Entretiens

Echange entre deux personnes L, G, B, T ou ++ sur un sujet d’un commun intérêt…

C’est moi, c’est d’elle : Marion Guillot

C’est Marie, ma libraire préférée (de chez Charlemagne, à Hyères, dans le Var), qui a attiré mon attention sur C’est moi, surprenant, drôlissime et très astucieux roman d’une auteure que je ne connaissais pas : Marion Guillot. Les oiseaux de mauvais augure annonçant depuis quelques lustres la mort du roman en tant que genre peuvent revoir leur sinistre prédiction ! Ici nous avons du neuf, du frais, du délicieusement cruel – tout pour être extrait de ce monde-ci et plongé dans ce monde-là, empruntant ce qu’il faut au réel pour le sublimer et le récréer sous la bannière fiction, dont on sait la réussite lorsqu’elle touche à l’universel. « Charlin est mort hier. » Le lecteur est informé que « dans le fond », Charles-Valentin, dit Charlin, « devait être quelqu’un de sympathique ». Tout de suite la puce nous est mise à l’oreille, d’autant que pour les obsèques de ce Charlin, il n’y aura « pas de messe ni d’encens, pas de prêtre en chasuble mauve ». On a beau nous expliquer que ça n’a...

Matcha Phorn In, maman lesbienne thaïlandaise militante !

Avant d’arriver en Thaïlande, nous avons contacté différentes associations LGBTQ pour leur demander si elles pouvaient nous aider à identifier des familles homoparentales. Nous n’avons réussi à identifier que deux familles de lesbiennes avec des enfants mais malheureusement nous n’avons pas pu les rencontrer. Nous voulions tout de même avoir le témoignage d’une famille arc-en-ciel Thaïlandaise, c’est pourquoi nous avons décidé de faire une interview Skype avec Matcha Phorn In. Matcha se définit elle-même comme «faisant partie d’une minorité ethnique, lesbienne, mère et militante et éducatrice pour les droits humains». Elle est devenue militante sur les questions LGBT il y a environ 7 ans et depuis 3 ou 4 ans, elle se bat pour les droits des familles homoparentales. Matcha est directrice de Sangsan Anakot Yawachon (Projet Construire l’Avenir des Jeunes), un projet de développement pour la jeunesse en Thaïlande, permettant aux minorités ethniques, et souvent aux apatrides, d’acquérir une éducation et des compétences de vie, tout en leur permettant de défendre leurs droits et de...

Pierre Guerot & I, entretien avec Frédéric L’Helgoualch et Pierre Guerot

Ni tout à fait narratif ou exclusivement descriptif, il y a quelque chose de semblable au manifeste, à la déclaration, comme la volonté de témoigner de son attachement, son abandon, décrire le règne sans partage, d’un être, d’un corps, au moins autant aimé, que désiré, adulé. Un récit, comme la trace d’une passion, comme pour graver dans le marbre, ce que l’on ne dit pas (il est à ce sens presque paradoxal, que ce livre ne soit disponible qu’au format numérique…) Où chaque geste, chaque instant du quotidien se vit avec la plus absolue des intensités, presque comme une chance d’être avec lui… L’objet de ces émois, et c’est là que cet objet littéraire se singularise, c’est le photographe, modèle et acteur Pierre Guerot, dont les autoportraits, comme autant de micro-fictions, prennent le relais des mots, mais sont aussi le moteur des divagations de l’auteur Frédéric L’Helgoualch… - On a autant l’impression à la lecture de ce texte, d’un dialogue, que d’une interaction évidente entre...
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« Amants des hommes » : déportation homosexuelle et homophobie

Traitant de la déportation homosexuelle durant la seconde guerre mondiale, Isabelle s'appuie sur l’œuvre autobiographique de Pierre Seel, le premier à témoigner de sa déportation pour cause d'homosexualité. "Amants des hommes" parle aussi beaucoup de l'homophobie de la société des années 1940, mais aussi de celle des années 2000 à travers les témoignages de différents acteurs qui se sont battus pour la reconnaissance de cette déportation. Pour nous présenter son travail, rien de mieux qu'une petite conversation avec Isabelle elle-même. Rencontre. Kevin Reynaud : Bonjour Isabelle, tout d'abord, quel est votre parcours ? Isabelle Darmangeat : Je suis née à Tulle en Corrèze, et j’ai effectuée mes études, en cinéma, à l’Université de Poitiers, avec une spécialisation en documentaire avec un DESS réalisation documentaire. Je vis et travaille à Paris depuis 2004. D'où est née l'envie de créer ce projet ? Avez-vous un lien personnel avec cette partie de l'Histoire ? Passionnée d’histoire, j’ai toujours été intéressée par la seconde guerre mondiale et particulièrement l’Holocauste. Je savais que les homosexuels...

