Des paillettes à la révolution ! Entre chien et loup – épisode 6

Olivier a disparu ! Sa chambre est vide. Ses affaires ont disparu. Thierry est effondré, totalement vidé par la violence de ce qu'il vient de vivre. Les mots se bousculent dans sa bouche. Nous comprenons, Isabelle et moi,  que les parents d'Olivier sont venus tôt le matin pour emmener leur fils, comme des voleurs ! Le mot de kidnapping nous brûle les lèvres, même si bien sûr, ce n'en est pas un. Sans doute, ont-ils fomenté ce retour chez eux avec la Direction de l'Hôpital. Ils ont certainement fait intervenir leurs relations haut-placées et cette sortie a été programmée dans le plus grand secret, tout au moins dans notre dos ! Nous n'avons jamais entendu quoi que ce soit concernant son départ. Pourtant nous étions là, chacun à notre tour. Nous avions confiance dans le personnel soignant. On nous a trompé. Quand nous avons réclamé des explications concernant cette décision, on nous a bien fait comprendre que nous n'avions aucun droit sur Olivier. On ne voulait plus nous voir traîner dans les parages. Cela avait le mérite d'être clair ! En...
couloir hopital

Entre chien et loup : chroniques parisiennes – épisode 5

Parents je vous hais... Olivier a eu chaud. Il est passé tout près de l'overdose. Il est hospitalisé à Saint-Antoine et Thierry a cette fois-ci été dans l'obligation de prévenir ses parents. Ils ont déboulé à Paris, vexés de ne rien avoir vu venir. Comment auraient-ils pu comprendre, ces grands bourgeois emmurés dans leur certitudes. Les parents ont débarqué dans la chambre, tels des grands seigneurs à qui tout est dû. Leur affectation malsaine pour leur fils unique et le dédain avec lequel ils nous ont presque ignoré m'a immédiatement stupéfait... J'ai compris qui était Olivier en découvrant incrédule ses parents si distants, incapables du moindre témoignage d'affection : des juges, des bourreaux ! Combien j'ai ressenti soudain la souffrance accumulée depuis l'enfance, certainement accrue durant l'adolescence... mais j'eusse préféré qu'Olivier choisisse le camp de la fuite et de l'oubli, plutôt que celui de l'autodestruction, qui leurs donne raison ! J'étais avec Isabelle et Thierry, quand ils ont débarqué dans la chambre, tels des grands seigneurs à qui tout est dû. Leur affectation malsaine pour leur...
clé

Entre chien et loup : chroniques parisiennes – épisode 4

Game is over ! Oui mais...penser à Olivier me renvoie illico à mes contradictions les plus palpables. J'ai beau jouer au héros à qui on ne la fait plus (moi-même je n'y crois pas !) et avoir rencontré avec Yann un être positif et lumineux, je ne peux m'extraire aussi radicalement de cette pulsion morbide : résister au charme vénéneux d'Olivier, je ne sais pas encore faire... Alors c'est tellement facile pour se donner bonne conscience et foncer dans la gueule du loup de se camoufler derrière ce qui constituerait une trahison si ne je ne l'attendait pas chez lui... Et donc me voilà tel un bon petit soldat devant la porte de l'immeuble d'Olivier,  que j'ouvre discrètement. J'allume la minuterie et le vois immédiatement, affalé devant la porte vitrée. Il s'est effondré ici à bout de force. Sa joue s'est éraflée sur le mur et saigne. Il me supplie du regard de l'aider. Il me demande sur un ton plaintif pourquoi je n'étais pas la. Pris de cours, je mens et...
Paris bouche de métro

Entre chien et loup : chroniques parisiennes – épisode 3

Une apparition Ce soir, après le service chez Bofinger, la grande brasserie de la place de la Bastille, où il travaille maintenant depuis presque six mois, Yann a le blues. Rentrer dans sa chambre où le Baron et ses bondissements frénétiques lui manquent déjà ne lui semble pas être la meilleure des perspectives. Tourner en rond en attendant que le sommeil ne l'absorbe enfin... Il pense à ses ambitions de monter sur une scène de théâtre et d'embrasser une carrière de comédien. Ça fait longtemps qu'il n'a plus de propositions... Pourtant ça avait bien démarré : un second rôle dans la pièce magnifique d'un dramaturge canadien, jouée à guichet fermé pendant un an... et puis plus rien, l'oubli. Il en a fait des castings, mais ça n'allait jamais... Il s'est peu à peu découragé et a perdu espoir. Pourtant, il avait le feu sacré. Alors, il se décide à aller vers les Grands Boulevards, là où nichent quelques uns des théâtres les plus célèbres et où des petites salles présentent des...
seringue drogue

Entre chien et loup : chroniques parisiennes – épisode 2

 Episode 2  Yann Yann est heureux. Il est joyeux, agité par un entrain peu habituel chez lui. Il rit tout seul, chantonne, sourit bêtement aux passants qui croisent sa route... C'est un moment de folie fugace, qu'il faut vivre jusqu'à le dernière seconde et surtout,  ne pas en chercher la raison, même si... Il rentre chez lui, salue la concierge, traverse la cour de l'immeuble, pénètre dans le deuxième bâtiment et grimpe les sept étages qui le mènent à sa petite chambre sous les toits. Il occupait les lieux avec Le Baron, son gros matou tigré, qu'il a dû confier à sa grand-mère. Elle vit dans un petit pavillon à Vitry, avec un jardin et des arbres fruitiers. Son énorme chat y trouvera vite ses marques et délimitera son territoire. A Paris, il devenait neurasthénique... Enfin seul, pense t-il en ouvrant le verrou de la porte. L'odeur forte du chat de gouttière emplit encore la pièce minuscule. Il ouvre en grand la fenêtre et contemple le Génie de la Bastille,...

Entre chien et loup : chroniques parisiennes – épisode 1

 Episode 1  J'ai débarqué à la Gare de Lyon avec ma grosse valise marron. Après quelques hésitations, j'ai enfin trouvé la ligne de métro qui me mènera chez Cousine Marcelle, rue de la Clé, dans le 5ème arrondissement. Tout mon passé pèse lourd au bout de mon bras. Pourtant cette grande valise ne contient que quelques vêtements et un nécessaire de toilette... Ça se résume donc à ça, quelque vingt ans d'existence : une enfance choyée mais solitaire, une adolescence difficile, esseulée, interminable... C'est sans aucun doute la dernière épreuve que je dois vaincre pour me débarrasser à tout jamais de cette vie pitoyable, cette vie d'avant sur laquelle je ne compte pas me retourner. Jamais ! Alors, franchement, ça en vaut la peine ! Cousine Marcelle loge au troisième étage dans un bel immeuble en pierre de taille, dans cette rue étroite et calme à cette heure de la journée. Je commence à gravir l'escalier éclairé par des grandes fenêtres en verre dépoli, en traînant ma valise...