Sulliver, dans la collection Littératures actuelles. André Bonmort y est aux commandes (http://www.sulliver.com), capitaine courageux et véritable dénicheur d’écritures singulières « à l’écart des codes et des modes » (de moi il a publié État d’un lieu désert et Rien entre nous, à un moment où presque tout le monde m’avait oubliée !). Son catalogue foisonne de pépites et/ou de diamants purs – comme c’est ici le cas, avec cet étincelant Karma X. Au commencement, il y a Arthur. Un « chauve à lunettes ». Alors que la narratrice aime « les hommes qui ont des cheveux ». « Les chauves à lunettes », c’est tout ce qu’elle « déteste ». De plus, Arthur a les yeux bleus, « petits et rondelets ». Alors qu’elle, elle « aime les grands yeux noirs, les amandes fournies, veloutées, avec des miroirs magiques dedans, du magnétisme », qui « savent comment il faut faire pour envelopper ». Alors que s’est-il passé...

Passion amoureuse ou amitié fraternelle ? La réponse de Stéphane Lambert

http://youtu.be/MIIrofQwfso Dans Fraternelle Mélancolie, Stéphane Lambert explore l'amitié qui unit deux grands écrivains américains, Herman Melville, et Nathaniel Hawthorne. Il décrit et imagine les  stigmates d'une passion tumultueuse... Cela se déroule au milieu du 19ème siècle... Alors "outing" ou pas ? Stéphane Lambert nous donne les clés ici ! Hugues Demeusy : Comment et quand as-tu rencontré Melville et Hawthorne et pourquoi leur relation t’a interpellé au point d’y consacrer un livre ? Stéphane Lambert : Quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai longtemps gardé sur ma table de chevet l’épais volume de Moby Dick, qui est devenu ce qu’on appelle un livre culte, sans réussir à m’y mettre. L’idée de la chasse à la baleine me rebutait. En réalité, Moby Dick est tout sauf un hymne à la chasse à la baleine, c’est un roman de dimension mythique, qui place l’homme face aux grandes questions de l’humanité. Or Moby Dick est dédié à Hawthorne, que je ne connaissais pas. Quand j’ai enfin lu le roman de Melville,...

Le son différent de Brooklyn

Un immeuble à Brooklyn Depuis la mort de son mari, Celia vit dans l’ombre de ce dernier. Propriétaire d’un petit immeuble à Brooklyn, elle loge des gens atypiques, avec qui elle entretient des rapports distants. Jusqu’à ce qu’arrive Hope, une femme fuyant un mari infidèle… Avec Le bruit des autres, Amy Grace Loyd signe son premier roman en 2014, avec une maîtrise incontestable et un sujet bouleversant :  une femme choisit de s’isoler parce qu’elle ne parvient pas à faire le deuil de son mari ; elle s’est enfermée dans la routine, dans une vie en demi-teinte mais va soudain vivre une expérience qui la fera enfin réagir et redevenir « humaine" Une femme brisée Célia, la quarantaine affirmée, vit à Brooklyn, dans un petit immeuble vétuste, dont elle est la propriétaire. Oui, c’est bien de Brooklyn dont il s’agit, sa bohème, sa « coolitude », quartier en mutation où vit une population très cosmopolite. Célia, elle, montre un visage fermé. On pourrait presque dire qu’elle est acariâtre....

2017 : mes 5 livres « MAJUSCULE »

2017 se carapate... Tout le long de cette année politiquement surprenante et épuisante, dont les rebondissements auraient pu être imaginés par un scénariste légèrement torturé, ces livres ont illuminées les journées souvent sombres d'un Parisien casanier. Ils continueront à briller comme des étoiles dans mon ciel ! Les voici dans le désordre : Dakota Song par Ariane Bois chez Belfond http://genres.centrelgbtparis.org/2017/06/08/immeuble-dakota-new-york-1970/ Parlez-moi encore de lui de Lisa Vignol, chez Stock http://genres.centrelgbtparis.org/2017/06/03/portrait-clair-obscur-dune-etoile-filante/ La vie serait simple à Manneville de Pierre Cochez L'Escale http://genres.centrelgbtparis.org/2017/05/02/de-manneville-monde-parcours-extraordinaire/ Place des Vosges de Michel Braudeau au Seuil http://genres.centrelgbtparis.org/2017/03/30/marais-1970/ Peggy dans les phares de Marie-Eve Lacasse chez Grasset http://genres.centrelgbtparis.org/2017/02/13/peggy-roche-femme-amoureuse-de-sagan/ Bien sûr, je vous les recommande chaudement et surtout,  je vous souhaite de nombreuses découvertes littéraires en 2018 !