Arthur Dreyfuss : l’enfant qui est en chacun de nous

Il écrit avec des images dans la tête On vous connaît d’abord comme écrivain... C’est vrai, mais j’ai toujours écrit avec des images dans la tête. Quand on me demande « quels auteurs » m’ont inspiré, je réponds que certaines œuvres musicales ou visuelles m’ont davantage inspiré que des livres. Si je ferme les yeux, je pense autant à un chapitre du Grand Cahier d’Agota Kristof qu’à un poème de Maurice Scève, autant à Arcangelo Corelli qu’à une photo de Bernard Faucon ou de Nan Goldin. Comment est né votre travail photographique ? L’idée de la trace m’obsède depuis longtemps. Enfant, avec des caméscopes, des Kodak jetables, j’ai beaucoup photographié et filmé mes parents, mes grands-parents. Le cadre m’est apparu comme une chose naturelle : tracer quatre bords dans la réalité revenait à s’inventer une liberté. À vingt ans, un ami m’a offert un vieil argentique, que j’ai emporté partout. J’ai entrepris de cerner mes obsessions – tout en les limitant, à cause de la pellicule. Ensuite, comme...

Brahim Metiba, au cœur de la différence

Les mots de Brahim Metiba tintent comme un désespoir de cristal. On passe le doigt dessus et ça sonne juste, c’est pur, chaque phrase fait mouche, offerte là sans fioritures. Subtilement évidente sans être simple pourtant. Car c’est l’inextricable équation de la – ou plutôt des différences qui est posée ici, avec son cortège douloureux de non-réponses synonymes d’exclusion. Récit d’une solitude de sang aux résonances plurielles. « Nous », « eux », « les autres » Brahim Metiba – ou du moins son « double », comme il nous le précise dans l’entretien ci-dessous, s’agissant d’un récit « auto-fictionnel » – a « du mal » avec le « nous » lorsque ce dernier fait référence aux musulmans. « C’est pourtant simple », explique la mère, « il y a “nous”, puis il y a “eux”, les autres, les non-musulmans, les juifs par exemple ». L’assertion est monolithique, surgie d’une vérité elle-même inébranlable. Le « je » qui s’exprime cherche tout de même une faille...

Les vacances du petit Renard, interview d’Arthur Cahn

C’est un ouvrage singulier, même s’il est difficile de mettre précisément le doigt sur ce qui le place à part, qu’a publié en ce début d’année, le réalisateur, acteur et donc désormais auteur, Arthur Cahn. C’est un court texte, comme un concentré, cette histoire, celle qui prétexte un récit de vacances, mais qui est aussi celle d’une rencontre, celle d’un amour contrarié, d’une machination, de regrets, d’énergie et d’oisiveté, de sexe et de retenue, du passage d'un âge à un autre… Quelques impressions de lecture,  croisées aux remarques et réflexions de l'auteur, qui a bien voulu prendre le temps de répondre à ces questions, qu'il en soit ici remercié. - « Les vacances du petit Renard », et d’abord ce titre, qui sonne comme une fable, comme le titre d’un récit pour enfants, et qui cache, un texte, bien évidemment, assez éloigné de ces évocations d’âges tendres, puisque d’innocence ou de naïveté, il n’en est plus question. Le personnage principal, même s’il se trouve lui à la...

Cineffable, festival lesbien et féministe

Né en 1989 sous l’impulsion des membres d’un ciné-club lesbien, Cineffable a pour vocation de rendre visible le cinéma lesbien et féministe, souvent peu ou pas diffusé dans les salles de cinéma grand public. Se rassembler, partager, découvrir des réalisatrices et des artistes travaillant elles-mêmes dans ce sens, tels sont les enjeux majeurs de Cineffable, qui par la pluralité des représentations lesbiennes et féministes que ce festival donne à voir se montre profondément conscient des différentes sensibilités. Souhaitant rendre le festival accessible au plus grand nombre, tous les films présentés lors de cette 28ème édition seront sous-titrés, comme chaque année, pour les personnes sourdes et malentendantes, et les présentations de séances, les rencontres et débats seront interprétés en langue des signes française (LSF) dans la mesure du possible. Un accès pour les personnes à mobilité réduite est également prévu. Afin d’en savoir plus sur le programme de cette nouvelle édition et d’évoquer tant les fondements que l’avenir du festival, GENRES est allé à la rencontre...

Rencontre avec Ludovic Seth : architecte de nos désirs…

Hugues : Bonjour Ludovic, comment es-tu venu à la photo ? Ludovic : Je me suis assez tôt intéressé à la photographie et au dessin, avant même de m'engager dans mes études d'architecte. L'une comme l'autre étaient pour moi des outils indispensables pour saisir le monde qui m'entoure, et en livrer un regard très personnel. J'ai débuté par l'argentique, avec une formation à la Faculté des Arts à Montréal, et suis passé au numérique il y a une dizaine d'année. Pourquoi as-tu choisi d'explorer l'univers du nu masculin ? Avec ma profession, l’espace, et le rapport du corps à l’espace ont peu à peu construit les bases de mon univers artistique. Débarrassé de ses vêtements, le corps mis à nu est dégagé de toute connotation sociale, on peut exprimer un large répertoire d’émotions, que l'approche soit figurative ou narrative, ou plus abstraite, comme l'une de mes toutes premières séries, "Bodyscapes". Etant gay, je suis plus sensible à la plastique masculine ; elle offre qui plus est une incroyable étendue de...