récit

C’est moi, c’est d’elle : Marion Guillot

C’est Marie, ma libraire préférée (de chez Charlemagne, à Hyères, dans le Var), qui a attiré mon attention sur C’est moi, surprenant, drôlissime et très astucieux roman d’une auteure que je ne connaissais pas : Marion Guillot. Les oiseaux de mauvais augure annonçant depuis quelques lustres la mort du roman en tant que genre peuvent revoir leur sinistre prédiction ! Ici nous avons du neuf, du frais, du délicieusement cruel – tout pour être extrait de ce monde-ci et plongé dans ce monde-là, empruntant ce qu’il faut au réel pour le sublimer et le récréer sous la bannière fiction, dont on sait la réussite lorsqu’elle touche à l’universel. « Charlin est mort hier. » Le lecteur est informé que « dans le fond », Charles-Valentin, dit Charlin, « devait être quelqu’un de sympathique ». Tout de suite la puce nous est mise à l’oreille, d’autant que pour les obsèques de ce Charlin, il n’y aura « pas de messe ni d’encens, pas de prêtre en chasuble mauve ». On a beau nous expliquer que ça n’a...

Les bonnes mauvaises rencontres de Josyane Savigneau

CE QUI ME PLAÎT, C’EST LA SINGULARITÉ. LA DÉCOUVRIR ET TENTER DE LA DIRE, DE LA FAIRE PARTAGER. J’AIME TOUS CEUX QUI ONT UNE CERTAINE FOLIE, AFFICHENT LEUR NARCISSISME, LEUR MÉGALOMANIE S’il existe une façon de lever partiellement le voile sur qui « habite » vraiment, au-delà des clichés et autres cancans germanopratins, l’emblématique signature « Jo. S. », c’est dans La passion des écrivains que le lecteur curieux la découvrira ! Muni de ses bons yeux gourmands il récoltera ainsi, rencontre après rencontre et telles de délicates mises en bouche offertes à chaque page, les subtils indices d’une sensibilité inouïe. Icône pour certains, météorite pour d’autres, Josyane Savigneau, responsable du célèbre « Monde des Livres » entre 1991 et 2005, dont les « papiers » étaient guettés (dans la joie ou dans la crainte) par tous les acteurs de la sphère littéraire (et pas seulement !), nous partage ici une série de portraits uniques. Nous voici les invités – et non les voyeurs –...

Sexe et dépendance. Entre chien et loup – Episode 12

Sexe et dépendance Je me retrouvais en ce printemps 1982 en deuil de l'optimisme, de la bonté de Yann. Il avait éclairé ma vie d'un nouveau jour. Trouverai-je un autre astre pour réchauffer mes os ? Je tentais de m’enivrer dans un tourbillon de sorties et de nuits agitées, et découvrais ces lieux que je ne connaissais pas encore, et j'en devenais rapidement un habitué ! Le Broad, rue de la Ferronnerie dans les Halles, Haute Tension, le BH et ses mauvais garçons... Les dimanches avaient également leur soif d'illusoires ivresses et après les tea dances du Palace et ses nombreux adeptes, au torse nu et huilé, muscles exhibés sur rythmes endiablés, je préférais prendre mes habitudes au Rex Club, où les kikis dont les houppes et les grosses pompes militaires me faisaient tourner la tête. Vêtu d'un bombers bleu marine, d'un polo orné d'une couronne de laurier, d'un 501 et de mes paraboots, les cheveux rasés sur les côtés, j'étais paré pour me fondre dans la communauté...

Portrait en clair obscur d’une étoile filante

Comment se font les rencontres les plus importantes ? Souvent par le plus grand des hasards. Lisa Vignoli jeune journaliste va faire sa première chronique littéraire. Elle a choisi le livre de Pierre Grillet, parolier et auteur du Madame rêve de Bashung. Ce dernier évoque son ami Jean-Michel Gravier, journaliste, chroniqueur, critique cinématographique au Matin de Paris dans les années 80. Son collègue Bruce Toussaint (oui le Bruce de Canal puis de France 5), lui confie qu'il a débuté avec Gravier et que ce dernier fut son mentor. Alors, la jeune femme poussée par une force irrésistible presque surnaturelle, va enquêter sur le cinéphile mort du sida en 1994. De son adolescence à Grenoble, à sa venue à Paris en 1978 où il connait des débuts professionnels difficiles, mais va rencontrer les bonnes personnes. Il écrira régulièrement une chronique sur les nuits parisiennes où il égratigne les beautiful people qu'il croise lors de ses virées dans les endroits parisiens les plus branchés. Mais sa passion du cinéma est la...

