livre

Les Vestiges d’Alice, entretien avec Marc Kiska

Le photographe, mais aussi sculpteur et désormais auteur, Marc Kiska livre un récit des plus percutant, tant sur la forme que sur le fond. Il y a en effet dans ce roman, une volonté de manier et d’user de différents niveaux de langages, comme pour mieux faire tourbillonner son lecteur. Puis, il y a aussi, et surtout, cette galerie de personnages aux pulsions et passions souvent incontrôlables, et qui donne à ce texte tout son relief. Et pour aller un peu plus loin, nous avons pu nous entretenir, avec l’auteur. - Vous êtes photographe, et ce qui de prime abord semble singulariser votre travail, c’est, il me semble, cette trame hyper narrative, ainsi ce glissement de l’image aux mots apparaît quasiment évident. Avez-vous éprouvez, lors de l’écriture de votre roman, un processus similaire à celui de la fabrication d’une photographie ? Marc Kiska : Je me suis mis à photographier il y a une quinzaine d’années pour illustrer mes nouvelles. Ces textes étaient déjà très visuels...

Pierre Guerot & I, entretien avec Frédéric L’Helgoualch et Pierre Guerot

Ni tout à fait narratif ou exclusivement descriptif, il y a quelque chose de semblable au manifeste, à la déclaration, comme la volonté de témoigner de son attachement, son abandon, décrire le règne sans partage, d’un être, d’un corps, au moins autant aimé, que désiré, adulé. Un récit, comme la trace d’une passion, comme pour graver dans le marbre, ce que l’on ne dit pas (il est à ce sens presque paradoxal, que ce livre ne soit disponible qu’au format numérique…) Où chaque geste, chaque instant du quotidien se vit avec la plus absolue des intensités, presque comme une chance d’être avec lui… L’objet de ces émois, et c’est là que cet objet littéraire se singularise, c’est le photographe, modèle et acteur Pierre Guerot, dont les autoportraits, comme autant de micro-fictions, prennent le relais des mots, mais sont aussi le moteur des divagations de l’auteur Frédéric L’Helgoualch… - On a autant l’impression à la lecture de ce texte, d’un dialogue, que d’une interaction évidente entre...

Le manuscrit

Nous étions en 1967. Il faisait beau et même chaud en cette fin avril. Le soleil n'était pas du luxe, après cet hiver long, humide qui semblait s'être endormi... Nous étions comme anesthésiés par ce manque cruel de lumière et les idées les plus sombres encombraient nos têtes lourdes. Alors ce soleil et le ciel d'un bleu limpide nous revigoraient et nous procuraient des frissons de plaisir. Encore dans mon lit dont j'avais repoussé les draps d'un blanc douteux sur le côté gauche, j'observai mon corps nu, éclairé arbitrairement par les raies de lumière diffusé par les volets fermés. Les moineaux installés dans les arbres bourgeonnant du jardin de curé sous mes fenêtres, chantaient une mélodie qui n'obtiendrait pas la première place du hit parade ; c'était pourtant celle qui m'était la plus familière et qui me donnait du tonus tous les matins. Ma peau pâle était parsemée de poils noirs et luisants surtout sur ma poitrine que je jugeais un peu creuse, et au dessus de...

Les vacances du petit Renard, interview d’Arthur Cahn

C’est un ouvrage singulier, même s’il est difficile de mettre précisément le doigt sur ce qui le place à part, qu’a publié en ce début d’année, le réalisateur, acteur et donc désormais auteur, Arthur Cahn. C’est un court texte, comme un concentré, cette histoire, celle qui prétexte un récit de vacances, mais qui est aussi celle d’une rencontre, celle d’un amour contrarié, d’une machination, de regrets, d’énergie et d’oisiveté, de sexe et de retenue, du passage d'un âge à un autre… Quelques impressions de lecture,  croisées aux remarques et réflexions de l'auteur, qui a bien voulu prendre le temps de répondre à ces questions, qu'il en soit ici remercié. - « Les vacances du petit Renard », et d’abord ce titre, qui sonne comme une fable, comme le titre d’un récit pour enfants, et qui cache, un texte, bien évidemment, assez éloigné de ces évocations d’âges tendres, puisque d’innocence ou de naïveté, il n’en est plus question. Le personnage principal, même s’il se trouve lui à la...

Jean Claude Bologne : vivre en couple, toute une histoire !

Au printemps 2013, la loi dite « Taubira » consacre le « mariage pour tous ». Une définition est intégrée au Code civil, dans un nouvel article 143 : « Le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe". Est-ce à dire que cette union officielle symbolise à elle seule l’idée du couple, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel ? C’est à cette passionnante question que Jean Claude Bologne, philologue formé à l’université de Liège, historien et romancier, s’est attelé, dans une très complète et impressionnante Histoire du couple, de l’Antiquité à nos jours. La polygamie : prédisposition « testiculaire » ? L’ouvrage se lit comme un roman, et pourtant il nous enseigne formidablement – voire fait ou refait notre éducation en matière de ce que nous pensons bien connaître pour l’avoir (presque) toutes et tous vécu : le couple ! N’allons pas imaginer que vivre à deux se résume à une bague passée au doigt pour le meilleur et pour le...

