roman

Le cahier noir d’Olivier Py : la naissance d’un artiste

https://youtu.be/Ha2zZ6sFWqI Olivier Py écrit pendant son adolescence solitaire à Grasse, un cahier intime, où il consigne ses pensées les plus sombres et réalise des croquis fantasmatiques. En 2015, Actes Sud édite ce Cahier noir, premier "roman illustré" de l’homme de théâtre, dramaturge, metteur en scène, directeur du Théâtre de l'Odéon, aujourd'hui responsable du festival d'Avignon et homme de lettre... Une enfance solitaire Le jeune Olivier s’ennuie ferme dans la ville de Grasse, qu'il décrit grise, triste, austère, loin des clichés de carte postale de cette cité méditerranéenne dont le soleil et les parfums sont ici absents. Entre le lycée et la famille, où il joue le rôle de l'enfant lambda, il y a la place pour les fantasmes les plus exacerbés et extrêmes et pour l'ado singulier, qui se créé un imaginaire flamboyant mais très sombre. Entre les lignes, se dessinent la fougue et le jusqu’au-boutisme d’un adolescent au purgatoire, qui s’invente des chemins de croix dans une quête d’absolu sans limite. La quête d'absolu mais des expériences décevantes A son âge, tout est grave, définitif…...

Journal sur un drôle d’amour

Octobre 2013. Patrice Chéreau meurt des suites d’un cancer. Dans l’église Saint Sulpice, où ont lieu ses funérailles, un garçon s’installe dans le fond, anonyme parmi les célébrités et les personnages importants. Olivier Steiner, jeune provincial monté à Paris, n’a rien d’un Rastignac. Il ouvre grand ses yeux et emmagasine les expériences inédites et merveilleuses que lui procure la grande ville, tout comme les galères. La rencontre avec Chéreau A 31 ans, alors que sa vie stagne, il assiste à une lecture dans un théâtre de banlieue et rencontre Patrice Chéreau. Débutera alors une relation par SMS tout d’abord, puisque Chéreau monte un opéra à Milan… Puis ce sera la (re) rencontre à Trouville un soir d’hiver, mise en scène par Steiner, où rien ne se passera comme prévu. Une relation amoureuse hors des normes S’en suivra une relation décousue, mais forte, intense, cependant frustrante pour Steiner. En 2012, il écrit son premier livre Bohème. Il y traite d’une liaison virtuelle entre une jeune garçon un peu sauvage et...

D’Eddy Bellegueule à Marvin, l’histoire d’une émancipation

Au moment où sort sur les écrans l'adaptation très libre du premier "roman" d'Edouard Louis, réalisée par Anne Fontaine, Marvin ou la belle éducation, retournons-nous sur ce livre coup de poing, qui a bouleversé le paysage littéraire. Une enfance misérable un long cri de haine qui pénètre notre cortex et qui ne nous lâchera pas jusqu'au dernier mot Edouard Louis raconte une enfance sans amour, sans tendresse, sans repère... une famille pire que les Groseillle de La vie est un long fleuve tranquille, ancrée dans son inculture, son manque d'ambition... Sa vie triste et morne, dominée par le machisme et la méchanceté, donc la peur. Etre différent dans ce cloaque est la pire des injures pour ceux qui sont soumis au regard des autres, à la vindicte populaire qui détruit les « anormaux ». Le jeune Eddy parce qu'il est efféminé est catalogué pédé et est, donc, la honte de la famille. D'humiliations en sévices, ils lui font la vie dure. Au collège, c'est la tête de Turc des « normaux » qui lui font...
cary grant

Hollywood et la face cachée des westerns

On sait que James Dean, Montgomery Clift, Cary Grant, Brando... et d'autres mâles fantasmatiques qui furent de vraies stars des studios durent cacher leurs amours pour ne pas défrayer la chronique. Le fameux "code Haynes" veillait au grain et l'honneur était sauf. Une époque gouvernée par une hypocrisie majeure. Gilles Leroy a planté le décor de son nouveau roman dans ce miroir aux alouettes, où la chasse aux sorcières communistes fait rage, où les noirs sont encore discriminés, et où les apparences devaient toujours prévaloir sur une vérité pas bonne à entendre. L'auteur reconstitue la relation passionnée et orageuse qui unit deux stars masculines du cinéma hollywoodien, à travers les différents témoignages des proches du couple. Au fil des pages se dessine une relation que rien ne peut arrêter entre les deux futurs espoirs du cinéma, puis leur vie de couple, vécue aux grand jour, au grand dam des producteurs. Entre Los Angeles et New-York, où ils débutèrent sur les planches de Broadway, leur amour se délite peu à peu. Les...
Patricia Highsmith

Patricia Highsmith : Carol, les eaux dérobées

Si Patricia Highsmith (1921–1995) est surtout connue pour ses romans policiers, fins thrillers psychologiques, qui inspirèrent le cinéma d’Alfred Hitchcock, son deuxième roman, intitulé Carol, est le roman d’une passion lesbienne mettant en scène deux personnages principaux féminins répondant respectivement aux noms de Therese et Carol. Carol (The Price of Salt en langue originale) est un roman publié en 1952. Le manuscrit en ayant d’abord été refusé par son éditeur en raison de la hardiesse du sujet, Patricia Highsmith décida de le faire paraître sous le pseudonyme Claire Morgan. Finalement, en 2015, le livre a été adapté au cinéma par Todd Haynes. Le film britannico-américain retrace fidèlement l’histoire du livre. Therese est une jeune femme vendeuse dans un grand magasin au rayon des jouets, mais ce travail n’est qu’alimentaire car elle rêve en réalité de créer des décors de théâtre. Richard est un ami proche. Tellement proche qu’il est, en fait, profondément épris de Therese. Cependant, rien n’y fait car elle ne se sent pas séduite...