New-York New-York – Entre chien et loup Episode 11

Résumé des épisodes précédents Hugues, la vingtaine, débarque à Paris afin de suivre une formation en Communication. Très vite, il intègre une bande de fêtards et hante les lieux nocturnes. Nous sommes à la fin des années 70... le Palace, les Bains Douches sont les aimants de sa nouvelle vie, et Olivier son compagnon de débauche. Mais la drogue rôde et fait d'Olivier sa victime. Une overdose alerte les parents de ce dernier, qui l'enferme dans un centre de désintoxication en Province. Hugues a rencontré Yann, un jeune comédien au chômage, qui devient, outre son partenaire sexuel, son ange-gardien. Pendant que Yann entame à contre cœur une carrière de mannequin, Hugues rencontre Jean, un grand militant qui porte le projet de créer une revue homosexuelle. Mais Hugues et Yann sont poursuivis par les dealers d'Olivier. Ils tentent de leur échapper avec l'aide éclairée de Jean. Nous sommes maintenant au début des années 80. Une nouvelle décennie débute, la gauche arrive au pouvoir avec son cortège...

Rendez-vous à Positano

Si l’on peut parler d’un livre comme l’on dit musique baroque, alors, ce livre l’est. Chaque image de ce merveilleux village de Positano, lieu des longs crépuscules, au sud de Naples, s’accompagne de l’odeur mélodieuse des jasmins, de musique, celle de l’orage, du vent, et de Wilhelm Kempff jouant du piano dans l’église, en haut de la montagne, de l’élégance des mouvements de ses habitants montants ses escaliers escarpés, et de ses deux héroïnes, Goliarda Sapienza, l’auteure de Rendez-vous à Positano, et de Erica, l’amie. C’est la fin du fascisme. Les discussions éthérées, hors de tout, du monde, le long chemin d’une rencontre amicale, celle d’une grande bourgeoise riche, Erica, Son pas captivait tous les regards quand elle descendait les quelques marches qui menaient au rivage… Mais cette femme : Depuis quelques années j’évite la véritable amitié, le véritable engagement, y compris en amour, et voilà que ce besoin que j’ai essayé d’étouffer m’a poussée à te rechercher. On n’y échappe pas. Et même si cette amitié...

Albert le magnifique, de Brigitte Benkemoun

Brigitte Benkemoun découvre sur les stèles du Mémorial de la Shoa, le nom de son arrière grand-oncle, sauf que ce dernier a changé de patronyme... Voici un livre extraordinaire qui prouve d'une belle manière combien connaitre ses racines est primordiale pour chacun d'entre nous. Comme envoûtée par ce qu'on pourrait qualifier d'obsession, ou tout au moins de fascination, l'auteure va reconstituer après de nombreuses recherches, des rencontres improbables, le parcours de cet homme né au 19ème siècle en Tunisie, dans une famille de commerçants ; il s'émancipe en traversant la Méditerranéenne, s'installe en France, vit la Première guerre mondiale... Peu à peu, Brigitte Benkémoun perçoit la spécificité de l'identité de cet ancêtre "adopté" par son compagnon, avant d'être dénoncé puis d'être déporté pendant la Seconde Guerre Mondiale. Exhumant la mémoire d'Albert, entre culture et traditions juives, elle lui rend le plus bel hommage en révélant avec une bienveillance admirable et chaleureuse la vraie nature de cet arrière grand-oncle qui nous charme comme un portrait fané de la Belle Epoque, où l'on reconnait des...

Mes regrets sont des remords, Frédéric Mitterrand

Le regret consiste dans le sentiment de quelque perte ; le repentir, dans celui d’une faute ; le remords, dans celui d’un crime, et la crainte du châtiment. La Bruyère Et d’aucuns ont pu affirmer que dire du mal de soi, c’était montrer que l’on est toujours là… Frédéric Mitterrand semble être atteint de ce syndrome qui a très bonne presse dans le milieu homo : le syndrome de Saint-Sébastien, à la seule différence que c’est lui-même qui bande l’arc et s’envoie les flèches… Journal, carnet mondain ? Pourquoi ? Cela commence comme cela finit, par deux exemples impossibles, deux fausses frontières et, entre, dix-sept chapitres. 11 novembre 1944, Joseph Wende, jeune allemand de 18 ans, espion, est fusillé à Toul par les Américains… Je serais tombé immédiatement amoureux de lui si je l’avais connu, je l’aurais soustrait à sa dérive criminelle… Et oui ! il était beau écrit un Frédéric Mitterrand qui se prend pour le Jean Genet du Condamné à mort : On peut se demander pourquoi...

Bonne résolution de nouvelle année

Comme tous les 1er janvier, dans le monde entier, des millions de femmes, et quelques milliers d’hommes, se promettent de faire attention à leur ligne par un régime et du sport. Surtout du sport. Mais combien honnêtement respectent cette promesse au-delà d’un mois, voire deux pour les plus courageux. N’étant pas différente du commun des mortels, je me suis aussi faite cette vaine promesse. Donc, bravement et sérieusement, je me suis inscrite pour une séance de découverte dans un club sportif parisien. Me voilà dans mon plus beau survêtement noir, bien sûr pour cacher les rondeurs honteuses, à tester mes limites très limitées. Je souffre, j’en bave mais je continue. Deux heures de supplice qui au final m’ont convaincu de rempiler. Mais c’est moins pour l’amour du sport que pour la coach. Une splendeur. Une perfection. Tout semble si facile pour elle. Si fluide, alors que pour nous… Prochaine séance la semaine prochaine, avec le même entrain. Facile quand la jeune femme la plus...