Tout ce qui est à toi… de Sandra Scoppettone

L’autrice Sandra Scoppettone est née dans le New Jersey en 1936. Elle publie ses premiers romans policiers sous le pseudonyme de Jack Early, mais révèle finalement sa véritable identité lorsque sa série de romans policiers ayant pour héroïne Lauren Laurano, une détective privée lesbienne vivant à New York, rencontre le succès. Elle fait son coming out en 1970 et vit à Long Island avec sa compagne. Le roman Tout ce qui est à toi est construit comme un roman policier. Le travail de détective de Lauren y est décrit avec soin, tout comme la progression de son enquête. Les morts, les fausses pistes (parfois un peu trop nombreuses) et les révélations se succèdent avec un bon rythme qui permet au suspense de se maintenir, sans pour autant tomber dans l’exagération. Dès les premières pages de l’histoire, nous nous retrouvons plongé-e-s dans le début des années 1990, avec des cabines téléphoniques à chaque coin de rue et le démarrage d’Internet et de ses dangers. Pour autant, les violences...

Passion amoureuse ou amitié fraternelle ? La réponse de Stéphane Lambert

http://youtu.be/MIIrofQwfso Dans Fraternelle Mélancolie, Stéphane Lambert explore l'amitié qui unit deux grands écrivains américains, Herman Melville, et Nathaniel Hawthorne. Il décrit et imagine les  stigmates d'une passion tumultueuse... Cela se déroule au milieu du 19ème siècle... Alors "outing" ou pas ? Stéphane Lambert nous donne les clés ici ! Hugues Demeusy : Comment et quand as-tu rencontré Melville et Hawthorne et pourquoi leur relation t’a interpellé au point d’y consacrer un livre ? Stéphane Lambert : Quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai longtemps gardé sur ma table de chevet l’épais volume de Moby Dick, qui est devenu ce qu’on appelle un livre culte, sans réussir à m’y mettre. L’idée de la chasse à la baleine me rebutait. En réalité, Moby Dick est tout sauf un hymne à la chasse à la baleine, c’est un roman de dimension mythique, qui place l’homme face aux grandes questions de l’humanité. Or Moby Dick est dédié à Hawthorne, que je ne connaissais pas. Quand j’ai enfin lu le roman de Melville,...

Manuel Blanc : je suis Elle !

Pour son nouveau roman, (quatre ans après Carnaval, le premier), Manuel Blanc se glisse dans la peau d'une trentenaire, Virginie, danseuse de "pole dance". Son héroïne, femme indépendante, blessée, à la recherche de son identité... est indéniablement très attachante. On suit les péripéties de sa vie tumultueuse avec délectation et bienveillance. Il était grand temps pour Genres de rencontrer ce garçon révélé au cinéma grâce à André Téchiné, dans J'embrasse pas, (en 1991) et qui depuis, s'éloigne irrésistiblement des sentiers battus ! Hugues Demeusy : Dans ce nouveau roman, tu as pris le parti périlleux de dire "je" en "usurpant" le sexe de ton héroïne, Virginie. Pourquoi ce choix et quelles sont les barrières que tu as du franchir pour y parvenir ? Manuel Blanc : C’est mystérieux ce choix en un sens, et l’écriture est toujours pour moi une quête, c'était un vrai challenge et cela m’a pris trois ans avant de plonger dans l’intimité de cette femme. J'ai commencé à écrire un premier texte où je...

Portrait en demi-teinte de David Hockney

Qui est le peintre David Hockney ? Si comme moi, vous ne connaissez de David Hockney que ces immenses toiles lumineuses, où l'eau des piscines d'un bleu intense invite des jeunes éphèbes à exhiber leur plastique impeccable... vous ne savez que peu de choses de la vie et de l'œuvre de ce peintre britannique majeur. Ou peut-être avez-vous été happé par ce qui a été une thématique essentielle, dans son immense production picturale. Alors la biographie écrite par Catherine Cusset est faîte pour vous en apprendre un peu plus... Car disons-le franchement, cette Vie de David Hockney est tout à fait digeste, mais manque cruellement de saveur. Les évènements, rien que les faits Ecrite en respectant la chronologie des faits, on apprend a connaître le jeune David, on appréhende son entrée en peinture, ses premiers tatonnements, ses succès successifs qui arrivent très vite. Sa découverte de New-York, puis de Los Angeles où il vivra un temps, sont des éléments fondateurs de son style pictural et de son sujet fétiche...