Prix du Roman Gay 2016 : Je suis en vie et tu ne m’entends...

« Où es-tu Heinz ? Il y avait ta voix sur ma peau, et tes paumes, et tout ton corps. On n’avait même pas à se dire que c’était cela vivre. » « Tu », Heinz Weiner, l’amant, est mort avant l’internement et les tortures subies par Klaus Hirschkuh (Biche…) à Buchenwald. Retour à Leipzig, la ville de sa naissance, dans sa famille dont il se sent, lui le pédé meurtri parce que pédé, de plus en plus étranger. Quatre ans, c’est long. Oui mais aussi un changement pour lui dans ce qu’il ressent quand il marche dans les rues : « Ils étaient autres. C’était eux qui étaient autres. Pourquoi ce devrait toujours à lui de l’être ? » Et puis, « Il avait acquis une indifférence qui lui permettait de se tenir à distance de la fosse et des pendus »… oui, car si l’on revient, et comment le peut-on ?… Demain? Quand on est « mort à soi-même et vivant »? Et les rappels « sale pute, tante, pissez-lui dessus… sous-homme… » puis « une règle de fer...
Benoit Lapouge

La course au bonheur, histoire d’une vie gay de Benoît Lapouge

1967. J'ai tout juste quinze ans. Le mec, il traverse la rue, ni une ni deux il me saisit au col. Qu'est-ce que t'as à m'reluquer, espèce de pédé ! Et un coup de boule, un, pour arranger les choses. Ça commence fort. 2015. Tant d'images me reviennent. De Medhi, le tapin de la rue Saint-Anne, à Jean-Luc, coeur battant de ma vie, emporté par le sida ; leur histoire et la mienne s'entrechoquent. Avec en fil rouge une histoire gay. Histoire d'une émancipation, et de mille batailles. Je reviens de loin. « Je suis de ces générations qui ont fait émerger gays et lesbiennes comme personnages sociaux, non plus seulement confinés au champ clos des relations interpersonnelles qu’elles quelles soient, mais reconnus, enfin, politiques, réels, avec tout ce que cela a porté et portera encore d’innovations dans le champs social. » Et Benoît Lapouge, dans ce récit « de vie » nous raconte le parcours plus ou moins chaotique de sa Course au Bonheur. Comment peut-on écrire l’histoire d’une...

L’enfant de sable

De quoi peut-on être sûr en le lisant ? Où nous mène-t-on ? Le personnage principal, qui est-ce vraiment ? Ahmed ou Zahra ? On ne sait pas trop où nos yeux nous amènent à suivre Tahar Ben Jalloun. Mais on y va avec avidité. On saisi l'origine de la renommée de son auteur à son style tellement imagé : on sent le Maroc. On le voit. On entend sa culture. Ce livre est comme un empillement de niveaux de lecture différents, desséminés en arrière-fond. On y parle d'un pays, d'un Tirésias arabe, de la condition de la femme, mais également de celle de l'homme, d'identité de genre, de ce qui nous fonde comme être humain, de la mémoire, de l'imaginaire. « Le livre est vide. Il a été dévasté. J'ai eu l'imprudence de le feuilleter une nuit de pleine lune. En l'éclairant, sa lumière a effacé les mots l'un après l'autre. Plus rien ne subsiste de ce que le temps a consigné dans ce livre..., il reste bien...
Philippe Besson 2011

Philippe Besson, forever young

Qui ne voudrait pas l’être ? A priori, rien ni personne ne pouvait résister au charme fatal blond (à la Marilyn Monroe), de cet enfant binoclard, petit et voûté, qu’Hollywood allait bien vite (trop vite ?) ériger en « Petit Prince » du grand écran. Cet orphelin trop vite abandonné par sa mère allait la rejoindre, trop vite sûrement, dans un destin tragique digne d’un long-métrage d’Elia Kazan. « Comme elle est partie, Jim a les nerfs. Jimmy boit du gin dans sa Chrysler. La presqu’île, le boulevard de la mer est con. Comme elle est partie, attention : Jimmy tourne en rond. » Je suis donc devenu compagnon de La Ballade De Jim (A. Souchon), de ses premiers cours de claquettes, jusqu’à son dernier claquage (car vous vous doutez bien de la fin de l’histoire…). Que vous en dire ? Jimmy, éternellement jeune, demeure un mystère. Et je dois relever le talent de l’auteur, qui n’a pas cherché à peindre un portrait trop cru...